Audrey Bossut et Céline Pioche ont un projet fou : ouvrir une école pour la rentrée 2018. Cette école, Graine de Renard, est une école hors contrat. En adéquation avec les règles de l’Éducation Nationale mais tellement différente. Ici, on trouvera le spectre de Montessori et de Freinet et un peu plus. Un peu plus, car les deux fondatrices ont décidé de piocher dans tout ce qu’elle trouve pertinent dans toutes les pédagogies existantes avec pour seul intérêt l’apprentissage des fondamentaux aux enfants dans un confort optimisé. Parce que tous les chemins mènent à la lecture, pourquoi pas prendre le plus agréable.

 

Audrey et Céline, qu’est-ce qu’une école hors contrat?

 

Audrey : Une école hors contrat ne reçoit pas de subvention de l’Éducation Nationale (EN). Elle est donc libre de suivre une pédagogie différente tout en respectant le programme et le socle commun de compétences de l’Éducation Nationale. Ce type d’école est totalement autorisé par la loi. Pour ouvrir des écoles maternelle ou primaire, il y a une législation bien faite que nous respectons scrupuleusement.

 

Quel est l’objectif de Graine de Renard?

 

Audrey : Notre but est de suivre une pédagogie différenciée pour s’adapter au rythme, aux forces et aux faiblesses de l’enfant et dynamiser son apprentissage.Comment comptez-vous procéder?

 

Audrey : On s’est inspiré de plusieurs pédagogies : Montessori, Freinet, École démocratique, etc.Nous avons décidé de ne pas suivre qu’une seule pédagogie pour ne pas s’affilier à un courant particulier, avoir une liberté d’action pour appliquer ce qui convient le mieux à l’enfant.

 

Combien d’enfants accueillerez-vous?

 

Audrey : Si on veut bien travailler, il faut être en petit groupe. Pour la rentrée, nous prévoyons d’ouvrir une seule classe avec un maximum de 20 élèves. L’objectif; même à terme, n’est pas d’avoir dix classes de 30 élèves et rentrer dans un format d’école classique, mais plutôt d’avoir plusieurs petites écoles en différents lieux.Et il y aura plusieurs âges dans la même classe?

 

Audrey : l’âge n’est pas un critère pour définir une classe et le multiâge a été reconnu. Les plus grands vont pouvoir aider les petits ce qui leur permet de maîtriser mieux l’outil pédagogique. Dans certaines petites écoles de l’Éducation Nationale les classes multiniveaux sont déjà en place et ça fonctionne très bien.

 

Votre école s’adresse à quel niveau d’élève?

 

Audrey : de la maternelle au primaire. Pour la première année, on reçoit des enfants jusqu’au CE2 pour avoir le temps de travailler ensemble jusqu’à la fin du socle commun.

 

Quels sont vos parcours professionnels?

 

Audrey : J’ai fait une école de commerce, j’ai travaillé en banque plusieurs années et je suis maintenant en cabinet comptable ou je prépare mon concours d’expert-comptable. Je suis encore étudiante! En parallèle, je donne des cours de mathématiques et d’anglais à des élèves de toutes sections, c’est ce qui m’a amené à ce projet. Mon intervention dans Graine de Renard se situe surtout dans la gestion.

 

Céline : Je suis auxiliaire de puériculture, je travaille avec des enfants de 0 à 3 ans. J’ai une dizaine d’années d’expérience avec les enfants et les adolescents. Je suis une jeune maman aussi d’une petite fille de 3 ans et demi, ce qui fait que je suis d’autant plus concerné. Quand ma fille me demande si elle peut apprendre à lire, je lui réponds que “la maîtresse ne veut pas”La maîtresse ne veut pas?

 

Céline : Non, bien sûr ce n’est pas la faute de la maîtresse. Le socle commun dit qu’il ne faut pas leur apprendre à lire avant le CP. L’Éducation Nationale a sa façon d’apprendre la lecture à l’enfant et donc elle déconseille aux parents de leur apprendre pour ne pas rendre plus difficile leur travail.

 

Qui interviendra dans l’école?

 

Audrey : On est une association donc nous pourrons faire appel à des bénévoles pour nous aider. Nous avons déjà plusieurs contacts avec des enseignants, notamment de lycée qui ont quitté l’EN. Ils viendront en renfort sur la préparation du socle commun et de la pédagogie. On souhaite faire apprendre l’anglais aussi et pour cela ce sera des intervenants extérieurs.

 

Quid de l’emploi du temps?

 

Céline : C’est un rythme scolaire classique, donc 8h30-11h30 et 13h30-16h30.

 

Ces méthodes semblent super, mais si l’enfant tarde trop à apprendre?

 

Audrey : Prenez quelque chose comme la marche : les enfants apprennent à marcher à différents âges et pourtant ils finissent tous par marcher. L’enfant aura besoin tôt ou tard de savoir lire pour faire des choses. Et c’est ce besoin qu’il faut réveiller par le jeu, par d’autres manières pour apprendre. Le côté théorique de l’EN ennuient les enfants qui ne voient pas l’intérêt de ce qu’ils apprennent avec cette méthode. Le fait de les mettre dans le concret, ça les aide.Par exemple, pour cuisiner, il faut lire une recette. Donc en fonction de ces centres d’intérêt, il faut que nous arrivions à montrer à l’enfant que les fondamentaux sont importants.

 

Sur quelles méthodes comptez-vous vous appuyer?

 

Céline : Plusieurs. La méthode de lecture et d’écriture de Montessori très intéressantes. Ça passe par le toucher, les couleurs.

 

Audrey : le côté sensoriel de Montessori nous semble important pour l’apprentissage des fondamentaux notamment pour les plus jeunes.

 

Céline : la pédagogie de projet de la méthode Freinet nous tient à coeur. à partir d’un projet comme la cuisine, apprendre à lire et à compter.

 

Audrey : Pour préparer une sortie cinéma, il faut savoir lire le programme, l’heure, calculer combien ça coûte, etc. Et au-delà de ça, les enfants auront l’occasion de proposer et de s’impliquer davantage.

Comment intégrer votre école?

 

Audrey : ce qui est obligatoire c’est l’instruction et non pas l’école. Pour intégrer Graine de Renard, ce n’est pas très compliqué. Pour les parents c’est une inscription auprès de nous, et pour nous c’est une déclaration en mairie à faire.

 

Et comment réintégrer une école classique?

 

Céline : Les parents devront faire la démarche pour l’inscription au collège de manière classique. Si c’est une inscription dans le privé – et quelquefois dans le public – il y a un test à passer avant la rentrée pour sonder les compétences.

 

Enfin : combien ça coûte?

 

Audrey : On est une école hors contrat, sans subvention et donc l’inscription a un coût de l’ordre de 7200€ l’année. Le coût est modulable selon la situation des parents, le nombre d’enfants, etc.

 

Illustrations : Hello Moreno.

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