Hier soir au Mas des Escaravatiers a eu lieu un moment suspendu dans le temps. J’y suis allée le coeur serré, j’en suis sortie emplie de gratitude. Un concert du groupe Her c’est un vertigineux équilibre entre la célébration de la vie par Victor Solf et des hommages émouvants à Simon Carpentier, la deuxième moitié de duo, décédé l’été dernier à l’âge de 27 ans.

 

Connaissant l’histoire à la fois tragique et magnifique du groupe, je me disais ‘Où va-t-il trouver la force ? J’espère que l’ambiance ne sera pas trop pesante..’. Et j’ai très vite été rassurée. Car j’ai vu, j’ai compris et j’ai ressenti. J’ai vu l’émotion dans les yeux de Victor, j’ai compris sa reconnaissance envers la vie, et j’ai ressenti tout cet amour qui le lie à jamais à son ami Simon. Et les trois réunis forment une force et une énergie communicatives assez incroyables.

 

Les 5 membres du groupe montent sur la scène, et entament solennellement « We Choose », un des premiers morceaux écrits par le duo en 2015. Les paroles ont un tout autre écho aujourd’hui, « We Choose / The way we’ll be remembered / No you Won’t smoke me to embers (…) I think I think we could do anything / Our wings are broke but we’ll keep on gliding » ; et on est saisi instantanément. L’intensité de la voix de Victor nous envoûte et on comprend tout de suite que Simon n’a pas cessé une seconde de partager la scène avec son ami.

 

Dès les premières minutes Victor montre une énergie débordante. Laissant la musique prendre possession de son corps, il arpente la scène dans des gestes presque incontrôlés, allant même jusqu’à monter à plusieurs reprises sur les retours son en bord de scène, comme pour être au plus près de son public. Il en a besoin. Il ne cessera de lever le bras au ciel, la main écartée, liée directement à l’âme de Simon qui lui donne sûrement une bonne partie de cette énergie qu’il déverse avec frénésie sur la scène. Cette main tendue, comme pour saisir l’insaisissable, et lors d’un instant aussi fugace que magique, on aurait presque l’impression que Simon la lui tend en retour..

 

L’image du groupe a toujours été recherchée, travaillée. Rien n’est laissé au hasard. Ce soir les musiciens ont leur habituel ensemble noir. Sobre et efficace. Victor lui, a troqué son élégant costume contre un pantalon droit vert foncé et un t-shirt léger blanc. Car sa veste, il ne la gardera pas longtemps. Ses mouvements déchaînés sous la chaleur des projecteurs et de son public auront eu rapidement raison d’elle. Victor transpire la passion, la musique et l’amour.

 

‘Le prochain morceau s’appelle Union, elle parle du mariage, alors s’il y en a certains ici ce soir qui hésitent encore à se lancer, peut-être que cette chanson leur permettra d’arrêter de douter!” dit-il le sourire au lèvres. Fascinés par la complexité de la féminité (chez les femmes comme chez les hommes) ils incarnent pleinement leur nom et c’est à nous d’être fascinés. Leur musicalité nous balade exactement là où ils le veulent. Victimes pleinement consentantes de leur talent, on chante avec eux, on crie autant que Victor quand il lève ses bras au ciel comme possédé, et surtout on danse au rythme de leurs son électronique bien particulier qui nous traverse de la tête aux pieds.

Notre coeur se resserre à l’idée que cette soirée ne touche à sa fin, lors d’un premier rappel où Victor interprète leur toute première chanson, l’énergique « Quite Like » . Puis c’est le coup de grâce lorsqu’il chante les premières paroles de A Change Is Gonna Come“  leur reprise de Sam Cooke. Un morceau qui lui rappelle beaucoup Simon et qu’il ne pensait pas rejouer de si tôt. ‘Lors des balances aujourd’hui j’ai dit aux gars que j’avais envie d’essayer de le rejouer’. On est touché, flatté et honoré d’assister à cette émouvante démonstration de courage. Et sa voix nous emporte, encore une fois. On ferme les yeux et on plane sur l’écho de la voix de Victor. Tout en pensant fort à Simon.

 

Victor lui avait fait une promesse, celle de continuer quoi qu’il arrive cette aventure commencée ensemble. Je crois que leur public est déterminé à l’aider à tenir cette promesse d’une merveilleuse façon, et pour très longtemps. Continuer de chanter leurs morceaux, c’est d’une certaine façon permettre à l’âme de Simon de continuer à vivre ce rêve à travers la voix profonde de son ami d’enfance. Et pouvoir être complice de cet héritage, c’est un cadeau inestimable.

 

Tout au long du concert, on sent l’émotion dans la voix du chanteur et dans les yeux des musiciens. Mais surtout on retient ce sourire sincère et rayonnant. Celui d’un gamin qui vit un rêve éveillé et qui en est pourtant pleinement conscient. Victor est reconnaissant de ce qui leur arrive. Il le dit, il nous remercie, à plusieurs reprises. Il nous parle, il nous explique. Il sait d’où ils viennent, et nous on devine à quel point c’est dur de monter sur scène depuis presque un an sans son acolyte. Car ce rêve, il l’ont construit à deux. Alors on le soutient aussi fort que l’on peut, et il nous le rend tellement bien.

“Si j’ai juste un conseil à vous donner, c’est de profiter de la vie”. Pas en faisant n’importe quoi de manière déraisonnée, précise-t-il, mais en aimant. Nos proches, le moment présent, et la vie. Parce qu’on ne sait pas de quoi demain est fait. Enfin presque, car nous, on sait que pour eux, leurs lendemains sont plus que prometteurs.

 

Le groupe breton est dans la région pour la première fois, et ils promettent déjà d’y revenir très vite.

Ils ont été émerveillés par l’accueil qu’ils ont reçu ici et ne doute pas que ce festival va vivre encore de belles années bien méritées ! Avant de quitter la scène, Victor nous confie qu’il leur reste quelques vinyls, sacs et t-shirts. Alors ils sont restés un bon moment, une bière à la main, à échanger avec leur public plus que conquis, et à dédicacer à peu près tout types de supports improvisés. Car leur petit stock n’a pas fait long feu, alors ils sont vite passés au gobelets (désolée le Mas, je pense qu’on a dévalisé une bonne partie de votre stock pour l’occasion..), bouts de papiers, et même des Converses ! Leur dédicace ? Une signature et 3 petites coeurs.. Quand je vous disais qu’il y avait beaucoup d’amour dans ce groupe!

En attendant d’avoir peut-être le plaisir de les retrouver sur la scène du Mas, vous pouvez les retrouver au Festival Musilac à Aix-les-bains ce dimanche 15 juillet ou encore le jeudi 26 juillet à Juan-les-Pins au Lunallena Festival !

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