Est-ce que pour être notaire il faut être un notable d’un âge avancé ? Est-ce qu’on devient notaire qu’après avoir passé la cinquantaine ? Et surtout, est-ce que le boulot d’un notaire se résume à jouer au golf avec des copains pour foncer à son étude une fois de temps en temps poser des signatures sur des actes en récupérant des chèques ? La réponse commune à toutes ces questions est bien évidemment non. Et nous avons la preuve de ce qu’on avance. La preuve par quatre en l’occurrence. Ce sont des femmes, jeunes, jolies, plongées dans le boulot du matin au soir. Elles se sont démenées pour avoir un diplôme et se faire une place dans le milieu du notariat qui est en pleine mutation suite à la loi Macron et au virage numérique de ce genre de profession. Elles s’appellent Stéphanie Brines, Christelle Boubeta, Gaëlle Krief et Émilie Gransard. On a discuté avec elle de leurs professions, de leurs parcours et de leurs expériences. Retranscription d’une conversation matinale en bonne compagnie.

Maîtres, quels sont les domaines dans lesquelles vous exercez ?

Stephanie : Le mariage, l’achat immobilier, les héritages, tous les moments importants d’une vie. On suit les entrepreneurs aussi dans leurs démarches que ce soit dans l’achat de fonds de commerce, la revente ou la transmission. On est là à chaque fois qu’il y a un moment important pour établir un contrat ou faire un acte.

Un acte financier ?

Stephanie : Non pas forcément. Par exemple, beaucoup de décisions peuvent être prises dans un contrat de mariage et ne sont pas forcément que de l’ordre du financier.

Christelle : On peut faire des actes aussi lors de la naissance d’un enfant, pour assurer son avenir en cas de décès des parents. On peut prévoir qui va s’occuper de l’enfant, etc.

L’immobilier représente combien en pourcentage de la prestation des notaires ?

Stephanie : Ça dépend des études, mais en moyenne on peut dire que 70% des prestations notariales correspondent à des actes de vente d’immobilier.

Gaëlle, comment avez-vous débuté dans la profession ?

Gaëlle : J’étais salariée dans l’étude que j’ai reprise. Je suis tombée en plein dans la loi Macron. La cession a été retardée pendant environ une année. Les instances ont bloqué le processus de cession en attendant d’y voir un peu plus clair. Notre nomination avec mon associé a eu lieu en octobre 2016. Avant la loi MACRON ce n’était pas un tirage au sort, il y avait un concours et en fonction de votre résultat, vous pouviez vous installer dans une des villes où un office devait être créé selon une liste établie par le Garde des Sceaux. Notre Étude a été créée de cette manière par mon prédécesseur en 2001.

Et Christelle ?

Christelle : je fais partie de celles qui ont passé le concours avant la loi Macron. Nous avons créé en 2014, avec mon mari, notre étude aux Issambres.

Stéphanie, comment avez-vous débuté ?

Je suis arrivé dans le Var un peu par hasard. Mon père était notaire à Aix-en-Provence, mais je cherchais à faire ma propre expérience. Reprendre l’étude de mon père c’était prendre le risque de tomber dans les clichés de la transmission familiale des études. Du coup, je suis arrivé à Roquebrune sur Argens. Mon associé cherchait un associé, et j’ai acheté des parts de notre société en 2003, comme la plupart des notaires. L’attribution des offices par un concours, jusqu’à présent, restait marginale. Avec M. Macron, les choses ont changé.

Émilie, quel est votre parcours ?

Émilie : je suis notaire salariée. Je ne suis pas installée, je suis salariée dans l’office dans laquelle je travaille. J’ai les fonctions du notaire mais je ne suis pas associée dans l’étude.

Quelle est la différence entre notaire associé et notaire salarié ?

Émilie : Le travail est le même. La différence est peut-être que je n’ai pas la pression du résultat. Le notaire est aussi un chef d’entreprise qui doit veiller à l’équilibre financier de son étude.

Comptez-vous reprendre une étude ?

Émilie : je pourrais rester notaire salariée toute ma carrière. Ce sont des choix de vie et d’opportunité. J’aimerais un jour m’associer dans une étude, mais l’occasion ne s’est pas encore présentée.

Gaëlle : j’étais aussi salariée dans l’Office ou j’exerce aujourd’hui . Lors du départ à la retraite de mon prédécesseur , celle-ci m’a proposé de la reprendre.

Donc l’étape de notaire salariée c’est quelque chose de classique ?

Gaëlle : Oui c’est souvent le cas, en tant que notaire salarié ou notaire assistant. Lorsqu’un notaire décide de céder son office, il propose souvent à ses salariés. Ceux-ci connaissent les clients et la méthode de travail de l’étude. C’est rassurant.

Stephanie : il y a un lien de confiance qui se crée entre le salarié et l’associé.

Quand je pense à notaire, je pense tout de suite à un notable d’un âge certain. Est-ce souvent le cas ?

Stephanie : je suis notaire depuis 15 ans ici. Les premières assemblées générales, il y avait beaucoup d’ hommes et de plus de 55 ans. Il y a eu un renouvellement ces dix dernières années.

Gaëlle : avec la loi Macron, il y a une grande progression sur la part des notaires salariés. Les nouveaux notaires rajeunissent la profession, et surtout il y a presque autant de femmes que d’hommes.

Christelle : avant les clercs habilités pouvaient recevoir des actes. La loi Macron supprime cela en 2020, et c’est aussi pour cela que les études ont dû recruter plus de notaires salariés.

Stephanie : Maintenant il faudra un niveau minimum d’étude pour recevoir des clients et des actes, ce qui n’était pas le cas avant.

Est-ce que les clients font une différence entre un homme et une femme notaire ?

Gaëlle : ça dépend des clients. Au début, certains clients peuvent être surpris, ils s’attendent à rencontrer un homme plutôt qu’une femme, au même titre que certains s’attendent à voir une personne plus âgée. Mais quand la personne se rend compte que vous êtes compétent et qu’elle peut vous faire confiance, les clichés s’estompent.

Christelle : Pour ma part, les malentendus sont assez réguliers. La semaine dernière encore, j’étais à l’accueil pour récupérer du courrier, une personne est entrée et a demandé le notaire alors qu’il avait rendez-vous avec moi ! Lorsque je lui ai dit que le notaire c’était moi, il ne m’a pas pris au sérieux.

Stephanie : oui c’est vrai que ça arrive. En même temps, il y a quelque chose d’ancestral là-dedans : quand il y a un homme et une femme dans la même pièce, les gens ont tendance à se présenter à l’homme. Ce n’est pas spécifique à la profession. Au début, quand j’allais dans la salle d’attente, les clients ne pensaient pas naturellement que j’étais la notaire. C’est peut-être la jeunesse cumulée avec le sexe qui donne des a priori. Je trouve qu’en 15 ans les choses ont beaucoup changé de ce point de vue.

Christelle : Après il arrive, et Dieu merci très rarement, qu’un client ne veuille absolument pas traiter avec une femme. Mais ce sont des cas isolés. Une fois, un client m’a même demandé ma pièce d’identité, pensant que j’étais trop jeune pour exercer.

Justement, vous êtes des femmes, et en plus jeune. Ce n’est pas trop de clichés brisés en un coup ?

Gaëlle : vous savez, la profession a vraiment beaucoup évolué, et le cliché du notaire dans un âge avancé est un peu dépassé.

Nous sommes dans le bureau de Stéphanie, il y a une tablette, un écran géant, et bien d’autres matériels informatiques. Le notaire a pris le virage du numérique ?

Stéphanie : oui tout à fait. Maintenant, il y a l’acte électronique qui a déjà été mis en place depuis plusieurs années , et nous passons à l’étape suivante la visioconférence et la signature à distance. Tous les process sont maintenant dématérialisés. Les actes d’achats sont tout de suite transférés à l’administration fiscale, le fichier de la taxe foncière va être directement mis à jour, etc. Tout va plus vite maintenant, pur une meilleure satisfaction des clients.

Christelle, je te sais très intéressée par les nouvelles technologies, est-ce que c’est utile dans le notariat ?

Christelle : je suis une vraie geek. Internet, les objets connectés, la domotique, les réseaux sociaux, c’est mon truc. J’aime les gens et tout ce qui facilite les relations humaines. Le gain de temps apportait par le numérique, je trouve ça génial. Donc je suis hyperconnecté. J’ai d’ailleurs déjà installé la visioconférence.

Vous avez tous la visioconférence ?

Stéphanie : Non pas encore, chacun installe ce système à son rythme. Mais d’ici la fin de l’année, nous serons une grande majorité à l’avoir. Le notariat a pris un véritable virage numérique. Ces changements vont favoriser encore plus le rajeunissement de la profession.

Les clients ne trouvent pas ça bizarre une notaire en visio ?

Christelle : Non. C’est pareil que Skype finalement. Sauf que nous avons des garanties de sécurité plus importantes.

Stéphanie : C’est plutôt bien accueilli. Comme l’acte électronique. D’ailleurs, ce sont souvent les plus jeunes qui sont étonnés par le modernisme de ce genre de système.

Christelle : c’est vrai, ils veulent toujours « le papier ! » Puis les gens sont habitués à ça maintenant. Même à la banque, on vous fait signer sur des tablettes.

Ça réduit beaucoup le temps des actes ?

Gaëlle : ça modifie l’utilisation du temps surtout. Le temps que l’on passait à faire tourner les papiers et signer les clients, on le passe à faire de la pédagogie et à expliquer encore plus les choses. Le temps est surtout mieux utilisé.

Est-ce qu’une femme notaire c’est compliqué aujourd’hui ?

Stéphanie : Mon expérience fausse un peu mon avis. Je peux dire aujourd’hui que c’est plus facile quand vous avez 15 ans de notariat, alors je laisse la parole aux plus jeunes !

Émilie : je pense que certains clients ont une appréhension lorsqu’ils découvrent que c’est une femme qui va traiter leur dossier. Il faut donc leur donner davantage confiance en soi que s’ils étaient face à un homme. Mais au même titre que certains clients pensent qu’un jeune notaire est moins compétent qu’un notaire âgé. Après, dire que c’est compliqué, non. Même si aujourd’hui, et dans tous les domaines, je pense que c’est plus facile quand on est un homme.

Gaëlle : Aujourd’hui, l’image du notaire est quand même plus sympa qu’avant.

Christelle : Compliqué, non, mais il faut prendre SA place. Les dernières présidentes de chambres et du conseil régional des notaires, ont été des femmes, et je trouve qu’elles ont apporté beaucoup de « rondeur » et surtout de la bienveillance.

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