« La ville, c’est l’échelon où la pratique démocratique est la plus facile et la plus efficace. »

 

Ce groupe ne se limite pas à une plateforme de type “forum” où une idée en chasse une autre. Aujourd’hui, il se réunit régulièrement pour réfléchir à des projets pour Saint-Raphaël. Leur but est de motiver les habitants à s’impliquer dans la vie locale, pour un idéal démocratique qui reste encore à construire. Mallory nous a reçu et nous explique la vision du collectif de réflexion “Saint-Raphaël Citoyen”.

 

Au début le projet s’appelait “Saint-Raphaël 2020, tous élus”. Pourquoi avoir changé de nom ?

 

Nous avons lancé notre collectif en juillet 2017, il est évident que le maire de l’époque, Georges Ginesta, ne pouvait pas être un interlocuteur raisonnable. Donner plus de pouvoirs aux citoyens, pensez-vous, quelle idée saugrenue !

Notre projet était alors de proposer une “liste citoyenne pour les élections municipales”, c’est à dire une liste non pas emmenée par des politiques, mais par des Citoyens Actifs. Depuis un mois et demi, et suite au remplacement de M. Ginesta par M. Masquelier, le groupe a préféré se détacher de l’échéance 2020 (un post Facebook du 15 février 2018 en détaille les raisons). N’y voyez là aucune allégeance, simplement un pas de côté. Aujourd’hui nous observons avec attention l’éventuelle réceptivité du nouveau premier magistrat à nos propositions, notre aspiration n’étant pas d’être Calife à la place du Calife, mais de voir notre ville s’engager dans un paradigme autre que le modèle dominant.

 

Vous avez rencontré le nouveau maire de la ville ?

 

M. Masquelier nous a reçu il y a quelques mois, et nous lui avons fait part de nos motivations. L’échange me semble avoir été franc et sincère, le temps vérifiera ce ressentiment. Nous avons aussi constaté un écho favorable pour quelques unes de nos suggestions.

 

C’est à dire ?

 

Nous avions publié un post pour faire part de notre regret concernant le manque de visibilité des conseils municipaux, sur le site de la ville ou sa page Facebook. De fait, nous annoncions les dates des conseils municipaux sur notre propre page. Depuis que le nouveau maire est élu, les conseils municipaux sont clairement annoncés, une rubrique dédiée a été créée sur le site de la ville qui permet de suivre un tant soit peu les conseils, et de télécharger l’ordre du jour des délibérations. Nous avons relevé, en conseil de quartier, une phrase prononcée par M. Masquelier : “La démocratie ne consiste plus à donner son avis une fois tous les 6 ans et à ne plus être consultée. Elle a besoin de citoyens actifs”. Nous n’avons certes pas la paternité de cette phrase employée plus tôt sur notre page, mais elle synthétise l’esprit qui anime notre collectif. Ce ne sont là que des petits détails dont la sincérité reste à confirmer, mais nous remarquons que M.Masquelier semble plus enclin à l’ouverture citoyenne que son prédécesseur. Aussi nous réservons notre jugement !

 

Quel est le but de “Saint-Raphaël Citoyen”?

 

L’objectif de Saint-Raphaël Citoyen est de proposer des projets concrets à la mairie pour qu’elle puisse les étudier et les déployer. Nous souhaitons que notre ville devienne un modèle de transition économique, social et écologique, que la municipalité affiche sa volonté d’ouvrir sa gouvernance aux citoyens, qu’elle fasse preuve d’audace face aux défis locaux et globaux que nous devons relever collectivement.

 

Comment travaillez-vous les projets?

 

Nous ne sommes pas une formation politique avec une idée fixe sur tout ce qu’il y a à faire. Notre objectif est d’apporter plus d’implication citoyenne. On parle de “démocratie participative”, bien que ce terme soit une tautologie. Nous nous réunissons régulièrement et nous travaillons nos projets. Le but étant d’apporter des éléments de réflexion et des solutions d’application précises. Nous sommes 100% ouverts à tous les citoyens qui souhaitent nous rejoindre, nous les y invitons, et nous souhaitons aussi aider les porteurs de projets. Nos portes sont grandes ouvertes, nous sommes animés par un esprit de convivialité et de bonne humeur, loin des conventions pompeuses et surfaites.

 

Quel est le premier projet que vous avez proposé ?

 

Mi-février 2018, nous avons remis un dossier au maire explicitant les bénéfices de l’enregistrement et de la diffusion des conseils municipaux sur internet. Nous sommes aujourd’hui le 23 mars, nous attendons son retour, cela ne devrait plus tarder. Aujourd’hui, qui peut se rendre à un conseil municipal à 17h30, et qui en a vraiment l’envie. Nous restons dans l’idée de favoriser la transparence et de donner envie aux citoyens de s’impliquer. Dans ce dossier, nous énumérons les avantages d’un conseil municipal enregistré et diffusé, et tout ce qu’il est possible de faire pour aller plus loin. Par exemple, avec une caméra 360° placée au milieu de la salle, l’internaute pourra choisir son angle de vue, et l’investissement pour cette technologie est minime. En post-production, on peut imaginer de créer des tags sur les délibérations vidéos, et créer une base de données historique complète. Il suffira pour l’internaute de taper un mot clé pour retrouver tous les échanges sur le sujet qui l’intéresse. Les nouvelles technologies sont susceptibles d’apporter un supplément de démocratie dans nos villes, mais elles sont malheureusement sous exploitées car mal maîtrisées. J’invite les lecteurs à faire des recherches sur les « Civic-Tech », nous souhaiterions que notre ville s’engage davantage dans cette voie.

 

Maintenant que c’est un groupe de réflexion, pourquoi rester sur Saint-Raphaël uniquement ?

 

Tout d’abord je précise que nous sommes, depuis le début, un collectif de réflexion. Nous sommes uniquement revenu sur l’idée initiale de proposer une liste citoyenne pour les prochaines élections municipales, mais rien n’est définitif, cette décision dépend principalement du comportement des élus actuels. Pour revenir à votre question, celle-ci nous a été posé sur Facebook par nos voisins Fréjusiens. Ce que nous faisons à Saint-Raphaël, c’est parce que nous sommes Raphaëlois. Si un collectif citoyen se monte à Fréjus, sur notre modèle, il va sans dire que nous collaborerons pour mettre nos énergies en commun. Les idées que nous défendons sont valables pour les 36 000 communes Françaises. Des maires sont déjà à la source de formidables initiatives en matière écologique, sociale et démocratique (CF livre « Ces maires qui changent tout, le génie créatif des communes » Mathieu Rivat).

 

Vous pensez que les élus n’écoutent pas les administrés ?

 

Pour de nombreux projets, il serait bon de faire participer la population. Non pas une participation de façade, mais une réelle participation. Puisque nous avons évoqué Fréjus, prenons l’exemple du sujet sensible de la Base Nature. Il me semble que Le COVEM (Collectif Var Esterel Méditerranée, NDLR) qui se bat pour la Base Nature, ne dit pas ne pas vouloir d’aquarium, de discothèque et d’hôtel à la Base Nature. Ce que ce collectif souhaite, c’est que la population soit consultée. C’est leur Base Nature. C’est pour nous incompréhensible que la population ne soit pas consultée, les maires oublient trop vite qu’ils sont au service, et non au pouvoir !

 

Selon toi, tout le monde veut participer ?

 

Aujourd’hui, on like des posts sur Facebook, on vote pour The Voice et tout le reste. D’une manière générale et dans un avenir proche, la génération à venir ne comprendra pas pourquoi elle n’est pas consultée pour des décisions où aucune compétence technique n’est requise. À Saint-Raphaël, qu’auraient pensé les Raphaëlois du Colisée s’ils avaient été consulté en amont ? À partir du moment où les habitants valident un projet, ils peuvent  le construire, se l’approprier et s’impliquer pleinement pour sa réussite. Il n’est pas dans notre culture de participer, car nous ne nous y sommes jamais invité ! Mais les habitudes peuvent changer en l’espace d’une génération. Depuis 1958, la Suisse, qui comporte 8 millions d’habitants, a consulté sa population 400 fois par référendum, la France 9 fois, et Saint-Raphaël ? Alors on me répondra que la Suisse a un système différent et bla bla bla… Ce n’est qu’une question de volonté politique, et rien d’autre. Prétexter la complexité pour éloigner les citoyens des décisions est l’alibi de ceux qui redoutent de perdre les avantages que leur procure le système en vigueur, dès lors que nous citoyens nous occuperons de ce qui nous regarde.

 

C’est quoi les prochains projets ?

 

Ils sont variés, mais nous souhaitons avancer projet par projet. Cela n’aurait pas de sens que de noyer l’équipe municipale sous une tonne de dossiers. Aussi nous attendons de boucler cette première proposition symbolique, facile à déployer, pour avancer la suivante. Elle nous tient à coeur, et si le maire la refuse, nous lui demanderons de nous en expliquer les raisons et de nous convaincre du bien fondé de sa décision. Nous ne sommes pas bornés, et il n’est pas question d’ego, aussi il se peut que des éléments puissent nous faire changer d’avis. Si ce n’est pas le cas, nous lancerons une campagne de sensibilisation pour recevoir l’appui de nos co-citoyens. L’échelle locale à l’avantage d’être à notre mesure, aussi lancer un sondage sur le sujet et mobiliser des partenaires est à notre portée. Il va sans dire que la validation par la mairie de ce premier projet aurait le mérite d’instaurer un climat favorable, Monsieur le maire si vous lisez ces lignes… ce projet n’est-il pas plein de bon sens ?  

Notre site internet sera bientôt en ligne et permettra de présenter des projets, de les débattre, de les voter, ce qui n’est pas envisageable sur Facebook. Nous envisageons également une Web TV locale « Parole Citoyenne ».

 

Le mot de la fin ?

 

Une question provocatrice pour les lecteurs :  êtes vous des sujets, ou des citoyens ? Aussi ne vous interdisez pas les droits et les devoirs dont vous êtes investis !

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