Ce qui frappe de prime abord lorsque l’on rencontre Elodie Armand, la directrice du cinéma multiplexe le Lido, à Saint-Raphaël, c’est en premier lieu sa jeunesse, même si elle manifeste par ailleurs une grande maturité. À 31 ans, il s’agit d’une énorme responsabilité, qu’elle assume sans jamais se départir d’un éternel sourire. C’est sans doute la raison pour laquelle son autorité, incontestable et incontestée, ne vire jamais en autoritarisme : il est vrai que son cursus universitaire est particulièrement orienté vers la gestion des ressources humaines, et donc que, somme toute, à un certain moment qualités humaines et qualités professionnelles finissent par ne plus se disjoindre. Il convient aussi d’ajouter que, comme toutes les personnes qui s’épanouissent dans leur métier, il est absolument passionnant de l’écouter parler de ce qu’elle fait. Rencontre exclusive avec une jeune femme qui a la tête – bien pleine – sur les épaules.

Bonjour Elodie ; pourrais-tu nous dire quelle a été ta trajectoire avant de diriger cet énorme paquebot qu’est le Lido  ?

Je n’ai certes que 31 ans, comme tu l’as dit, Thierry, mais j’ai déjà un parcours professionnel bien rempli. Après un baccalauréat littéraire, j’ai suivi une formation de DUT « techniques de commercialisation » en alternance, et j’ai été embauchée par l’entreprise dans laquelle j’avais fait mon stage, entreprise dans laquelle je suis restée neuf ans. J’ai ensuite repris mes études, en obtenant une licence professionnelle de « management des organisations, conduite de projets et gestion de ressources humaines ». Autant de sigles barbares, je le vois bien à ton regard écarquillé (rires), mais qui correspondent, étonnamment, à la réalité de mon métier aujourd’hui. Mon stage de licence pro s’est déroulé au Lido, j’y ai ensuite été embauchée, d’abord comme assistante RH, avant d’en devenir la directrice en janvier 2016.

Et aujourd’hui, donc, en quoi ton travail consiste-t-il ?

Si je devais résumer d’une phrase, je dirais que mon job consiste essentiellement à faire en sorte, et à vérifier, que tout se passe bien au Lido. Mais dans cette seule phrase se nichent, et parfois se dissimulent, de multiples paramètres : il faut à la fois qu’il y ait le nombre adéquat de personnel aux endroits appropriés, c’est-à-dire la caisse au rez-de-chaussée et la confiserie au premier étage, en fonction de l’affluence du public, qui cependant demeure toujours aléatoire ; il faut aussi que le matériel fonctionne, aussi bien les cabines de projection que la climatisation, les ordinateurs que les ascenseurs, et même les rouleaux de papier hygiénique (rires). Ca te fait rire, Thierry, mais crois-moi, quand on est en rupture de stock, on en entend parler, et pas qu’un peu (rires). Enfin bref, il faut avoir l’œil à tout.

Parfait. Qu’est-ce qui est le plus intéressant dans ce job ?

Sans aucun doute, la diversité des tâches. C’est intellectuellement très stimulant, et je ne m’ennuie jamais. Avant tout, il faut préciser qu’un cinéma, à la différence d’autres commerces, culturels ou non, fonctionne 365 jours par an ; évidemment, et heureusement pour moi, et même pour les autres (rires), je ne suis pas sur place tous les jours, mais le lien n’est jamais absolument rompu. Il ne faut cependant jamais oublier, et je m’en garderais bien, qu’il s’agit d’un travail collectif. Tout le monde dans l’équipe, quelles que soient ses fonctions, a un rôle essentiel dans la bonne organisation et le fonctionnement fluide de l’ensemble de la structure. Il y a d’ailleurs quelque chose d’absolument essentiel dans ce métier, qui est le contact avec le public : même si j’ai bien d’autres tâches, je suis régulièrement présente en caisse ou à la confiserie, puisque c’est là, et nulle part ailleurs, que les spectateurs donnent leur avis.

Il s’agit donc d’une sorte de polyvalence enracinée ?

A mon tour d’avoir les yeux écarquillés (rires). Mais en moins prétentieux (rires), oui, c’est l’idée : accomplir de multiples tâches, mais toujours en maintenant un contact avec les spectateurs.

As-tu le temps de voir les films ?

Pas autant que je ne le voudrais bien sûr, et en définitive pas tant que cela ; je vois bien sûr systématiquement les films que nous proposons en avant-première, avec présence de l’équipe du film, ne serait-ce que pour pouvoir échanger avec eux. Mais si j’osais, je te dirais que ce n’est pas si essentiel que cela : le programmateur, qui menace d’ailleurs de devenir un dangereux cinéphile sous ta pernicieuse influence, Thierry (rires), s’occupe des films, et nous on s’occupe de tout le reste.

Quel a été ton dernier coup de cœur cinématographique ?

J’ai beaucoup aimé « La forme de l’eau », le nouveau film de Guillermo Del Toro, que tu connais bien (rires). Mais mon véritable coup de cœur, un film que j’ai littéralement adoré, c’est « 3 billboards – les panneaux de la vengeance », de Martin Mac Donagh, avec Frances Mc Dormand. Un mélange extrêmement réussi d’humour et d’émotion : un grand film !

Je vais te prendre comme attachée de presse pour le ciné-club (rires). Ce numéro de « Bah alors ? » est, comme tu le sais, Elodie, 100 % féminin. Tu exerces une profession à forte(s) responsabilité(s). En quoi le fait d’être une femme a-t-il influé sur celle-ci, en bien ou en mal ?

De but en blanc, je serais tentée de te répondre : en rien. Mais sans doute faut-il moduler ; d’abord, il convient de noter que nombre de mes interlocuteurs professionnels ont des choses à me demander, et souvent à me vendre ; dans ce contexte, la misogynie n’est pas vraiment recommandée (rires). Il faut aussi ajouter qu’il s’agit d’un milieu dans lequel le processus de féminisation est en cours. Il y a de très nombreuses autres femmes qui occupent des fonctions comparables aux miennes en France, et c’est tant mieux, c’est même la moindre des choses.

Thierry Saunier

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