Une chronique pop culturelle délivrée par l’équipe du magazine S!CK, pharmacien du culte au service de Bah Alors.

 

Si vous lisez ces mots, c’est que vous venez probablement d’être interpellé par ce titre qui sonne comme un fracassant désaveu. On a beau s’échiner à créer une mise en page plaisante à l’oeil, choisir soigneusement la moindre image, la moindre police d’écriture, vous n’êtes là que pour une seule chose. Vous voulez comprendre le délire avec les pop-corn. Et on va y venir. Mais avant de vous jeter frénétiquement sur la bouffe, laissez-moi vous dévoiler le menu. Ceci est un article pop-culturel. Mieux, c’est un guide. Un fil d’Ariane qui compte bien vous guider au coeur du dédale d’un mois entier de sorties cinéma, séries, musique et jeux vidéo. Parce qu’il n’y a pas de frontière, du moins il ne devrait pas y en avoir. Tenez par exemple, prenez la deuxième saison de Luke Cage sur Netflix. Le deuxième super-héros Afro-Américain de Marvel avec Black Panther multiplie les parallèles avec la musique. Lorsqu’elle balance du Mobb Deep ou du Wu-Tang Clan, la série établit un véritable lien entre le super-héros de Harlem et le hip-hop de la côte Est des Etats-Unis. Un phénomène que l’on retrouve une nouvelle fois dans la récente série Unsolved, qui se penche de nouveau sur les meurtres de Tupac et Biggie, deux figures mythiques du rap.

 

Et puisqu’on en parle, vous serez heureux d’apprendre que la scène rap ne s’est pas reposée sur ses lauriers depuis quelques jours. D’abord avec le nouvel album de Nas, plutôt décevant (on ne va pas se mentir). Mais surtout Redemption de Jay Rock, qui a eu le très bon goût de dégainer de très gros featuring avec l’excellent Kendrick Lamar. Les deux rappeurs de Compton se sont d’ailleurs associés à Future et James Blake sur la très folle King’s Dead que l’on ne saurait trop vous recommander. Dans un autre registre, sachez que ce bon vieux Trent Reznor vient de ressortir un nouvel album aux couleurs de Nine Inch Nails, dont on parlera allègrement dans le cinquième numéro de S!CK prévu pour septembre. Côté série, le créateur de Skins est de retour avec Kiss Me First, qui évoque de nouveau les tourments de la condition adolescente en utilisant cette fois-ci le prisme de la réalité virtuelle. La deuxième saison de Legion (le spin-off de X-Men) brille toujours de sa complexité, alors que les catcheuses de GLOW mettent le feu au ring (on vous en parle plus en profondeur quelques pages plus tôt). Et puisque vous en êtes à tourner les pages de Bah Alors dans le désordre, je vais éviter d’en rajouter une couche sur le génie de Quentin Dupieux dans Au Poste. J’aurais aussi pu vous parler d’American Nightmare 4, mais bon. Entre nous, on n’est pas non plus là pour se faire du mal. On commence à s’apprécier vous et moi. C’est le début d’un truc. Et comme une promesse est une promesse, venons-en à cette histoire de pop-corn.

Left to right: Emily Blunt and Millicent Simmonds in A QUIET PLACE, from Paramount Pictures.

SANS UN BRUIT

Veuillez mâcher dans le silence complet

 

Il y a des moments de flottement rare. Des silences pesants, d’une extrême violence. Tout est indiqué dans le titre : Sans un Bruit est un film qui ne tolère pas les décibels. Vous ne pouvez pas parler, vous ne pouvez pas éternuer, et vous ne pouvez certainement pas mastiquer outrageusement un seau de pop-corn sans qu’un type ne vienne vous demander (à juste titre) de cesser sur-le-champ vos affreux bruits de déglutition. Un mot plus haut que l’autre, et c’est la mort assurée. Le massacre amorcé. Jamais un long-métrage n’avait autant misé sur ces instants où le mutisme est maître. Réalisé par John Krasinski, Sans un Bruit nous plonge dans un Midwest américain dépeuplé. Des créatures d’origine alien semblent avoir envahi notre planète, mettant notre société à genoux. Et elles sont extrêmement létales. Qui sont-elles ? D’où viennent-elles ? La dramaturgie ne s’encombrera jamais d’explications trop laborieuses. Il n’y a rien de concret venant désacraliser la menace. Tout ce que l’on sait, c’est que cette espèce inconnue compense sa cécité par une ouïe ultra développée. Le genre à pouvoir détecter un cri étouffé à plusieurs centaines de mètres. Dans des conditions pareilles, élever une famille de trois gosses relève pratiquement du défi impossible. S’il y avait un jeu vidéo pour être parent, les Abbott seraient certainement dans les niveaux les plus hardcores. Ceux que même les créateurs du jeu n’ont jamais réussi à terminer. Un enfant qui pleure ? C’est toute la famille qui y passe. L’avantage avec un tel postulat de départ, c’est que le scénario s’écrit pratiquement tout seul. Les situations qui en découlent semblent inévitables, indispensables. Dès le début, on imagine ces instants sur le fil du rasoir, où l’horrible créature s’approche à quelques mètres de la petite famille, obligée de maintenir une douloureuse apnée pour éviter le moindre son. Et ça n’y manque pas. Sans un Bruit est d’ailleurs jonché de ces passages qui vous forcent à mâcher votre pop-corn au ralenti, les yeux écarquillés. Le film s’amuse de vos réactions, il joue avec vos nerfs en vous dévoilant chacune des menaces avant que les personnages ne tombent dans le piège. Un escalier qui grince, un jouet un peu trop bruyant, et ce sont encore des minutes entières que l’on subit en attendant le pire. Il y a une trouvaille, une pureté dans le concept de Sans un Bruit qui colmate toutes ses imperfections, et qui efface (presque) toutes ses incohérences. Preuve que même au cinéma, il existe encore des moments où le silence est roi.

WESTWORLD, SAISON 2

L’immortalité dans le synthétique

 

La deuxième saison de Westworld est un labyrinthe psychologique et esthétique d’une ampleur que l’on avait plus vu depuis les toutes dernières saisons de Lost. Alors que les images symboliques se multiplient, la narration de la série initiée par Jonathan Nolan et Lisa Joy se morfond dans une multitude de strates temporelles. Les pistes sont constamment brouillées, et l’investissement de taille est nécessaire : vous ne pouvez tout simplement pas saisir l’étendue des subtilités du monde connecté de Westworld sans vous y plonger corps et âme. Alors que la première fournée d’épisodes se voulait relativement accessible, sa suite sabre définitivement l’ambition numéro 1 de la chaîne HBO lors de la création de Westworld : la série n’est pas, et ne sera jamais la descendance spirituelle de Game of Thrones. En affirmant des ambitions trop élitistes, la narration ferme sans aucune pitié ses portes auprès d’un public un peu plus éparse. Mais pour ceux qui se perdent au plus profond de ses méandres, la récompense n’en est que plus fabuleuse. Car à la conclusion de ce mindfuck intégral se cache une révélation qui dépasse le simple cadre du twist scénaristique de bas étage. À l’heure de l’explosion des intelligences artificielles, les thématiques abordées par Westworld sont universelles. Elles nous concernent tous et toutes. Dans le parc de Robert Ford (incarné par un Anthony Hopkins plus légendaire que jamais), les robots androïdes ont repris les commandes. Ceux que leur créateur surnomme les hôtes ne se laissent plus piétiner par l’élite de l’humanité, venue à Westworld pour maltraiter, abuser, tuer et même violer des êtres synthétiques en toute impunité. Menée par une Dolores au charisme qui transperce le plafond, la narration semble tout droit se diriger vers une simple guerre entre l’Homme et les machines. Un sujet sempiternel, vu et revu, labouré par des décennies de science-fiction et autant de classiques qui ont marqué l’histoire du septième art (Matrix et Terminator en tête de liste). Mais Westworld a très vite eu l’intelligence de s’extirper de cette dualité un brin manichéenne, en proposant une narration plus nuancée. Le genre qui nous hante à la fin de chaque épisode, et à laquelle on ne peut pas s’empêcher de repenser. Les idées déployées en cette deuxième saison sont tout simplement à vous retourner le cerveau. Et si vous ne regardez pas par simple amour d’une anticipation réussie sur l’avenir de la robotique, faites-le pour cette phénoménale galerie de personnages. Maeve, Akecheta, Teddy, le monumental Bernard Lowe (dont la mémoire fracturée est un fil rouge de la saison), mais surtout l’homme en noir incarné par Ed Harris, qui prend un relief tout simplement divin.

THE NOW NOW, DE GORILLAZ

Une brise fraîche dans les cheveux

 

Au-delà d’une simple succession de morceaux, chaque album de Gorillaz est un événement qui transcende une nouvelle fois les frontières d’un simple médium. À la frontière entre l’univers du comics et de la musique, cette nouvelle galette du groupe virtuel préféré de l’humanité frappe en plein coeur. Pourquoi ? Parce-que The Now Now représente plus ou moins l’antithèse de Humanz, leur album précédent. Humanz était cool, mais surproduit, blindé de featurings en cascade. La tracklist était pleine à craquer, avec des apparitions de Noel Gallagher, De La Soul, Danny Brown, Vince Staples et j’en passe. The Now Now est épuré, spontané. Il perd en perfectionnisme ce qu’il gagne en fraîcheur, et c’est loin d’être un problème. Les invités sont triés sur le volet, avec une mention spéciale pour l’indispensable couplet de Snoop Dogg sur Hollywood. Dans le clip d’Humility, c’est le génial Jack Black qui donne de sa personne, interagissant avec les membres animés du groupe fictif. Alors que le charismatique Murdoc est en taule (il aurait été piégé par un criminel mexicain surnommé El Mierda), c’est le timide chanteur 2D qui reprend les commandes du groupe, toujours accompagné de Noodle, Russel ainsi qu’un nouvel arrivant : Ace, qui était l’un des méchants (depuis à la retraite) du dessin animé Les Super Nanas. Une formation dont on oublie parfois le côté fictif, amenée à la vie sous le crayon de Jamie Hewlett (dessinateur de Tank Girl), accompagné d’un Damon Albarn (front-man de Blur) plus que jamais en roue libre. De la funk au hip-hop, en passant par la Brit-pop, le rock et l’électro (le producteur de l’album n’est autre que la moitié du duo Simian Mobile Disco), ce nouvel opus célèbre plus que jamais un mélange salvateur des genres. Une somme d’individualités qui devient très rapidement un tout d’une rare cohérence. Cet album est frais comme un cocktail de Gin au bord d’une piscine turquoise. D’ailleurs vous devriez essayer les deux, ça fonctionne plutôt bien.

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