Adjoint au commerce depuis le 29 juin 2017, Stéphane Iseppi est élu à Saint-Raphaël depuis 9 ans. Autres faits d’armes : 1 an président et 10 ans vice-président de l’Association des commerçants de Saint-Raphaël. Encore un autre chiffre ? La boutique qu’il gère, Duc d’Aoste, va souffler ses 44 bougies. Dans la ville, Lidl vient de s’installer. Dans le centre-ville l’INSEE nous vante les mérites d’un taux de vacance en dessous de la moyenne. On a voulu rencontrer Stéphane Iseppi pour parler de tout ça.

Première question : ce n’est pas bizarre d’avoir été élu et vice-président de l’association des commerçants ?

Non je ne pense pas. Avec monsieur Ginesta, on avait des idées communes et, de temps à autre, des idées divergentes. Ça créait des débats intéressants. Pendant l’année 2016/2017, lorsque j’étais président de l’association des commerçants, on a pu avancer sur pas mal de points. Quand j’ai pris ce poste d’adjoint (et quitter le poste de président de l’association, NDLR), la façon d’être, la manière de penser le commerce et le développement du commerce de proximité de monsieur Masquelier m’a encouragé. Avec une vision d’avenir, on discute des idées et on essaie toujours d’améliorer la condition du commerce dans notre commune.

L’installation du Lidl sur Saint-Raphaël, c’est bien ou pas ?

Le Lidl est une offre complémentaire sur Saint-Raphaël. Aujourd’hui il faut le voir de manière juste et équilibrée. Elle doit certainement impacter les supermarchés et hypermarchés voisins. Cependant, c’est une surface commerciale qui avait encore sa place de par son offre et sa taille. Il faut savoir qu’il n’y a qu’un hypermarché et 5 supermarchés à Saint-Raphaël. À Fréjus, c’est 2 hypermarchés et 12 supermarchés. Chez eux d’ailleurs, il y a 2 Lidl et les grandes surfaces vont bien. Autre chose, Saint-Raphaël est la troisième ville de PACA en termes de nombre de commerces de bouche par habitant, les deux premières villes étant Cannes et la Ciotat. À Cannes, vous trouvez 13 supermarchés et un hypermarché et La Ciotat est la ville où il y a le plus de supermarchés par habitant (9 pour 35000 habitants, NDLR). Sa position géographique la rapproche du centre-ville de Saint-Raphaël. Il faut noter aussi que de ne pas avoir cette offre-là sur notre commune créait de l’évasion de clientèle sur les communes alentour. Je n’ai toujours pas entendu dans mes connaissances chez les commerçants du centre-ville d’avis négatif concernant l’arrivée de Lidl.

Ça crée combien d’emploi ?

30 CDI et 16 CDD. Il y a des raphaëlois, et la totalité des emplois sont des habitants de la CAVEM. Il y a une réflexion commune, de la maison de l’emploi, de Pôle Emploi et de la commune au sujet de la lutte contre le chômage. Un établissement comme Lidl est une source d’emploi non négligeable, et cette lutte contre le chômage est l’une des priorités de notre maire.

Duc D’Aoste existe depuis 44 ans. Comment se fait-il que cet établissement dure ?

D’abord c’est une affaire familiale. Ensuite ce n’est pas facile tous les jours, il faut être honnête. On est ouvert du lundi au samedi soir, toute l’année. Il y a des gens qui travaillent avec nous depuis de nombreuses années et qui m’ont connu très jeune. J’ai travaillé ailleurs avant de venir ici, dans le secteur de l’automobile. Cependant, avec de la rigueur et de la volonté, et avec une ville comme Saint-Raphaël qui nous permet de mettre en avant notre offre, le magasin tient bon. On fait du mieux que l’on peut pour tenir cette activité, on se remet en question tous les jours, on fait des travaux d’aménagement à peu près tous les 7/8 ans.

Il y a combien d’établissements à Saint-Raphaël qui sont aussi vieux que Duc d’Aoste ?

Il y en a quelques-uns quand même, dans le commerce de détail ou de bouche. Vous avez Pellegrino, le Poussin jaune et bien d’autres. Il y a même des commerces qui sont installés dans des quartiers hors centre-ville et qui tiennent bon depuis des années !

Le taux de vacance commerciale à Saint-Raphaël est inférieur à 5%, ce qui est un résultat très favorable par rapport aux autres communes de plus de 20000 habitants. Quelle est la raison qui fait que Saint-Raphaël a moins de locaux vacants que les villes voisines ?

Au fil du temps, il y a eu la gare, le TGV, la réfection du port, des structures comme le centre culturel ou le cinéma. Avoir un multiplexe comme le Lido en plein milieu de la ville, ce n’est pas donné à beaucoup de communes. Le nombre d’infrastructures créées à Saint-Raphaël ces 20 dernières années est énorme, et surtout, elles sont situées très souvent dans le centre-ville. Enfin, la ville a une importante clientèle des villes voisines, du tourisme, mais aussi une très belle clientèle de Raphaëlois. Les Raphaëlois sont toujours consommateurs des commerces de centre-ville. Ils se penchent peut-être plus que certains sur la difficulté du commerce et sur le consommer sur place pour maintenir une activité. Consommer sur place c’est aussi un acte de citoyenneté.

C’est à dire ?

Et bien, imaginons que les citoyens n’utilisent pas les commerces de centre-ville et que les magasins ferment. Alors de ces boutiques vides, tout devient plus compliqué. Les rues sombres créent de l’insécurité, l’immobilier baisse, etc. Tout s’emboîte.

Objectivement, et je parle au commerçant que vous êtes, vous avez forcément des remarques à faire sur le centre-ville de Saint-Raphaël ?

Je vais surtout en parler en tant qu’adjoint aujourd’hui. On a une volonté municipale de dynamisation du centre-ville. On se réunit plusieurs fois par semaine pour optimiser cette dynamique et donner les outils nécessaires aux commerçants. Le parking Ortolan va être terminé et sera en zone bleue, ce sera un moteur. Une autre zone, celle du Xve Corps, va aussi devenir entièrement bleue. Il y a aussi la proposition de monsieur le maire à l’association des commerçants de choisir 9 journées par an où le stationnement sera totalement gratuit dans le centre. Même si la vacance est limitée, il faut se pencher sur la vacance. Nous avons un inventaire à jour des commerces de la ville et nous irons à la rencontre des propriétaires de locaux vacants pour savoir ce qu’ils comptent en faire. Par exemple si il y a plusieurs commerces fermés dans le même alignement, nous allons voir s’il y a une possibilité de vente en lot pour essayer de faire venir des enseignes. Ces grandes enseignes qui attirent dans les hypercentres et qui créent de l’évasion seraient bénéfiques en centre-ville. Les commerçants sont en demande de ça, et ce n’est pas simple de les installer.

Quels types d’enseignes ?

Les magasins de mode intergénérationnelle manquent. Le culturel et le sport manquent cruellement aujourd’hui au centre. Ils ont fermé ou se sont déplacés dans des zones commerciales à l’extérieur. Ce qui est important c’est de comprendre que quand vous avez un ensemble de commerces homogènes qui correspond à l’attente du consommateur d’aujourd’hui, ça crée un aimant. C’est toujours sympa de se balader au front de mer et de pénétrer dans un centre-ville ou il y a des boutiques phares. C’est une des idées, mais il ne faut pas oublier aussi d’aider par l’équipement, par l’animation, par la communication les commerçants déjà existants.

Et le problème du numérique ?

C’est la transformation et le moment charnière de notre consommation dans les commerces physiques. Il y aurait besoin de barrière, de cadrage au niveau législatif. En janvier 2018, on aura la possibilité de commander ce que l’on veut à l’étranger et là ça va devenir encore plus compliqué avec des livraisons « Top chrono ». C’est peut-être aussi une réflexion à avoir: est-ce que demain, le consommateur veut se couper de l’humain, rester assis devant son écran d’ordinateur, appuyer sur une touche et attendre un drone qui dépose le tout dans le jardin ? En attendant, ceux qui feront ce choix n’auront vu personne, n’auront parlé avec personne…

Mais pour beaucoup le problème, c’est que ce contact a un coût. Qu’en pensez-vous ?

Il n’y a pas un coût si différent. On a une boutique en bas du boulevard Cerceron où on met toutes nos fins de série depuis deux ans. On fait point relais aussi parce qu’on avait de la place. Quand je discute avec des gens qui viennent récupérer des colis, je me rends compte qu’ils commandent des choses qui peuvent facilement trouver près de chez eux. Les gens se facilitent la vie en commandant sur Internet dans des boutiques qui ne sont pas présentes chez nous comme H&M ou autres. Justement, quand je vois plusieurs paquets H&M arriver je ne peux que le constater. Donc il faut bien accentuer l’offre physique si on veut prendre sur l’offre numérique.

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