Une chronique pop culturelle délivrée par l’équipe du magazine S!CK, pharmacien du culte au service de Bah Alors.

Vous vous êtes déjà demandé pourquoi un mec né en 1991 ou bien en 2003 connaissait si bien les 80’s ? Pourquoi quelqu’un qui a grandi avec le vaste outil que représente internet choisit délibérément de creuser des références filmiques et culturelles qui datent pour la plupart d’une trentaine d’années ? Alors que chaque nouvelle génération assassine froidement les codes et les références de la précédente, les années 80 semblent jouir d’une improbable immunité. Les vieux posters de Spielberg deviennent collector, les films Terminator étaient bien mieux avant, et Marty McFly est devenu une quasi-divinité. Presque aussi légendaire que ce pote qui parvient à déterrer une console Nintendo Entertainment System de 1985, le tout en état de marche. Les bières sont décapsulées, et la soirée rétro-gaming peut enfin commencer. Pourquoi jouer au dernier Call of Duty lorsque l’on peut ressortir une machine poussiéreuse, et brancher sur une télévision cathodique les câbles péritels de notre enfance ? Pour quelqu’un né en 1975, la réponse semble évidente : il y a un parfum de régression, un break mérité dans une vie d’adulte bien chargée. Mais pour quelqu’un né en 1995, le phénomène devient tout de suite plus surprenant. Nombreuses sont les explications, mais on choisira avant tout de retenir l’énorme impact de la décennie 80, qui reste culturellement le vrai berceau du mainstream. L’épicentre d’un tsunami que l’on appelle communément la culture de masse.Cinéma, télévision, jeux vidéo, musique, les barrières sautent les unes après les autres, laissant place à des torrents de pop-corn. De préférence sucré, sans caramel. L’indigestion n’est pas à l’ordre du jour. Comme un amour transit, le blockbuster d’été apparaît avec la sortie de Jaws.

L’Amérique découvre le premier épisode des Simpsons. La télévision est en pleine révolution stylistique avec Miami Vice. Les jouets Star Wars rapportent encore plus que les films. Steven Spielberg, George Lucas, John Carpenter, Joe Dante, Richard Donner, Robert Zemeckis deviennent des intemporels. La créativité explose, les classiques s’empilent au Box-Office, du Karaté Kid à Top Gun, des Goonies à Die Hard. De Ghostbusters au Breakfast Club. Des années plus tard, on se souvient des 80’s comme d’un premier amour, à la fois maladroit et innocent. Un premier baisé au soleil couchant,tremblotant, mais profondément intense, vous prenant aux tripes comme si le reste du monde en dépendait. Le genre de feeling que vous allez passer le reste de votre vie à vouloir retrouver, ne serait-ce que le temps d’un film, d’un épisode, ou d’un morceau imbibé de riffs old-school qui vous ramène irrémédiablement à cette époque où tout était grand, neuf, beau et palpitant. Où il était encore question de sauver le monde de races extra-terrestres ou de se perdre dans d’interminables chasses au trésor.Alors oui, les 80’s ont marqué au fer rouge ceux qui les ont vécus. Et si un jeune de 2003 les connaît si bien, c’est parce qu’elles ont su rester d’actualité. Elles ont été transmises, comme on pourrait passer un héritage familial. On parle d’un grand-frère ou d’un jeune papa cherchant à partager ses propres références avec sa progéniture, passant en quelque sorte le flambeau. On parle aussi de la télévision, des rediffusions ou bien des vidéos d’analyses ou de scènes cultes qui pullulent sur internet. Les producteurs hollywoodiens s’en gargarisent, car ils l’ont bien compris : il y a du fric à faire avec votre sensible corde nostalgique. Vous êtes les produits de l’industrie du rêve, et le capitalisme n’a pas de limite. Comme un Gremlin à qui on aurait filé un encas après minuit, le système bouffe tout. Pire, il crève la dalle. Nous sommes des proies faciles dans ce monde de brute, et la moindre étincelle analogique, la moindre note de synthé old-school nous attire comme des papillons de nuit vers une lumière vive. On virevolte frénétiquement autour de cette déferlante de nostalgie, quitte à parfois en devenir aveugle, quitte à se brûler les ailes. Car il ne faut pas l’oublier, il n’y a parfois qu’un pas entre une savoureuse régression et un opportunisme cynique et délétère, puisant allègrement dans les souvenirs de votre innocence comme une insondable pompe à fric. Une chose est certaine, les 80’s sont parties pour durer. Mieux, la décennie charnière de la culture pop n’est plus seulement le reflet d’une simple époque révolue. Elle est pratiquement devenue un genre à elle toute seule. Le paradoxe est fort, mais il mérite d’être souligné : plus que jamais, l’avenir se trouve dans le passé.

READY PLAYER ONE. L’Inception de Steven Spielberg:

Lorsque l’un des démiurge du cinéma populaire, et plus généralement de la décennie 80’s se lance dans un film à haute
valeur nostalgique, on est en droit de craindre le pire. Mais contrairement à ce que l’on pourrait penser, Steven Spielberg n’a pas choisi la solution de facilité avec Ready Player One. Dans les entrailles de l’Oasis, un monde virtuel où tout est permis, le mythique réalisateur nous invite à un voyage sans égal, calibré pour frapper en plein coeur les amoureux de la sacro-sainte pop culture. Retour vers le Futur, Shining, Street Fighter, les références cinématographiques et vidéoludiques se percutent au sein d’un incroyable jeu de piste, dans lequel le héros doit retrouver un Easter-egg (sorte de secret dissimulé dans un jeu massivement multijoueur plus grand que l’univers). Et à l’image du héros, c’est très vite le spectateur qui s’amuse à scruter l’écran de son regard affûté, à la recherche de l’une des centaines de références à la
pop culture glissées par Spielberg dans le film. En plus de représenter l’opportunité ultime pour claquer un jeu à boire, Ready Player One renferme un propos plus actuel qu’il n’y paraît, distillant au coeur de sa folle cavalcade 2.0 une subtile réflexion sur les relations humaines à l’heure de la suprématie du World Wide Web.
On y évoque des relations amicales et amoureuses par écrans interposés, là où l’apparence physique devient superflue, et que l’avatar virtuel devient la nouvelle incarnation du Moi. Au final, on aurait presque pu valider l’effort à 100%, si Spielberg n’avait pas eu la triste idée de placarder dans les toutes dernières secondes du film une morale dégoulinante, qui partait pourtant d’un bon sentiment. Par amour pour Steven, on choisira de retenir cette monumentale scène de course où la mythique DeLorean se retrouve traquée par King Kong et le T-Rex de Jurassic Park. On pourra dire ce que l’on veut, on ne voit pas ça tous les jours.

STRANGER THINGS. Hawkins, l’épicentre du rétro.

La deuxième saison de Stranger Things n’a pas de prétention, si ce n’est celle de vous pousser dans un délire horrifique, imbibé jusqu’à l’ivresse d’imagerie des 80’s. Les gamins d’Hawkins (ex-petite ville sans histoire) se baladent en BMX. Ils zonent dans la salle d’arcade du coin, se déguisent en Ghostbusters. Et la nuit tombée, ils tentent de mettre fin à une effroyable incursion du mal qui infiltre les terres de leur ville natale. Comme si les kids des Goonies combattaient des abominations dignes de l’Alien de James Cameron. En quelque sorte, ces gosses sont la version idéalisée de l’enfance que vous n’avez logiquement pas eue. Ils incarnent chacun des rêves que vous avez eu entre 9 et 11 ans.
Vivre une grande aventure, combattre les forces démoniaques, et pourquoi pas trouver l’amour en chemin. Voir ces gamins à l’action, c’est la revanche des nerds de Freaks and Geeks. Le come-back des laissés pour compte. On aurait aussi pu citer l’incroyable soundtrack aux nappes électriques de la série, de sa direction artistique qui alterne entre l’émerveillement et le profond malaise, ou encore son casting de prestige qui nous ramène (surprise) aux 80’s, avec Sean Astin (vu dans les Goonies) et Winona Ryder (Beetlejuice). Mais on ne dira rien de tout ça, car Stranger Things,
c’est d’abord un tout. Une émotion à la fois torturée et régressive, dans laquelle les sucreries de notre enfance ont un arrière-goût de sulfure. Allez-y les yeux fermés.

LEATHER TEETH DE CARPENTER BRUT. La vélocité d’un amoureux des 80’s:

Le dernier album de Carpenter Brut est présenté comme la soundtrack d’un film d’horreur que l’on aurait pu trouver en VHS, planqué dans les arcanes d’un vidéoclub poisseux de 1987. Le seul problème, c’est que ce film n’existe pas. Mais que les choses soient claires, sa bande originale va vous décrasser le fin-fond des tympans comme personne, galvanisée par des déflagrations sonores qui célèbrent la furieuse rencontre entre le métal et les synthés de la musique électronique des 80’s. Soit la progéniture malsaine entre Leatherface de Massacre à la Tronçonneuse et un album de Jean-Michel Jarre. Honnêtement, on sait que cette description va forcément faire tilt. Arrêtez la radio, oubliez toutes ces conneries.
Sincèrement, vous avez passé l’âge. Vous méritez mieux que ça. Vous méritez un truc capable de vous incendier de l’intérieur, une musique qui vous pousse toujours plus loin vers les sommets de la jouissance extrême. Alors arrêtez de lire cette chronique, et foncer écouter Leather Teeth. Ça devient vraiment urgent.

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