Bernard Lecat fait partie des incontournables dans le monde du patronat de l’Est Var. Beaucoup d’entreprises de Fréjus / Saint-Raphaël ont laissé Bernard s’occuper de leurs affaires comptables. Mais Bernard Lecat n’est pas qu’un comptable compétent, il est aussi connu pour le rôle qu’il tient depuis des années à l’Union Patronale du Var.

 

 

 

 

Bernard, quelle est la différence entre l’UPV et le MEDEF?

 

Bernard : L’UPV c’est le MEDEF (Mouvement des entreprises de France, NDLR) et la CGPME (Confédération des petites et moyennes entreprises, NDLR) du Var dans la mesure où les entreprises ici n’adhèrent pas au MEDEF. Par l’UPV, ils adhèrent au MEDEF. C’est pratiquement le seul département en France où ça se passe comme ça. Partout ailleurs, il y a une cotisation à régler au MEDEF. Ce système de l’UPV est historique et date d’avant la guerre.

 

Comment ça a démarré?

 

Bernard : L’UPV a été créée par des mecs plutôt visionnaires à leur époque. Ils étaient dans la mouvance de l’après guerre, de tout ce qui était socialiste et communiste. Il faut savoir que c’est l’époque de création des “clubs Léo Lagrange”, des “tourisme et travail”. On voulait absolument, à travers des associations sociales ou sportives, que les salariés se regroupent. L’UPV, à l’époque la Fédération Varoise du Patronat, avait créé un système qui regroupait tous les services que vous retrouvez aujourd’hui à l’UPV plus la médecine du travail.

 

La médecine du travail est une invention de l’UPV?

 

Bernard : Oui, elle a été créée par l’UPV, ou plutôt par la Fédération Varoise du Patronat, qui avait un service médecine du travail. Les patrons payaient une cotisation et on leurs envoyait les toubibs pour examiner les employés. À l’époque, les maladies professionnelles étaient nombreuses et graves. Aujourd’hui, je pense que la médecine du travail devrait être supprimée.

 

C’est à dire?

 

Bernard : Aujourd’hui, vous payez une fortune pour qu’un médecin vienne, vous pèse et atteste que vous êtes apte au travail. Mais en France, on aime bien créer, on n’aime pas supprimer. La médecine du travail c’est une tradition à 80€ la visite, alors qu’il y a des médecins en ville pour faire la même chose

 

Quand et comment avez-vous intégrer l’UPV?

 

Bernard : Il y a très longtemps. C’était en 1978 je crois. À l’époque, il n’y avait qu’une représentation toulonnaise de l’UPV, donc les boîtes payaient Toulon pour développer de merveilleuses choses mais pas chez nous. J’étais rentré avec Charles Bernard Wagner, qui est aujourd’hui décédé mais qui a été Président de l’Union Patronal pendant très longtemps. Il avait une boîte à Puget et il trouvait que les Toulonnais étaient gonflés de ne pas s’occuper de notre secteur, et que si les dirigeants de l’UPV ne se décidaient pas à dépenser de l’argent chez nous, on allait fabriquer une fédération du patronat ici.

 

C’était pas la grande entente apparemment!

 

Bernard : C’est parti d’une opposition, il n’y a pas eu de dissidence. On connaissait beaucoup d’entreprises et on demandait simplement à ouvrir la discussion avec les dirigeants toulonnais. D’ailleurs, on est toujours restés un peu dans cette ambiance avec Toulon, comme avec la Chambre de Commerce. Cela dit je suis à l’UPV et à la Chambre de Commerce.

 

Qu’est-ce qui est différent dans le fonctionnement de ces deux entités?

 

Bernard : C’est à dire que l’UPV est beaucoup plus réactive. On a les moyens qui nous permette cette réactivité. Si on veut organiser “Base Art”, demain matin on invente, on établit le budget, on en parle avec Toulon, on va trouver les fonds, etc. On est capable d’avancer et de prendre des décisions rapidement. On a des locaux dont on dispose aussi. Pour avoir une salle à la Chambre de Commerce il faut faire la demande un mois avant et voir avec Toulon aussi. Ici, les gens du bureau local peuvent organiser bien plus rapidement des événements.

 

Aujourd’hui, vous occupez quelle place dans l’Union Patronale?

 

Bernard : Je suis vice-président de la délégation Fréjus Est-Var.

 

Depuis que nous vous avons rencontré, on a l’impression que vous quittez doucement le monde professionnel mais que parallèlement vous vous investissez plus dans l’UPV. Est-ce le cas?

 

Bernard : Disons que j’ai plus de temps à y consacrer, mais je suis très conscient qu’à partir du moment où je suis sur une fin de carrière, il faut qu’à terme – et de mon point de vue relativement vite – je sois remplacé par quelqu’un. Si vous regardez la Chambre de Commerce, elle est pleine de retraités qui finissent leurs vies professionnelles dedans. Nous sommes obligés d’avoir une activité professionnelle pour être dans ces associations. Alors, ils se montent une petite boîte et là-dessus ils deviennent président d’association. Mais ils n’ont plus beaucoup d’énergie. Je ne veux surtout pas me retrouver président à vie de l’UPV, j’espère que d’ici un an ou deux je passerai la main.

 

C’est dur de trouver quelqu’un à qui passer le flambeau?

 

Bernard : Le problème de ces associations est qu’elles sont très chronophages et les gens en pleine carrière manquent de temps. Donc plutôt que de s’occuper de militantisme professionnel, les jeunes patrons préfèrent s’occuper de leurs boîtes. Et on ne peut pas leur en vouloir.

 

Pourquoi vous êtes-vous autant investi dans l’UPV?

 

Bernard : Yvon Gattaz disait qu’un chef d’entreprise a le devoir de donner le décitemps, le dixième de son temps, dans quelque chose de collectif. J’ai toujours appliqué ça, quelques fois plus, d’autres fois moins, parce que je considère que c’est important. Ce n’est pas de l’altruisme ni de la générosité. C’est juste une vision des choses qui fait qu’à un certain moment on a besoin d’autres choses que de parler avec son comptable, son avocat ou ses employés.

 

Puis ça aide à se faire un réseau.

 

Bernard : De toute façon, l’ouverture passe par là. Si vous voulez savoir si le terrain d’à côté est à vendre et que vous ne sortez jamais de chez vous, vous ne le saurez jamais. Tout dans la vie se fait à partir d’opportunités et de rencontres. La plupart des métiers ont besoin d’un réseau pour évoluer, s’adapter, etc.

 

Quelles sont les raisons qui vous ont fait adhérer à l’UPV?

 

Bernard : J’aurai tendance à dire qu’il y avait beaucoup de mauvaises raisons! (rires) J’avais 20 ans en 68. Ce qui me plaisait c’était d’aller emm**der les toulonnais, de leur dire qu’ils nous donnent des choses, qu’ils nous volaient, etc! Cette revendication me plaisait beaucoup et je m’étais dit que quand on aurait une délégation ici, je m’arrêterai parce que si je continuai dans cette logique, il aurait fallu que je me mette à déquiller le président de la délégation pour y mettre quelqu’un d’autre pour le déquiller aussi!

 

Comment avez-vous vécu mai 68?

 

Bernard : C’était une ambiance particulière qu’on avait connu en 68. J’ai adoré ces années-là pour ça alors que je n’ai pas vécu mai 68 dans le collectivisme. Je n’étais ni maoïste, ni socialiste. Je ne saurai pas me qualifier si ce n’est anarchiste de droite. À l’époque, je n’ai pas voulu faire l’armée et j’avais réussi à me faire réformer. Je voulais être objecteur de conscience mais en même temps ça m’embêtait parce que les objecteurs de conscience on les envoyait faire des trucs dans la forêt et ça durait encore plus longtemps!

 

Une fois la délégation Fréjus/Saint-Raphaël créée, qu’avez-vous fait?

 

Bernard : Quand on a réussi à le faire, j’ai commencé à me calmer parce que j’avais beaucoup de boulot. J’étais resté près de Charles Bernard Wagner que j’aimais bien. Après il y a eu des présidents locaux que j’appréciais beaucoup et à un moment j’ai pris la place.

 

Qu’est-ce qui vous plaît le plus dans l’Union Patronale?

 

Bernard : D’abord, ça fait longtemps que je suis à l’UPV et le relationnel que j’ai créé avec me plait. Il y a la capacité de développer des choses à partir du moment où on a des idées. Dans d’autres endroits, on vous dit qu’il ne se passe rien, mais personne ne propose quelque chose. Dans l’UPV, toute personne qui a quelque chose à proposer en rapport avec les entreprises est écouté. On a la capacité de réunir de nombreux spécialistes de tous domaines gratuitement autour d’un chef d’entreprise en difficulté.

 

Qu’est-ce qu’il reste à faire?

 

Bernard : Actuellement, on est en train de passer le virage de la communication moderne. On essaie de faire en sorte que l’échange entre les gens qui auraient besoin de nos services et l’UPV soit plus simple et plus rapide. On est capable d’apporter des choses aux gens. Je pense que la période que l’on vit est beaucoup plus ouverte sur le business et sur le développement des entreprises. Il y a 20 ans, un jeune qui voulait se lancer sans moyens était beaucoup plus en difficulté qu’aujourd’hui.

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