Il y avait la mission locale, le BIJ ou encore Pôle Emploi pour les jeunes. Il faut compter désormais sur l’École de la deuxième chance du Var (E2C Var) aussi. Créée l’été dernier, l’antenne E2C de la CAVEM, située à Fréjus, est le 2e site à avoir ouvert ses portes, précédé par celui de Toulon et suivi par ceux de Brignoles et Draguignan. L’E2C Var a été initiée par la préfecture du Var et la région PACA et est portée par l’UPV. Alors qu’est-ce que c’est l’E2C Var? C’est simple : l’idée est d’accueillir des jeunes de 16 à 25 ans, sans diplôme ni qualification, de définir avec eux un projet professionnel et mettre tout en œuvre pour le réussir. Entre alternance, cours de remise à niveaux, stage et bien sûr candidature à l’embauche, l’E2C propose une offre complète pour tous les jeunes qui n’ont malheureusement pas eu la chance de démarrer la vie professionnelle qu’ils espéraient. Et le tout en 6 mois. Lorsque l’on pense à l’UPV, on n’imagine pas bien comment l’association peut aider ces jeunes. C’est pourtant simple : l’UPV connaît le monde du patronat. Du coup à l’E2C, on met le réseau UPV à disposition mais aussi toutes les connaissances du monde professionnel pour que les jeunes comprennent mieux le monde économique dans lequel ils vivent. On est allé voir un groupe, on a discuté avec des formateurs, les jeunes, et on a suivi leur parcours.

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Jean-Marc et Stéphane sont à l’École de la deuxième chance depuis le début de l’aventure. Quand on rencontre les jeunes qu’ils encadrent, on remarque la même complicité qu’entre les surveillants d’une école et les élèves. C’est respectueux et détendu à la fois. D’ailleurs, les jeunes concèdent facilement qu’ils se sentent bien ici. « Entendu » c’est ce que les jeunes disent le plus.

 

L’école existe depuis le 26 juin 2017. Vous êtes arrivés quand vous ?

 

Jean-Marc : On a pris nos fonctions à la fin du mois de mai. On a reçu un mois de formation, en doublure avec les formateurs de l’E2C de Toulon, pour apprendre leur manière d’organiser les ateliers, le planning… On a surtout travaillé l’élaboration des outils pédagogiques, la bonne manière de transmettre les messages. Nous avons intégré les locaux de l’antenne CAVEM une dizaine de jours avant l’ouverture officielle.

 

C’était comment la première rentrée de l’école ?

 

Jean-Marc : C’était tout neuf ! Les travaux finissaient, on attendait les tables, les chaises et les armoires ! Des jeunes, comme Romain, qui sont arrivés les premiers jours doivent se souvenir de cette installation. On a accueilli les premiers stagiaires le 26 juin.

 

Comment les jeunes stagiaires entrent à l’E2C ?

 

Stéphane : Il y a plusieurs possibilités pour intégrer l’E2C. La plupart du temps, c’est la Mission Locale Est Var qui nous prescrit des stagiaires. La Mission Locale leur a présenté le dispositif, et sur la base du volontariat, les stagiaires décident de venir. Après les centres sociaux, les centres culturels présentent aussi l’école. Mais le plus important c’est que le stagiaire soit volontaire. Ils peuvent même s’inscrire directement sur le site internet pour participer à une réunion d’information. Sur les 35 jeunes qui sont passés par le dispositifs, il y en a 4 qui sont venus d’eux même. Mais majoritairement c’est la Mission Locale et bientôt le Pôle Emploi.

 

Jean-Marc : D’ailleurs le fait que des jeunes viennent s’inscrire d’eux-mêmes via le site internet est très révélateur. Le bouche à oreille fonctionne, les jeunes en parlent entre eux et donc le dispositif plaît.

 

Comment aidez-vous les jeunes ?

 

Jean-Marc : On n’est pas des magiciens de l’emploi. On essaie principalement de travailler sur leur image, leur confiance en soi, sur le fait qu’il est possible de faire tout ce que l’on veut. On est toujours disponible pour eux. Certains en rentrant n’avaient pas confiance en eux. On a l’exemple de Romain qui est un jeune très introverti. Aujourd’hui il s’ouvre plus facilement et par le travail qu’on a effectué ensemble, il vient de signer un contrat d’apprentissage de deux ans avec la SATAC Renault. On travaille sur leur capacité et leur image. Il faut qu’ils aient conscience que leur parcours aussi chaotique qu’il puisse être ne les différencie pas des autres : s’ils se donnent la peine, ça marchera.

 

Stéphane : On reçoit des jeunes à partir de 17 ans. Selon leur maturité on peut faire des exceptions. Par contre, aucun de ces jeunes n’a de diplôme.

 

Anaïs a 19 ans. Aujourd’hui et après quelques mois à l’École de la deuxième chance, Anaïs a pu voir sa candidature se transformait en emploi chez Leader Price.

 

Anaïs, Comment as-tu eu connaissance de l’école ?

 

J’ai eu un rendez-vous avec mon conseiller de la Mission Locale. Il m’a proposé deux choix : soit l’E2C, soit la garantie jeune. Il m’a expliqué les deux dispositifs et on a décidé ensemble, par rapport à mon parcours que l’école de la deuxième chance était plus adéquate.

 

Pour toi c’est quoi l’E2C ?

C’est une seconde chance ! On revoit les bases, on nous aide pour élaborer un projet professionnel qui nous tient vraiment à cœur. J’ai 18 ans, et j’ai fait un CAP alternance en restauration. Maintenant j’aimerai changer d’univers professionnel et les formateurs m’accompagnent pour trouver le domaine qui me conviendrait le plus.

 

Tu en penses quoi maintenant que tu y es ?

 

Certaines personnes arrivent à l’E2C avec un projet déjà bien précis. Ceux-là partent très vite. D’autres comme moi, viennent sans savoir ce qu’ils veulent faire. Ça prend un peu plus de temps, mais on arrive à définir un projet.

 

Qu’est-ce que tu as fait à l’école depuis ton entrée ?

 

Les formateurs commencent par nous demander de faire un tableau de ce qu’on aime et ce qu’on n’aime pas. Suite à ça, on essaie de définir un projet. On suit chaque piste en faisant des stages courts. Si le stage nous plaît, on continue de creuser dans ce domaine jusqu’à trouver le métier qui correspond le plus à nos envies. Alors, bien sûr, je n’aimerai pas retourner dans la restauration. Je n’aime pas non plus les métiers administratifs : je bouge beaucoup trop pour rester derrière un ordinateur ! La vente, le contact avec le client, l’artistique sont des choses qui me plaisent. Malgré les cases du tableau, j’aimerai découvrir les métiers de bureau, pour être sûre que ça ne me correspond pas. Je veux pousser l’activité et être sûre d’avoir fait les choix qui me correspondent. Quand je me lève le matin, je n’ai pas envie d’avoir la boule au ventre en allant travailler. Même si j’ai dit ne pas aimer, j’essaierai quand même.

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Kim veut travailler dans le juridique.

 

Kim, tu es arrivée depuis quand et as-tu un projet défini ?

 

Kim : Je suis à l’E2C depuis septembre. Avant je ne voulais rien faire ! J’ai travaillé dans la restauration, dans la garde d’enfant, dans l’aide à domicile, et rien ne me plaisait. Au fil des ateliers, je me suis aperçu que le Droit me plaisait et donc je cherche à me rediriger dans ce domaine d’activité.

 

Tu comptes faire comment du coup ?

 

Kim : Je n’ai pas de diplôme. Je pense passer un bac pro Gestion Administration dans un cabinet d’avocat si possible. J’aime les lois, mais je n’ai jamais imaginé pouvoir travailler dans ce domaine. Je pensais que c’était inatteignable vu mon expérience mais en fin de compte, les formateurs m’ont prouvé le contraire.

 

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Paroles d’élèves

 

Romain c’est pas le mécano chez Renault ? Oui, et ça c’est grâce à l’UPV. Lors de notre passage à l’E2C, nous avons discuté longuement avec les élèves, et voilà quelques morceaux choisis.

 

Romain : Après le collège, je suis entré au lycée professionnel Gallieni. J’ai passé un Bac pro mécanique, engin de chantier. Au bout de trois ans, j’ai passé un CAP que j’ai obtenu. Ensuite j’ai fait plusieurs stages en mécanique auto, en carrosserie. Ça m’a plu et donc j’ai cherché un apprentissage.

 

Sarah : J’avais déjà un projet défini et je fais partie de la première promotion de l’École de la deuxième chance. Mon projet implique un concours d’entrée à une école. Avant cela, j’étais au Lycée Albert Camus et je suivais un cursus littéraire, donc je n’ai pas fait de mathématiques pendant deux ans. Grâce à l’École de la deuxième chance, j’ai pu faire des stages en entreprises pour confirmer mon projet mais j’ai pu aussi réapprendre les bases en mathématiques et en français. Aujourd’hui, j’ai intégré L’IFPVPS, je fais une prépa au concours. Ici, je travaille sur les devoirs qu’on me donne en prépa, et je m’entraîne à l’oral qui est une grande épreuve du concours.

 

Kimberley : J’ai quitté le lycée et j’ai passé un CAP cuisine que j’ai obtenu. J’ai entendu parler de l’école par le bouche à oreille et ça tombait bien car je ne voulais plus travailler en restauration. J’ai toujours voulu travailler avec les animaux, et c’est sur ce projet que l’on travaille avec les formateurs. Vétérinaire, toilettage… J’espère faire un stage en clinique vétérinaire.

 

Wesley : Avant, je travaillais dans le bâtiment, en ébénisterie plus particulièrement. Entre temps, j’ai travaillé à l’usine Thalgo pendant un mois. Je me suis rendu compte que trouver de l’emploi en ébénisterie est très compliqué. Kim est ma sœur et elle m’a expliqué comment ça se passe dans cette école. Ça m’a tout de suite intéressé parce que même si je ne trouve pas un projet professionnel, je sais comment ça se passe à Pôle Emploi. En une semaine de suivi, j’estime que les formateurs m’apportent plus qu’un conseiller Pôle emploi. J’ai l’impression que si je reste six ans à Pôle Emploi, ma conseillère me demanderait toujours mon nom et mon prénom à chaque rendez-vous.

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