À travail égal, salaire égal. Tel serait, si du moins existait un tel document, l’article numéro un de la charte universelle du féminisme. Fort bien. Sauf que ce n’est pas si simple, et que cette base de départ inattaquable ne cesse de se complexifier sitôt que l’on ne parle plus du travail, en général et dans le vague, mais d’un travail précis. Prenez Hollywood. Jennifer Lawrence a fait un beau ramdam (c’était avant l’ouragan Weinstein) il y a deux ans en soulignant que les cachets des stars féminines de l’usine à rêves étaient bien moindres que ceux des stars masculines, ce qui est la vérité toute nue (sans être le scoop de l’année). Dont acte ?

Oui, mais pas seulement.  J-Law from the block (je suis pas mécontent de ce petit nickname made in Saunier) ramène-t-elle autant de spectateurs/trices dans les salles que Tom Cruise ? Comment le savoir ? Et quand bien même ce ne serait pas le cas,  le débat est sans fin : oui, mais ne serait-ce pas le scénario, traditionnellement centré sur l’acteur masculin, qui déséquilibrerait l’édifice ? Impossible de trancher.    

     

Dans le sport, c’est encore différent : prenez le tennis, par exemple, sport individuel pour lequel les compétitions high level se déroulent simultanément en catégories femmes et hommes. Les dotations de ces tournois ont traditionnellement accusé un différentiel considérable entre les deux catégories, qui est en cours d’amenuisement, sinon de résorption. Fort bien. Sauf que le dernier Open d’Australie aura connu des audiences himalayesques pour le vingtième sacre de Sir Rodgeur, et que vous seriez bien incapable, tout lecteur de « Bah alors ? » que vous êtes (c’est-à-dire, on va pas se mentir, une élite dans l’élite) de me dire qui a gagné le tournoi féminin. De plus, Rolex a fait un pont d’or à Rodgeur, quand Primark refuserait de sponsoriser Simona Halep (attention, il y a un piège ; ce n’est pas elle qui a gagné). Bref, l’égalitarisme féministe serait dans le Zeitgeist, mais la loi du prime time désintègre en plein vol cette abstraction théorique.

Le tennis est d’ailleurs un cas extrême, un rêve malade de machiste ultime, peut-être : jamais le circuit masculin n’a été aussi passionnant, avec en tête de gondole Greatest Of All Time, jamais son homologue féminin n’a été si pauvre, en tout cas depuis la grossesse de Serena. Celle-ci face à Rodgeur, c’est Jennifer Lawrence en face de Tom Cruise, mais Caroline Wozniacki (c’est elle la lauréate, ne faites pas semblant de l’avoir su), c’est Isabelle Nanty.      

Bref, la solution existe, dans le sport plus que dans le cinéma : si les compétitions féminines génèrent leurs propres stars, tout sera(it) plus simple. Ainsi l’athlétisme est-il, nolens volens, le plus égalitariste de tous les sports : au moment des Jeux Olympiques, parfois la star des jeux est une femme, telles Marie-Josée Pérec ou Laure Manaudou en leur(s) temps. Et le tennis lui-même a connu cela : que regardiez-vous en priorité au mitan des années 80, Ivan Lendl versus Mats Wilander ou Chris Evert contre Martina Navratilova ? Poser la question, c’est y répondre.

Thierry Saunier.

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