C’était le 30 mars au Martinus à Saint-Aygulf. L’hôtel accueillait ce jour-là le talentueux photographe Boris Wilensk​y. Nous l’avons retrouvé avec Sidney Harlot, son ami qui l’a propulsé dans le monde merveilleux de la photographie. Il ne faisait pas très beau, le restaurant de l’hôtel était entre deux services, nous nous sommes assis à table autour d’un café et nous avons discuté une petite heure. Puis deux. Puis trois. L’interview est un exercice compliqué, surtout lorsque l’on rencontre des personnes comme Boris. Le photographe partage ses expériences facilement, et en moins de deux, on se retrouve avec un pote à refaire le monde. Boris est venu pour faire une série de portraits du personnel qui travaille à l’hôtel de la chaîne Van Der Valk. Intitulée “Faces of Martinus”, cette série photographique fera le tour des hôtels de la chaîne par la suite. À noter que du 4 au 8 juin à l’hôtel des ventes de Fréjus, une vente aux enchères sera dédiée à la série artistique “Hurban Vortex”, suivie d’une soirée dans l’hôtel des ventes le 8 juin.

 

 

Boris, comment as-tu démarré ta carrière de photographe?

 

Un peu par hasard. J’étais parti seul en Israël et Palestine en tant que touriste. Là-bas, j’ai ressenti des trucs de fou. C’est un endroit qui n’est pas comme les autres, j’en entendais beaucoup parler à la télévision et je voulais voir par moi-même. J’ai rédigé une sorte de carnet de voyage qui m’a permis de me rendre compte que je pouvais ramener quelque chose du voyage​, quelque chose​ à partager avec les autres. Ensuite​,​ j’ai commencé à prendre des photos de mes voyages. En février 2008, j’ai fait une expo photo de mes impressions de​ voyages dans un café à Paris. C’est là que j’ai rencontré Sidney qui à ce moment-là s’occup​ait​ d’un label de musique. Il a accroché sur mes ​images​ et m’a demandé de travailler sur son prochain projet. ​Q​uand il m’a envoyé le tracklisting de l’album, je me suis aperçu que tous les gens qui étaient sur ce projet étaient des artistes que j’écoutais ​et allais voir sur scène ​: Oxmo Puc​c​ino, Le Saïan Supa Crew, ​Kohndo de La Cliqua…​etc. Du coup ça m’a mis directement le pied à l’étrier​ et donné envie d’avancer toujours plus dans la photographie.​

 

Qu’est-ce qu’il s’est passé par la suite?

 

J’ai fait le visuel de cet album (Black Stamp, NDLR). Ces portraits de “têtes connues”, m’ont amené des propositions d’autres magazines qui m’ont ​permis de​ shooter d’autres “têtes connues”. Pendant 3 ans, j’ai eu la chance de prendre en photo les gens que j’avais envie de rencontrer comme IAM, NTM, Kery James, etc. Toutes les têtes d’affiche du hip-hop je les ai faites par plaisir et par passion. Ensuite​,​ j’ai travaillé dans le monde de la boxe, notamment avec Brahim Asloum. Puis j’ai fait un passage dans le cinéma et dans le théâtre pour accumuler un maximum d’expériences​. C’était souvent du “one shot” mais la photographie m’a amené dans tous les domaines que j’aime​ et m’a permis de découvrir des personnalités que j’avais très envie d’approcher.​

 

Tu n’as jamais voulu faire autre chose que des portraits?

 

Pour moi, le portrait c’est quelque chose d’évident. La photographie c’est​ du “connecting people” : une histoire de rencontre​s​ avant tout. J’ai eu envie de me spécialiser dans le portait parce que j’adore cela. Mais je ne voulais pas faire de simples portraits, je voulais traiter un sujet bien précis et que mes images puissent nourrir une forme de réflexion globale sur les interactions entre l’homme, la ville, le progrès, la modernité… Mes études m’ont fait m’intéresser à l’urbain qui, je pense, est quelque part ​le reflet de l’Homme. Du coup, j’ai eu envie de mixer urbanité et humanité dans un projet transversal qui s’appelle “Hurban Vortex.

 

Comment est né le projet “Hurban Vortex”?

 

​Mon postulat de départ, c’est que l​es grandes ​métropoles​ ont tendance à ​dévorer cette humanité qui nous relie et , par conséquent, contribuent à nous déshumaniser. Un peu comme si nous étions des globules humains qui circuleraient dans un corps urbain, mais sans vraiment échanger ni communiquer. Dans les petites villes par contre, ce lien existe toujours et les rapports semblent plus humains. A partir de ce constat, j’ai décidé de séquencer mon travail pour exprimer au mieux mes idées. Je suis parti 6 mois en Asie : pendant 3 mois j’ai fait le tour des plus grandes villes asiatiques comme Tokyo, Shanghaï, Bangkok, etc. pour me confectionner une bibliothèque la plus large possible de « fonds urbains ». Les 3 mois suivants, je suis parti à la recherche d’un pendant humain qui puisse venir contre-balancer le côté graphique des photos de mégapoles. Je connaissais le Cambodge pour y être allé plusieurs fois. C’est un endroit que j’adore car les rapports humains y sont très riches. J’ai donc décidé de terminer mon voyage là-bas. Le Cambodge est un pays où l’on trouve beaucoup de métissages ce qui est très utile pour qui veut réaliser beaucoup de portraits. C’est aussi un endroit calme et essentiellement rural donc en totale opposition avec les villes de Tokyo ou Shanghaï qui, elles, sont des villes grouillantes et ultras connectées. De retour en France, j’ai bossé le projet pendant deux mois et j’en ai fait un livre.

 

 

D’habitude on commence par une expo non?

 

C’est un peu faire les choses à l’envers, oui. Mais je ne le regrette pas parce qu’une fois terminé je l’ai envoyé ​à différents endroits qui m’intéressaient. Suite à cette initiative, la mairie de Cannes m’a permis d’exposer pendant plusieurs mois au Suquet, et Cannes m’a amené à Dubaï qui m’a amené à Abu Dhabi, etc.

 

Comment comptes-tu procéder pour “Faces of Martinus”?

 

En immersion totale! C’est très compliqué d’aller voir quelqu’un ​que l’on ne connait pas ​et de lui demander de poser. Je crois qu’il faut habituer les gens à ce qu’il​s​ me voi​en​t. Je reste quatre jours, je vais traîner partout et me faire oublier pour saisir les moments forts de la vie de l’hôtel.

 

 

 

 

Et tu feras des transpositions comme ​pour ​Hurban Vortex?

 

Pour mes projets perso, la transposition c’est une marque de fabrique. Mais ce n’est pas automatique.​Bref, je ne sais pas encore, j​e verrai ​cela​ ​au feeling !

 

On est au Martinus justement, tu viens d’arriver il y a quelques minutes. Quelle est ton impression?

 

Mon impression est excellente parce que j’ai mon appareil photo avec moi et que,​ depuis des mois​,​ je ne suis que dans la comm’ d’hurban vortex. Ça fait trop longtemps que je n’ai pas pris de photos!

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