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Le « Pôle de la mode et du design » au Muy est un projet de centre commercial de 16.000 m2 ayant déjà essuyé un avis défavorable en février 2016. Récemment, le projet a reçu un autre avis défavorable de la Commission Départementale d’Aménagement Commercial du Var. Pour autant, rien n’est fini pour les investisseurs qui depuis plus de trois ans lorgnent sur ce terrain à gauche de la sortie autoroute du Muy pour y installer un hypercentre commercial agrémenté d’un musée de la mode, d’une école de formation autour de la mode mais aussi d’espace culturel ou autres espaces verts. Autour de 100 enseignes verraient le jour si le projet se concrétise. De nouveaux emplois, une nouvelle attractivité ? Peut être. La destruction de l’activité commercial dans les centre-ville ? Possible. Une chose est sûre, comme de nombreux projets de construction, le Pôle de la Mode divise. DCA PACA est LE collectif qui lutte contre l’implantation du Pôle de la Mode au Muy. Stéphane Iseppi nous explique pourquoi.

Stéphane Iseppi, comment avez-vous été au courant du projet du pôle de la mode ?

L’histoire du pôle de la mode pour le collectif DCA PACA dont je suis le président, ne date pas d’hier. Le collectif ne date pas non plus de l’existence du projet du Muy. Auparavant il y avait un projet similaire au Cannet des Maures. Un village des marques. C’est de cela que l’on parle même au Muy si on parle de musée et d’école de mode autour de cela. En 2008, nous étions opposés avec les chambres consulaires et les autres institutions sur le projet au Cannet. Depuis 2011, nous nous sommes intéressés au projet du Muy par le biais de la presse et d’un juriste qui travaille aussi avec la DPVA et la CAVEM.

Pourquoi êtes-vous contre ?

Ceux qui ont acheté le terrain sont des bâtisseurs de village de marques. Aujourd’hui, l’ensemble de ses projets ont une opposition. Parce que des villes comme Fréjus Saint-Raphaël, Draguignan ou le golfe de Saint-Tropez peuvent être menacées par ce genre de structure. Le commerce de centre-ville est clairement menacé par les villages des marques. Le Muy fait partie de la DPVA. Draguignan a été choisi parmi 222 villes pour le plan d’action Coeur de Ville et touche de l’argent de l’État. Dans son périmètre, nous ne devrions pas entendre parler d’hypercentre commercial. Faire 10 km plus loin un centre commercial quand l’État aide financièrement un cœur de ville à se redynamiser c’est absurde et à contre-courant.

Selon vous, quelle conséquence aurait l’ouverture d’un tel projet dans notre territoire ?

Ils parlent de création de 1000 emplois. Lorsqu’une grande enseigne ouvre, on se rend compte qu’il y a la théorie et la pratique. La raison est simple : eux aussi sont impactés par la loi du marché et les consommateurs d’internet. Dans ces enseignes, on parle d’un employé pour 150 m². Pour avoir 1000 emplois sur 100 cellules, il faudrait 10 personnes par local. C’est impossible sauf si chaque local fait 1500 m² ! Dire que 1000 emplois se créeront c’est un mensonge. Et surtout, on ne parle pas des emplois détruits dans le commerce de proximité qui dans notre région représente de nombreux emplois, nous n’avons pas d’usine.

Certains, notamment le Comité Citoyen de Soutien au Pôle de la Mode défendent l’idée que les clients de ce genre de zone commercial ne sont pas ceux des centres-ville. Qu’en pensez-vous ?

Aujourd’hui, il n’y a pas de partage de clientèle. La plupart des ménages moyens perdent du pouvoir d’achat. Carrefour et Casino vendent leurs hypercentre. Carrefour veut devenir plus petit, s’orienter sur le bio et l’ultra alimentaire. Le numérique prend une part de marché importante. On est à un moment charnière du commerce de proximité, entre les habitudes de consommations et internet. Les marques produisent une certaine marchandise de moins bonne qualité uniquement pour ces villages de marques. Cela va aussi contre la qualité que proposent les commerces de centre-ville qui tendent à s’adapter aux nouvelles consommations.

Aujourd’hui, si le pôle de la mode ne sort pas de terre au Muy, il y a de grandes chances qu’une autre structure tente de s’ouvrir ailleurs et toujours dans le territoire. Comment comptez-vous lutter contre cela ?

L’ensemble des villes de la CAVEM a toujours été en opposition au projet. On a le département des Alpes Maritimes qui s’opposent aujourd’hui, notamment David Lisnard, maire de Cannes qui s’est lui aussi opposé récemment au pôle de la mode du Muy : c’est dire si l’impact de ce genre de structure touche une large zone. C’est par les politiques que ça se stoppera. Aujourd’hui, nous en avons un à Miramas. Il est très bien là où il est, près de la plus grande ville du Sud. La proposition est déjà là, alors pourquoi en installer un nouveau dans des territoires plus petits. Le risque est qu’à terme, ces hypercentre deviennent comme aux États unis des friches commerciales où des « mall » ont détruit les centres-ville et sont totalement vides.

À Saint-Raphaël, la municipalité dont vous êtes l’adjoint au commerce, on parle de schéma de cohésion commercial sur la CAVEM. Récemment, la ville a réussi à stopper l’extension de Carrefour Puget. Jusqu’où pourrait aller un tel schéma ? N’y a-t-il pas un risque de ne plus avoir de nouveauté commerciale dans nos villes qui défendront chacun leur paroisse et forceront l’arrêt de chaque initiative d’ouverture de grandes enseignes ?

Le principe n’est pas d’arrêter, mais d’échanger entre les villes. C’est ce qu’a fait Puget ou encore le Muy : installer des enseignes sans prendre en considération l’impact que cela produit dans les villes voisines. On parle de DAAC : le Document d’Aménagement Artisanal et commercial. Il détermine les conditions d’implantation des équipements commerciaux qui, en raison de leur importance, sont susceptibles d’avoir un impact significatif sur l’aménagement du territoire, le commerce de centre-ville et le développement durable. Ce document prévoit les conditions d’implantation, le type d’activité et la surface de vente maximale des équipements commerciaux spécifiques aux secteurs ainsi identifiés.


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