Puget sur Argens, sa zone commerciale et son centre-ville, c’est toute une histoire. Rencontre avec monsieur le Maire Paul Boudoube, et Jean-François Moissin, adjoint à l’urbanisme.

La population de Puget-sur-Argens est passée de 3500 à 7000 habitants durant vos années de mandatures. Dans un futur très proche, la ville passera le cap des 10000 habitants. On imagine facilement que beaucoup d’objectifs doivent être atteints pour l’accueil de cette population et on entend souvent que les finances des communes vont mal. Budgétairement, où se place la redynamisation du centre-ville de Puget ?

Paul Boudoube : Tout d’abord, je voudrai dire que ce n’est pas quelque chose qui est abandonné au contraire. C’est des renvois de dates. On est en train de traiter avec Erilia sur la date de départ de la déconstruction de deux immeubles et la partie reconstruction. Il y a deux choses importantes sur le budget global que l’on doit établir. La partie que va faire le réalisateur de logement est réglée par contre tous les aménagements de la place, tout ce que nous avions prévu en aménagement doux pour descendre va être à la charge de la commune. On espère que les choses puissent commencer réellement en janvier 2018.

De quand date la démolition du bâtiment du centre-ville ?

PB : Nous avons démoli des bâtiments à partir de 2012. Il y a eu avant cela le désamiantage, le nid d’hirondelle, et d’autres actions importantes pour l’écologie. Depuis, on a fait ce parking qui a remplacé le bâtiment et nous avons rajouté à cette volonté de démolition – pour agrandir cette partie et reculer un petit peu pour que ce soit plus esthétique – la démolition de l’ancienne mairie et de la maison dite, du photographe, qui était à côté. Aussi, nous sommes en train d’étudier une possibilité d’élargissement de la rue Victor Hugo.

Hier, en parler d’un projet de parking et de logement. Aujourd’hui, le parking est abandonné. Question de budget ?

PB : C’est effectivement une raison budgétaire. L’investissement du parking était incompatible avec des réductions de dotations globales de fonctionnement. Nous avons compensé à notre manière : dessous la place Armand Fallières, il y a le parking Carmat que nous avons racheté à la SNCF. L’ensemble de ces bâtiments et du parking sont à la mairie et nous pourrons faire un parking de 200 places environ.

Jean-François Moissin : Il y aura également un parking souterrain pour les logements. C’est une obligation pour les bailleurs sociaux.

PB : C’est d’ailleurs ce qui a motivé le sens de circulation. Dans Puget avant, les rues de la liberté et du Général de Gaulle allaient dans le même sens (ouest-est, NDLR) en direction de Fréjus. Maintenant la rue du Général de Gaulle est inversée pour qu’avec les logements qui arrivent, ce sens facilite les sorties. Après, rien n’est jamais figé. Il y a des commerçants, comme le crêpier, qui sont contre ce système-là, car ils jugent qu’il y a moins de passage pour les commerces et donc qu’ils subissent une perte de chiffre d’affaires. Mais les riverains ont moins de bruit, les voitures vont moins vite… Alors ça se discute. La solution idoine est difficile à avoir.

Pourquoi tous ces arrêts minute ?

JFM : Ils ont été mis en place à la demande des commerçants existants aujourd’hui dans le centre-ville de façon à pouvoir créer des accès limités aux commerces. Les arrêts minute règlent aussi les problèmes de voitures ventouses sur les trottoirs. Pour les professions comme les coiffeurs ou le laboratoire d’analyse où les gens restent plus longtemps, les parkings extérieurs devraient servir. Aujourd’hui, il faut savoir qu’il y a plus de 700 places de parking à moins de 3 minutes du cœur du village.

PB : Après, rien n’est jamais figé. Nous organiserons une réunion avec les commerçants et les habitants pour les consulter au sujet des arrêts minute, et nous verrons ce qui en ressortira.

Justement, s’il y a autant de place, pourquoi avoir laissé l’endroit de la démolition devenir un parking de fortune et pourquoi ne pas avoir aménagé ce lieu en faisant un enrobé et en laissant des manifestations sportives ou culturelles?

JFM : Déjà c’était un investissement à court terme, car nous ne savions pas l’échéance réelle du début des travaux. À chaque fois, nous ne pouvions pas prendre de décision sur la création d’un bel enrobé et de programmation de manifestation. On avait au départ pensé à implanter le marché sur cette place. Force est de constater que ça n’avait pas fonctionné. Aujourd’hui même, on est encore à se poser la question de quand commenceront les travaux de désamiantage et de reconstruction. Il faut savoir si Erilia a la possibilité financière de démarrer directement en janvier.

Étant donné qu’il y a déjà des locaux professionnels vides, pourquoi créer de nouveaux locaux commerciaux dans ces nouveaux bâtiments ?

PB : C’est une demande. Compte tenu de la manière dont le dossier a été monté avec les prêts de l’ANAH (Agence nationale de l’habitat, NDLR), avec le fait que la mairie a vendu ce terrain qui appartient à la commune, on est arrivé au fait que le bailleur social devait nous rétrocéder des locaux. Il nous cède 4 locaux, dont un important. C’est à nous de voir ce que l’on peut faire dedans. Est-ce que l’on ne peut pas faire une sorte de halle dans le local qui fera 160 mètres carrés ? Pour le moment rien n’est construit et ces locaux nous sont dus donc à nous de nous pencher sur la question. De toute façon il y aura au moins un bureau de tabac, car il y a la possibilité d’en faire une de plus (la ville a atteint le quota d’habitant nécessaire, NDLR) et une librairie.

JFM : Moi j’aimerai vous poser une question : lorsque vous parlez de locaux, vous parlez de l’ensemble des locaux ou uniquement ceux que la municipalité à en propriété ? Car sur les locaux vides qui ne nous appartiennent pas, les propriétaires ne sont plus trop motivés pour les remettre en location. Pour redynamiser le centre-ville, nous n’avons pas la main dessus, donc nous avons plutôt intérêt à en mettre nous à disposition. On était, à l’époque, conseillé par Cecilia Liefooghe qui était animatrice commerciale et qui avait fait un excellent travail à ce sujet.

PB : À Puget les locaux qui fonctionnent bien sont des locaux municipaux. Le local où est placé le café de la place est un local qui appartient à la commune.

Justement, pourquoi les propriétaires n’essaient pas de vous rétrocéder leurs locaux où vous n’essayez pas d’abord de récupérer ces locaux qui ne vous appartiennent pas ? Vous n’avez pas peur de conserver quand même des alignements de locaux vides et vétustes ?

JFM : La problématique est qu’aujourd’hui une ouverture commerciale est liée à l’accessibilité des commerces pour les personnes à mobilité réduite notamment. On ne peut pas laisser s’implanter un commerce dans n’importe quelle condition.

PB : Par exemple l’hôtel-bar restaurant le Provence. Actuellement, il est impossible de le remettre aux normes. Si c’était racheté, il faudrait tout casser. Pour pouvoir récupérer le financement de ce type de travaux, le propriétaire n’a d’autres choix que de transformer le bâtiment en logement. Sur du commerce c’est très difficile.

JFM : Il y a un projet en cours, mais pas au titre d’hôtel. Ce sera réhabilité quand même.

PB : J’aimerai rajouter aussi qu’une indemnité existe pour les ravalements de façades. Le dossier est a retiré à l’Urbanisme et une fois complété, le propriétaire refaisant sa façade se voit remboursé d’une partie de ses frais.

Donc les bâtiments existants auront vocation à se transformer en bâtiment de logement classique ?

JFM : Oui et non, ça dépend des propriétaires et des locaux. On a un exemple frappant de la volonté municipale de dynamiser le centre-ville. On avait un local qui était une boucherie. On l’a réhabilité pour accueillir un boucher qui était excellent. Les gens venaient de Saint-Raphaël pour lui. La clientèle n’était quand même pas suffisante et le boucher n’a pas tenu.

L’augmentation de la population correspond quasiment à 100% de jeunes actifs qui ont fait le choix de Puget pour leur premier achat ou pour le prix des loyers relativement bas. Pour vous, pourquoi les commerces ne fonctionnent pas malgré cet ajout de population ?

PB : Notre société est fondée sur l’automobile. J’ai une lettre qui date de 1965, une Arménienne qui vivait aux États-Unis. La lettre était destinée à une boulangère de Puget. Elle disait que chez elle les gens sont fous, pour faire 150 mètres ils prennent la voiture. Et aujourd’hui, nous avons adopté cet état d’esprit. On a des drives maintenant, chose qui nous semblait impensable. Et cette culture de la bagnole fait que les gens ici, pour déposer les enfants à l’école des pins parasols, s’ennuient à faire le tour en voiture. Les gens qui habitent au centre-ville, une population jeune et sportive qui pourrait faire un peu de marche, prennent la voiture dès le matin vont dans les premières zones où il y a tout ce qu’il faut. Et ça nuit aux commerces, mais c’était la vocation de la ville.

JFM : Les gens utilisent beaucoup internet pour leurs achats. Quand vous dites 100% d’augmentation de population à Puget, certes, mais au cœur de Puget il n’y a que 25%. tous les autres sont des primo-accédants sur les extérieurs de Puget et bénéficient dans leur mode de déplacement de toutes les surfaces commerciales sans problème de parking. Le mode de consommation locale a changé.

Vous ne trouvez pas que ça dénature Puget dans le sens où pour les habitants de l’intercommunalité Puget devient qu’une zone commerciale ?

JFM : Moi j’ai connu, monsieur le maire aussi, dans les années 70. Il y avait 3 boucheries, 3 boulangeries, un marchand de chaussures, un marchand de vêtements.

PB : Si vous allez à Flassans, à Pignans, il n’y a plus rien. Au centre Var, le Luc était le centre commercial de la zone. Aujourd’hui, à l’intérieur du Luc, il n’y a plus rien.

JFM : Vous qui êtes fréjusien, vous ne vous êtes pas rendu compte que même à Fréjus, un certain nombre de locaux sont vides ? Le problème est commun à toutes les villes et je pense que la « pompe » se fait sur les extérieurs.

Alors, quoi faire ? Implanter des restaurants ou créer un circuit des métiers d’arts ?

JFM : Oui, des restaurants, un village artistique… On pourrait faire. À Roquebrune, l’architecture est à peu près la même, il faut se garer en bas et remonter à pied. L’avantage de Roquebrune était qu’ils avaient plus d’habitants au départ. Dans les années 70, les commerces ont commencé à partir sur d’autres intérêts économiques que ce du Puget.

Aujourd’hui la zone s’étend un peu plus. L’arrivée de Leroy Merlin rapproche un peu plus la zone commerciale du cœur de Village. Vous n’avez pas peur que ce soit un frein supplémentaire à l’implantation de commerce de proximité ?

PB : Je ne pense pas que Leroy Merlin soit un frein au développement du centre-ville. La vraie concurrence aujourd’hui est entre Castorama et Leroy Merlin. Dans les centre-villes, les drogueries, les quincailleries n’existent plus depuis bien longtemps.

A propos de l'auteur

Articles similaires

2 Réponses

  1. GARMIRIAN marcel

    voilà ENCORE un numéro à conservé (surtout pour les pugétois) …Celui de Novembre ,tout le monde doit l’avoir lu….Attendons la suite…BAH OUI..!!!

    Répondre

Laisser un commentaire