Les joueurs de foot de top niveau mondial ont parfois des dilemmes existentiels, qui ne portent pas forcément sur leurs coupes de cheveux.  Il existe aussi, en-dehors d’Instagram et de Twitter, de la pub’ et de la com’, des enjeux sportifs, et donc d’indispensables arbitrages. Les années paires non bissextiles – suivez un peu, enfin, 2018 en est une – sont des années de Coupe du Monde. Et donc, le dilemme existentiel, et cependant sportif, est le suivant : faut-il jeter toutes ses forces dans la bataille de la Ligue des Champions, qui après tout se déroule tous les ans, au risque d’arriver cramé à la World Cup, ou au contraire se préserver en vue d’icelle ?

Il existe deux précédents fameux, mais qui se seront déroulés dans des sens diamétralement opposés. En 1994, le grand FC Barcelone de Johan Cruyff, sa fameuse Dream Team, a conquis de manière épique le titre de champion d’Espagne à la dernière journée, peu avant de disputer, à Athènes, la finale de la Ligue des Champions. Il se fit laminer par le Milan AC de Fabio Capello, 4-0, et les deux superstars de l’équipe, le brésilien Romario et le bulgare Stoïchkov, furent, le premier invisible, le second transparent. Etaient-ils cramés par une saison longue et éreintante ? Que non pas.

Ils s’étaient, ainsi qu’on le dit façon si imagée dans le lexique du foot, « cachés ». La preuve : ce furent, deux mois plus tard,  les deux meilleurs joueurs de la World Cup 1994 aux Etats-Unis, apportant respectivement, Romario au Brésil une quatrième étoile très attendue, Stoïchkov à la Bulgarie une quatrième place inespérée.

A l’inverse, il y a quatre ans, Cristiano Ronaldo, le meilleur joueur du monde ou le second, selon les goûts, les avis, les tempéraments, les préjugés et les millésimes, était arrivé au Brésil calciné par la conquête de la dixième Ligue des Champions, la fameuse « Decima », et n’y avait fait que de la figuration. Son grand rival, second ou meilleur selon etc., était certes arrivé en finale de la compétition, parce que moins carbonisé que CR7, mais sans se montrer aucunement décisif dans les matches à élimination directe.

Quelles seront donc les destinées de nos deux héros antagonistes en Russie en juillet prochain ? Une chose du moins ne se discute pas : alors que chacun a déjà conquis quatre Ligues des Champions, et que nolens volens une cinquième n’apporterait pas grand-chose à leurs palmarès et à leurs auras, déjà immenses, c’est peut-être leur dernière participation à la Coupe du Monde, et sans aucun doute leur dernière chance raisonnable de remporter le trophée suprême. Alors ?

Alors, le Barça est d’ores et déjà champion d’Espagne, hors d’atteinte pour le Real, qui lui est cependant dans le bon wagon pour la prochaine C1. Il reste au grand maximum cinq matches à enjeu à jouer pour chacun d’eux, d’ici le top départ de la WC le 14 juin. Le diagnostic du docteur Saunier est que l’on verra du grand CR7 et du grand Leo dans la taïga. Rendez-vous en juillet, comme disait René Clair.

                                                                                                                                                     Thierry Saunier.

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