Elle est là, tous les matins. Le premier établissement a allumé la lumière dans la rue Jean Jaurès, dans le centre-ville de Fréjus. Elle est là très tôt le matin, et depuis des années. Elle est là, avec son sourire, sa joie de vivre, et son regard plein de tendresse. Géraldine travaille avec son frère, son fils, ses amies. Elle a commencé avec son père et sa mère, qui continue à avoir un regard bienveillant dans les cadres photo en face du comptoir. Ils ont ouvert le commerce il y a 45 ans, ils ont apporté un savoir-faire, la touche Puyo dans leur pain et dans leur tarte chocolat banane. Ce matin, on est passé pour discuter avec elle, encore une fois, très tôt. Et de tous les conseils qu’on a pu vous donner depuis la création du journal, si il y en a bien un à garder c’est celui-là : démarrer votre journée par la Maison de la Tarte, c’est démarrer une journée en faisant le plein de gourmandise et de positivisme.

Géraldine, quel âge à la Maison de la Tarte, et depuis quand y travailles-tu?

La Maison de la Tarte est ouverte depuis 45 ans. Depuis la fin de ma scolarité, je suis là. J’ai toujours été derrière le comptoir avec maman. J’adore ce que je fais et je me retiens pour ne pas dormir ici !

Tu n’as jamais pensé à faire autre chose?

Si, mais rapidement je me suis dit que j’allais rester ici. Ce que je fais me plait.

Pourquoi?

Parce que ça plaît même si ce n’est pas facile. Le commerce c’était plus simple avant. Aujourd’hui, il faut tout le temps se remettre en question. Il y a de la concurrence, il y a les problèmes liés au commerce de proximité. On a perdu des clients parce qu’en 45 ans, malheureusement, quelques-uns sont montés au Ciel. Mais de nouvelles personnes viennent, on rencontre d’autres personnes, on parle avec beaucoup de gens de tous les pays avec les saisons. J’ai des clients qui viennent depuis longtemps et qui viennent de loin. Tu crées un échange avec tout le monde, et tes clients font partie de ta famille quelque part.

Et des clients tu en vois beaucoup!

Oui, dès le matin. Le client que tu viens de voir passer habite le centre-ville, le monsieur qui est passé avant vient depuis que le centre-ville est rouvert aux voitures. Il y a pas mal de personnes qui passent avant de travailler mais il y a eu des périodes où il y en avait plus que ça, où dès 7h du matin il y avait la queue. C’est aussi ça le commerce : ça bouge, ça change selon les habitudes de tout le monde, les modes, etc.

La Maison de la Tarte, c’est avant tout une affaire de famille. Qui cuisine?

Derrière il y a Gilles, mon frère, Matthieu, mon fils, Grégory le pâtissier et Daniel. Daniel est le plus âgé et est celui qui nous a rejoints en dernier. Pour la petite histoire, quand on a lancé l’annonce d’emploi, il était dans le magasin dans la demi-heure qui a suivi pour nous dire qu’il voulait travailler là si nous étions pas déranger par son âge (65 ans, NDLR). Depuis ce jour, il y a trois ans, Daniel travaille avec nous.

Et qui est au comptoir?

Françoise et Lucie sont avec moi à la vente. On n’est pas du même sang mais pour moi on est tous de la même famille. Ça fait tellement longtemps qu’on travaille ensemble. Lucie travaille avec moi depuis 26 ans. C’était une amie qui est venue travailler pour mes parents quand je suis tombée enceinte de mon fils Matthieu, et depuis elle est toujours là.

De toutes tes années dans cet établissement, si je te dis “Maison de la Tarte”, tu penses à quoi en premier?

Un bon souvenir ? Les moments où je m’éclatais, où je me fendais la poire avec ma mère derrière le comptoir, ou quand on se mettait tous les deux dans le bureau pour jouer. Même adultes. Les plus beaux moments de la Maison de la Tarte, c’est quand j’avais ma maman avec moi. Ça paraît peut-être bête, mais j’ai toujours l’impression qu’elle va sortir de la cuisine pour me rejoindre.

Elle est partie il y a longtemps?

4 ans. Après, il arrivait qu’on se dispute bien sûr, mais mes meilleurs souvenirs sont avec ma mère.

Qu’est-ce que tu dirais à une personne qui reprend un commerce de famille?

Beaucoup de personnes reprennent les commerces familiaux après leurs parents. Avant ça, ils travaillent ensemble et souvent ils ont un avis contraire à leurs parents dans la façon de faire les choses. Mais ce que j’aimerais dire à ces personnes c’est de ne pas y penser. Tant que tes parents sont là, c’est bien parce qu’ils te donneront toujours un conseil. Quand tu ne les as plus, tu penses à eux, mais tu ne peux plus les appeler, leur demander conseil ou te faire réconforter. Moi, ma mère, elle me chopait, elle me faisait un gâté jusqu’à mes 46 ans. Il y a d’autres souvenirs bien sûr, mais ma mère c’est ma mère, et elle me manque.

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