À Puget-sur-Argens, la menuiserie aluminium, c’est une profession maîtrisée par la gent féminine. Nathalie Buisson gère la société Menuiserie Pro Service depuis 7 ans maintenant. Et avant ça, elle est passée à tous les étages de la profession. Aujourd’hui, elle concurrence les meilleurs, et quand il s’agit de résoudre un problème sur un chantier on peut compter sur elle. Avant l’interview, Nathalie a eu une conversation téléphonique où les seuls mots que votre serviteur ait compris étaient des articles définis.

Nathalie, MPS existe depuis quand ?

En juin 2011. Au début, j’avais un associé financier et depuis un an j’ai racheté ses parts. Nous avions pris le local nu et nous avons tout créé ensemble.

Comment une femme se lance dans la menuiserie en aluminium ?

C’est vrai qu’une femme dans le domaine de la menuiserie aluminium est atypique. À la base, j’ai fait des études de gestion et j’ai passé un diplôme de comptabilité d’étude financière ce qui n’est pas du tout voué à ça. J’ai eu deux enfants et lorsqu’ils ont été plus grands j’ai décidé de reprendre des études. Mais mon ancien associé, pour sa propre entreprise, cherchait une secrétaire comptable. Son entreprise fabriquait et installait de la menuiserie en aluminium. Je suis rentrée chez lui en tant que secrétaire comptable et peu de temps après, j’ai été son assistante.

Vous avez tout appris de lui ?

Il m’a enseigné tout ce qu’il y avait à savoir dans le domaine. J’ai même fait un peu de commerce parce que ça me plaisait et je voulais m’impliquer.

J’ai travaillé dans son entreprise de 1998 à 2001. Ensuite, j’ai eu l’occasion de prendre en location-gérance un bar à Fréjus Plage qui s’appelait « Las Veglas ». Je l’ai tenu en location-gérance jusqu’en 2003, mais l’affaire était compliquée à gérer. Quand il a su que j’étais de nouveau sur le marché, mon associé est venu me chercher et je suis passée par tous les postes.

Qu’est-ce que MPS propose ?

Ici c’est une « préfa » : on ne fabrique que pour les professionnels. Notre clientèle est constituée de poseurs qui ont ouvert un compte chez nous, pour se servir, et poser notre menuiserie chez son client. Je n’ai pas de poseurs, je n’ai que des fabricants. Pour la petite histoire, mon associé a toujours son entreprise et lui installe de la menuiserie chez le particulier. De fait, il est devenu mon premier client !

Comment s’est passé le début de l’aventure ?

J’ai un caractère de challengeuse. On a démarré sans savoir qui nous allions avoir comme clients si ce n’est l’entreprise de mon associé qui pour l’occasion avait délocalisé sa propre fabrication vers nos locaux. La première année a été difficile mais par la suite, nous avons embauché une technico-commerciale experte dans le domaine. Elle est chez nous depuis 6 ans et qui, a seulement 35 ans, a déjà 14 ans de métier ! Elle a été formée par notre gammiste.

Vous rencontrez des difficultés avec vos clients du fait d’être une femme ?

Quand j’ai débuté, je faisais même de l’expertise chez les clients. J’allais souvent avec le responsable technique. Sur place, les clients avaient tendance à ne discuter qu’avec le responsable technique. J’ai même eu le droit à des goujats qui disaient explicitement qu’ils ne voulaient pas parler à une femme.

Oui mais ce sont des particuliers ?

Les particuliers oui.

Et les professionnels ?

Ça les a fait rire, parce que c’est quand même macho comme milieu. Notre métier fait parti du second œuvre du bâtiment parce qu’il est compris dans les finitions. On travaille avec les maçons, les architectes, les promoteurs, etc. Et c’est vrai que dès qu’ils nous voient arriver avec la commerciale, ils nous regardent comme si on n’allait rien capter ! Et une fois que la conversation est entamée, ils sont surpris.

Vous avez des exemples ?

On est rentrées dans un réseau que notre gammiste a créé. Avec ma technico-commerciale, on était les deux seules femmes. Encore une fois, on était sujettes à quelques moqueries. Rien de méchant, des ricanements d’enfant quand on se mettait à parler. Il y avait deux personnes qui voulaient nous sortir de ce réseau mais le directeur avait compris qu’un regard féminin, dans un domaine à majorité d’hommes, c’était quelque chose d’important.

Selon vous, qu’est-ce qui vous différencie professionnellement de vos collègues hommes ?

Je pense que j’ai dû faire deux fois plus d’efforts qu’un homme. Quand on a créé la société, c’était en pleine crise économique. J’ai hypothéqué tout ce que j’avais. Mais aujourd’hui on a un chiffre d’affaires qui est en constante évolution.

Comment ça se passe au sein de la boîte ?

Aujourd’hui, il y a une douzaine d’employés, et l’an dernier on a fait un chiffre d’affaires de plus d’un million d’euros. L’entreprise, peut-être parce qu’elle est gérée par une femme, fédère plus qu’elle ne divise : c’est un peu cocooning, méthode familiale. Nos clients sont fidèles aussi, certains sont là depuis 6 ans aujourd’hui.

Les employés leur premier jour ne sont pas étonnés d’être dirigés par une femme ?

Ils le savent généralement avant. Les premiers entretiens d’embauche étaient un peu plus compliqués mais comme pour les relations clients ou les rapports avec les professionnels du bâtiment : le fait qu’une femme soit à la tête d’une entreprise d’aluminium ça surprend toujours.

Ce côté macho dans le bâtiment, c’est quoi selon vous ?

C’est peut-être de la gêne. Dans le domaine du bâtiment, une femme c’est rare même si c’est quand même rentré dans les mœurs. Vous vous imaginez des femmes qui piquent le métier des hommes! Même si je dois l’avouer, des fois, on est meilleures qu’eux! (rires)

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