De toutes les séries de top niveau qui ont inondé la planète des images depuis ces cinq dernières années, nulle n’est plus appropriée à illustrer ce numéro spécial de « Bah alors ? » 100 % féminin que « Big little lies », la série de HBO (la chaîne américaine qui aura à jamais changé l’histoire des séries) écrite par David E. Kelley, le créateur de (notamment) « Ally Mac Beal », et réalisée par Jean-Marc Vallée, le cinéaste de « Dallas Buyers Club ». « Big little lies » a été littéralement ensevelie sous les récompenses, vraiment trop nombreuses pour les citer toutes. Quant à notre thème, ce serait trop peu dire que les hommes n’y ont pas le beau rôle : ils n’y ont à peu près aucun rôle.

Il suffit, au reste, avant même d’en avoir vu une seule image, de jeter un œil au casting de la série, proprement démentiel ; jugez-en plutôt : Nicole Kidman, Shailene Woodley, Reese Witherspoon, Laura Dern, Zoe Kravitz. Est-on sur une série télé, même haut de gamme, ou à Hollywood ? Les deux, messeigneurs. Cette mini-série (autre avantage : sept épisodes, parce que les odyssées au long cours genre « Outlander », c’est parfois pas mal, mais qu’est-ce que c’est chronophage) a tout fracassé sans cependant tout révolutionner, ce qui est le privilège et la vertu des talents insignes. C’est une série psychologique, littéraire, fine et superbement écrite. Ni plus ni moins – et c’est déjà beaucoup.

C’est la rentrée des classes dans une école ultra-chicos de Monterey (Californie) ;  Madeline Mackenzie (Reese Witherspoon), une pestouille high level qui ne s’arrête jamais (si j’ai pensé à quelqu’un dans ma vie privée ? joker….), a une sorte de coup de foudre amical pour une nouvelle venue, Jane Chapman (Shailene Woodley, au top). Mais celle-ci, fauchée (mais si), n’est pas forcément la bienvenue dans la communauté des escarpins à 3000 dollars. Madeline, garce sexy en stiletto, prend alors feu et flamme pour sa toute fraîche copine. Zizanie en sixth grade, et, comme de juste, guerres des tranchées chez les mères super-friquées. L’intrigue a l’air ténue, et dans une certaine mesure elle l’est.

Mais, dans les séries comme dans tout art – et j’en ai, merci Julie, dorénavant assez visionné pour savoir, mea culpa, qu’en effet c’est de l’art, et que mieux vaut une série ciselée 24 carats qu’un film plan-plan supplémentaire -, le pitch n’est rien – tout est dans la manière.

Celle-ci est délectable, et déplie les passions humaines – envie, cupidité, vengeance, amour, cent autres – mieux qu’un traité d’Aristote. Aussi acéré que « Peaky blinders », aussi haletant que « The fall », aussi vissé que « Turn », aussi tordu que « House of cards », « Big little lies » est la série à voir si vous n’aimez ni les histoires de serial killers ni les machinations politiques, qui sont, faut-il dire hélas ou tant mieux, la double matrice de la gaufrière à images contemporaine.     

Thierry Saunier.

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