Julien a 32 ans maintenant. Il y a presque 4 ans, quand votre journal préféré venait de voir le jour, Julien exposait pour la première fois sur les murs de la Bodeguita Fréjus centre. C’était un de nos premiers articles. Quelques mois plus tard, Julien exposait à Art Life Gallery. La galerie d’art venait d’ouvrir, on faisait notre premier article au 13 rue Alphonse Karr. Depuis, Bah Alors ? Et Julien Morel se croise : au Mangame Show, à Art Life, et quelquefois au café pour parler foot U.S. Bah Alors a pris de la bouteille, Julien aussi. Toujours aide-soignant à l’hôpital Bonnet, le street artist a su maîtriser son art, se perfectionner. Depuis il expose beaucoup et partout. Alors, comme on aime le personnage et ses toiles, on a voulu jeter un coup d’oeil dans le rétro. Petite discussion autour d’un café sur la Place Formigé avec Julien et Jayson, son garde-fou.

 

Julien, comment as-tu commencé ?

Julien : Mon père a une galerie d’art (Galerie Saint Michel à Roquebrune sur Argens, NDLR). Il a fait les Beaux Arts puis a travaillé dans des journaux parisiens en tant que caricaturiste. Malgré tout, il n’a jamais voulu m’apprendre à dessiner. Du coup, à 10 ans, je m’amusais à redessiner des personnages de Dragon Ball avec mon cousin et c’est comme ça que j’ai appris à dessiner. Je voulais vraiment qu’il m’apprenne. Lui dessine beaucoup de paysage, ces tableaux sont très colorés. Il a arrêté les caricatures, maintenant ce qu’il crée est totalement à l’opposé. Quand j’ai commencé à vouloir dessiner, lui faisait déjà des paysages de Provence en acrylique. Mon premier tableau, j’avais 14 ans, c’était un paysage de Saint-Tropez. Ça ressemblait à la ville, mais ce n’était pas délirant : c’était un paysage et ça ne me faisait pas vibrer.

Et tu es entré dans le street-art quand ?

Julien : Je faisais des collages en 2011. Je dessinais sur des planches en bois et je collais les tableaux dans les rues. En général, les tableaux portaient un message qui correspondait à l’environnement dans lequel il était collé. C’était marrant, on se faisait courser quelques fois quand on collait le soir. Je suis toujours dans la rue, mais plus dans la peinture que dans le collage. Laurence Barbero a vu un jour ce que je faisais via les réseaux sociaux. Elle m’a contacté avant l’ouverture d’Art Life. Je suis exposé dans la galerie depuis le début, et je pense ne pas dire de bêtise en affirmant que je suis le seul artiste à avoir été présent à chaque vernissage. Art Life m’a mis dans le bain et ensuite tout s’est enchaîné : expos à Paris, en Suisse, etc.

Et comment as-tu pu exposer dans d’autres galeries ? Tu démarches les galeristes ?

Tout ce que j’ai fait jusque maintenant, je l’ai fait sans démarcher. Je pars du principe que si une personne aime ce que je fais, elle me contacte, on en discute…

Mais ça doit être compliqué d’attendre ?

Julien : Plus maintenant ! À l’époque où mon père a ouvert sa galerie, dans les années 1990, les artistes restaient dans leur galerie et si les gens ne passaient pas devant, on ne pouvait pas le voir. Maintenant avec les réseaux sociaux, on a une galerie ouverte en permanence et surtout ouverte au monde entier. Aujourd’hui, j’ai des mecs qui me contactent de Londres pour me dire que c’est cool.

Jayson : C’est assez dingue l’effervescence autour de la page Facebook de Julien. Des gens le contactent et commandent des toiles sans jamais les rencontrer.

Tu continues à graffer ?

Julien : Je continue à faire de la rue. Je ne suis pas un street artist de canapé. Je suis un actif : je continue à faire mes pochoirs, à les placer à des endroits stratégiques. La peinture m’a permis de bouger, mais dans mes voyages, j’emporte toujours des bombes de peintures et des pochoirs pour me placer quelque part.

Jayson : Des fois, c’est une sacrée galère. Quand on prend l’avion, on n’a pas le droit de transporter des bombes aérosols. Du coup, une fois qu’on arrive dans la ville, il faut trouver un shop qui en vend. Quand on part cinq jours, on sait que le premier jour, Julien va chercher tout ce dont il a besoin, trouve l’endroit où il veut poser, place son pochoir. Une fois que c’est fait, on peut kiffer le voyage !

Julien : En cinq ans j’ai pu placer des pochoirs à Amsterdam, Glasgow, Barcelone, Paris et d’autres villes. Le fait de faire des pochoirs dans d’autres pays m’a amené un autre public. J’ai un pochoir de Jimi Hendrix en face du marché au Tulipe à côté du canal. Depuis un an et demi, il est en place et des gens viennent coller, graffer autour sans jamais le toucher. Il y a des codes dans la rues : si tu veux repasser sur quelqu’un il faut faire mieux, alors ça me fait plaisir de savoir qu’il est toujours sur le mur.

Et tu pourrais vivre de tes toiles ?

Julien : Je bosse à côté, parce que pour le moment je n’en vis pas. J’ai pas mal de commandes, mais ça dépend des périodes. C’est compliqué d’en vivre parce qu’il y a des passages à vide où il n’y a pas de commande. Puis chaque commande demande beaucoup de temps.

Quand les toiles deviennent un morceau d’histoire

Jayson : Au niveau du feu de la BNP à Puget, il y avait une toile collée. Elle est restée un long moment. Un jour elle a été retirée. Julien a reçu un message d’une dame qui l’a averti de la disparition du tableau. Elle passait avec son mari tous les jours devant pour aller au boulot. Ils se marraient en regardant le tableau et étaient déçus de ne plus le voir. Du coup, ils ont commandé le même tableau, en plus grand, pour l’exposer chez eux !

Combien de temps ?

Julien : Pour une toile d’un mètre par un mètre dessiné à main levée c’est entre 200 et 300 heures. On ne s’en rend pas compte, mais il y a les trois couches de blanc, le traçage, les trois couches de noirs, les trois couches de vernis, la signature… Après il y a la technique du pochoir. Sur un mur, c’est impossible de faire les traits et remplir rapidement. Pour la fresque d’Elit Fitness, on est resté six nuits dans la salle de 20h30 à 8h du matin.

Jayson : Sans compter que le premier week-end, on est rentré dans la salle le vendredi soir à 19h pour en sortir le lundi à 7h du matin !

Jayson, comment aides-tu Julien ?

Jayson : Je suis son assistant commercial. Je ne peins pas du tout, je suis une catastrophe avec un pinceau. La partie commerciale c’est pas son délire, donc je gère un peu ce côté. Puis Julien est un peu perché et je crois que je suis le seul à pouvoir le suivre et gérer les à côtés ! Je le suis et le soutiens depuis le début. Un jour, ce sera son grand moment et mon but c’est de tout faire pour qu’il y arrive. Julien est un frère pour moi, au-delà de voir un artiste monté, j’ai à cœur de le voir réussir.

Julien, aujourd’hui tu es toujours sur la même série et la même technique. As-tu d’autres projets ?

Julien : J’ai des idées qui partent dans tous les sens, mais il me manque du temps. Entre les galeries qu’il faut livrer, les commandes qu’on me passe, la famille, etc.

C’est pas un peu frustrant ?

C’est frustrant dans le sens où j’ai plein d’idées et que j’aimerais que ça sorte rapidement. Par contre, je ne suis pas frustré, parce que si je n’ai pas le temps de le faire c’est surtout parce que je m’occupe de ma famille, que je profite de voir mon fils grandir.

Comme un tatoueur, j’imagine que tu dois avoir des commandes délirantes des fois. Est-ce que tu refuses de faire certaines choses ?

Il y a des commandes que je refuse, oui. Si ça ne me botte pas, je ne le fais pas. Par exemple, les animaux. Un jour quelqu’un m’a demandé que je dessine son cheval avec ma technique. Ça pourrait bien rendre, mais ça ne me fait pas kiffer. On m’a commandé aussi un Che. Là c’est pareil, c’est un personnage qui a été usé, on le voit partout. On m’a même demandé le sexe de Rocco Siffredi en code-barre !

Sérieusement ? Mais même si on admet que c’est une commande normale, comment il aurait su que c’est bien le sexe de Rocco Siffredi ?

Jayson : peut-être qu’il l’aime vraiment !

Julien : pour le coup c’est plus dur de reconnaître une personne sans le visage, c’est clair !

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