Il paraît qu’il y a une épicerie juste en bas de chez moi qui vend tout ce qui peut manquer à la maison quand les amis viennent à l’improviste. Il paraît même que la petite boulangerie à côté vend des gâteaux à tomber. Le matin, il y a un maraîcher qui joue la carte de l’agriculture bio et de proximité. C’est ma voisine de palier qui m’en a parlé, mais je ne l’ai jamais vu, je pars trop tôt au boulot le matin. Puis de toute manière, le seul stop que je fais avant le taf, c’est le bureau-tabac et lui il n’est plus à côté de toutes ces bonnes choses. Puis franchement vu que je suis en bagnole, je m’arrête toujours au centre commercial pour faire tous mes achats. Peut-être même que j’irai chez Jean-Louis David me faire couper les cheveux. Enfin, lui je ne l’ai vu qu’à la télé, parce dans le salon, c’est toujours des nanas sympas qui s’occupent de moi. Elles non plus ne l’ont jamais vu.

J’ai appris que le boucher en bas de chez moi a fermé, le bar aussi. C’est dommage, ils me saluaient toujours quand je passais devant. Après, c’est un peu de ma faute, à part les saluer en retour, je n’y suis jamais rentré. Des fois, quand les patrons étaient dehors en train de fumer leur clope, je leur disais que je passerai dans la journée. Je ne sais pas pourquoi je disais ça, je savais très bien que je n’irai pas. D’ailleurs, je pense que les sourires qu’ils me rendaient en réponse voulaient dire qu’ils avaient compris que je ne passerais pas.

Ce matin, j’ai vu la vieille dame de l’immeuble d’en face avec ses copines. Je les croise souvent le samedi matin quand je pars rejoindre les copains au bord de mer pour le café. Elles faisaient pareil au café qui a fermé. Ce matin, elles ne savaient pas où aller papoter avec une bonne tasse de thé. Elles regrettaient l’époque où – plus jeune – il y avait des tonnes de commerces dans le village. Une époque où le centre commercial était encore un champ, où les flics n’étaient pas à tous les coins de rue avec des éthylotests, où le boucher était en rupture de stock avant 11h du matin. Il paraît qu’il y avait du monde avant et que maintenant ces locaux commerciaux sont soit fermés, soit transformés en appartement de fortune.

Au café ce matin, on m’a dit qu’une nouvelle zone commerciale va ouvrir d’ici l’année prochaine. Un pote à moi est ravi parce qu’une franchise a retenu sa candidature au poste de vendeur. Il attaque les formations dès la semaine prochaine. Un autre copain m’explique que la boite de TP dans laquelle il travaille vient de choper le contrat pour la rénovation de la voirie, et que du coup son CDD se transforme en CDI. Il est trop tôt ce matin pour trinquer au champagne, alors on prend une autre tournée de café.

C’est dingue, je n’arrête pas de penser aux petites dames que j’ai croisées ce matin. Il paraît que le malheur des uns fait le bonheur des autres. J’espère que le boucher va trouver un poste au centre commercial aussi. Ce serait déjà ça. Quant à moi, promis, je vais à la boulangerie en bas de chez moi avant de rentrer, faut pas qu’il ferme, et j’ai pas envie de me sentir encore coupable. Tiens, au centre commercial ils font 4 baguettes pour le prix de trois. Et merde.

A propos de l'auteur

Articles similaires

Laisser un commentaire