Qu’est-ce qui, dans l’Hexagone de 2017, marche ou va plus mal que le XV de France de rugby ? Peut-être le Parti Socialiste – et encore…C’est dire la panade dans laquelle se trouve cette équipe, neuvième nation mondiale, si vous pouvez le croire, d’un sport qui n’est – sérieusement – pratiqué que par douze pays sur la planète. C’est bien simple : je suis (du verbe suivre…) le rugby depuis 1977 – et un Grand Chelem de fameuse mémoire -, et jamais le XV de France n’avait à ce point atteint le fond du seau, ou plutôt du puits.

Cette équipe en détresse absolue, jusqu’à concéder un ultime et risible match nul contre le Japon, nation mineure du rugby s’il en fut jamais, manque de tout : de mains, de pieds, de muscle, de cerveau, d’inspiration, de talent, de confiance, de cohésion, d’engagement, de solidarité. « L’équipe », en tout état de cause, a choisi le coupable, en l’occurrence plutôt le bouc émissaire : tout est, ou serait, de la faute du sélectionneur, Guy Novès, plus beau palmarès de France avec le Stade Toulousain, mais arrivé à la tête de l’Equipe de France à l’âge de la retraite, et qui enchaîne les contre-performances majuscules avec une régularité digne de meilleures causes.

Selon notre journal préféré, tout serait de sa faute. Même si le rapport de forces entre notre journal préféré et « Bah alors ? » (votre deuxième journal préféré ? Oh ben vous alors) évoque l’attaque d’un croiseur de l’Empire par un chasseur X-Wing, je vais tout de même ajouter mon grain de sel, et affirmer que ce n’est pas si simple.

Pour commencer, il y a vraiment un problème de réservoir. Quelques jeunes joueurs prometteurs s’illustrent dans leurs clubs respectifs, puis, selon une trajectoire logique bien qu’accélérée, arrivent rapidement en équipe nationale, et y perdent, plus ou moins immédiatement tous leurs moyens. C’est le contraire du foot, où les jeunes s’intègrent harmonieusement dans une équipe qui marche.

Trop d’argent dans le championnat de France, et – subséquemment – trop d’étrangers dans les clubs, en particulier aux postes décisifs (demi d’ouverture) ; trop de matches, d’une manière générale, avec la pompe à fric des droits télé, entre la Coupe d’Europe (une vraie réussite) et le Top 14 ; trop de collisions, de protocoles commotion, et trop de blessures ; trop de joueurs usés et vieillis avant l’âge, parce que sur-sollicités. Les causes du mal sont profondes, et ne seraient pas, d’évidence, miraculeusement guéries avec un simple changement de sélectionneur.

Ultime signe accusateur : le bilan de la tournée de novembre est cataclysmique. Une raclée contre les Blacks, une défaite contre une Afrique du Sud elle aussi mal en point (mais moins que nous), et cerise avariée sur le gâteau immangeable, ce nul honteux contre les japonais. Or, pendant ce temps, l’Ecosse passait une branlée historique à l’Australie, confirmant que les tournées de novembre opposent toujours des équipes européennes en plein boom à des équipes de l’hémisphère Sud au bout de leur life. Tout cela ne sent pas le jasmin. Depuis que le Tournoi des Six Nations existe (2000), le XV de France n’a jamais fini avec quatre défaites – a fortiori cinq. Et si c’était pour 2018 ?

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