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Dans le cadre de la première conférence organisée par le magazine Bah Alors ? Frédéric Masquelier a répondu à un public composé uniquement d’entrepreneurs sur le sujet « Quel avenir pour les commerces de centre-ville ? » Cet article correspond à la première partie de la conférence où l’édile de la ville a pu pleinement exprimer ses idées avant de répondre aux questions des commerçants. La deuxième partie de la conférence (l’interview, NDLR) sera publiée prochainement dans le magazine principal sur le thème plus approfondi du commerce de proximité.

« Il y a une citation d’un économiste que j’ai l’habitude de reprendre qui dit : « si le commerce se porte mal, la ville se porte également mal et lorsqu’une ville se porte mal, le commerce en subit les conséquences ». Les deux sont indivisiblement liés : une ville ne peut pas se désintéresser de son commerce, et le commerce est dans la ville. Le commerce de centre-ville est une problématique assez récente. Avec Stéphane Iseppi (adjoint au commerce de la ville, NDLR), nous sommes allés au dernier salon organisé par l’Association des Maires de France. Lors d’une table ronde organisée sur le sujet des commerces de proximité, un des intervenants expliquait que nos villes ne ressemblent pas à celles des États-Unis. Là-bas, les villes sont horizontales, avec des rues perpendiculaires, un quartier d’affaires, un quartier résidentiel, des centres commerciaux, etc. Les villes sont structurées de telle sorte qu’elles ne sont pas transposables en France. Essayer de le faire c’est méconnaître le territoire et son histoire. Les commerces en France sont dans les villes et nous avons tous besoin de cette proximité au-delà des centres commerciaux installés en périphérie.

Un problème national ?

Nous ne pouvons pas avoir une approche sérieuse si nous ne regardons pas le sujet au niveau national. Les commerces dans les centres-villes connaissent des difficultés, notamment dans les villes moyennes. Les métropoles sont un autre cas de figure dans la mesure où il y a une tendance à la métropolisation. Il y a dans ces villes plus d’investissement public. Les sondages indiquent aussi que les jeunes entre 20 et 30 ans préfèrent vivre dans une métropole. Il y a une concentration des zones de chalandise de ces grandes villes, au préjudice des villes moyennes dont on fait partie. C’est donc là la première faiblesse de notre territoire qui est entre Toulon et — à plus forte raison — les Alpes Maritimes. La deuxième faiblesse est la question du pouvoir d’achat qui n’a pas augmenté au cours des dix dernières années. Ensuite, il y a la problématique des achats sur Internet. C’est un problème national qui est dû non seulement au changement de mode de consommation de tous, mais aussi au pouvoir d’achat. Le dernier problème à relever concerne les nouveaux achats qui regroupent tous les objets comme les abonnements Internet et téléphonies. Les Français dépensent autour de 100 € par mois dans ces nouveaux domaines, amoindrissant leur part de pouvoir d’achat.

On ne peut pas évoquer les problématiques des commerces et des centres-villes sans avoir énuméré ces problématiques nationales. Ce n’est pas une déresponsabilisation, mais une évidence : cela ne dépend pas totalement de nous.

La situation locale

Concernant le territoire local, les forces de Saint-Raphaël sont son positionnement géographique et sa population qui a un pouvoir d’achat plus élevé qu’ailleurs. L’offre commerciale de la ville est importante avec près de 900 commerçants indépendants sans compter les marchés. L’offre de stationnement est assez importante : le stationnement sur voirie est à peu près équivalent à celui de la ville de Toulouse. Nous bénéficions de flux touristiques qui nous font tripler la population pendant la période estivale. Nous avons les croisiéristes où la question est de savoir comment les faire consommer à Saint-Raphaël. La gare TGV, c’est un million d’usagers par an et le cinéma en centre-ville est un élément d’attractivité supplémentaire. Enfin, nous avons une association des commerçants structurée. Sur ce point, j’aimerais préciser qu’il est important d’avoir des corps intermédiaires sur ce type de sujet.

Parmi les faiblesses, il y a le stationnement qui est perçu comme trop cher. Je l’entends et le lis assez régulièrement pour ne pas en discuter le bien fondé. Il y a beaucoup de gens qui raisonnent la chose de manière psychologique et qui ne veulent pas payer pour stationner en centre-ville. C’est un élément à prendre en considération. Il y a également le manque de grandes enseignes attractives comme la FNAC, Zara, etc. Des commerces qui drainent du monde de par leur nom et qui profitent à tout le monde. Lorsque vous avez une concentration de ce type d’enseigne, les gens se déplacent plus facilement. À l’instar des centres commerciaux, la ville doit être pensée aussi en matière d’équipement pour que les gens qui viennent en centre-ville aient les mêmes avantages que dans une grande surface commerciale.

Dans la structure des commerces, il y a beaucoup d’entrepreneurs individuels. Si nous faisons le constat, beaucoup de ces commerces sont vieillissants. Ces entrepreneurs ont un fonds de commerce qui constitue leur patrimoine, peu de capital et donc peu d’investissement. Nous avons quelques pratiques dont il faut rediscuter comme la fermeture entre 12 h et 14 h, lorsque les parkings sont gratuits et que les travailleurs sont en pause. Leur fermeture n’est pas illégitime, néanmoins c’est une réalité. La vie nocturne a eu tendance à disparaitre, et le nombre de jeunes a décru. La jeunesse c’est plus d’investissement, plus d’innovation et plus de vie nocturne. À Menton, en ouvrant une antenne de Sciences Po Paris, la ville a accueilli 300 jeunes qui sortent souvent le soir et animent la ville. Un des défis majeurs pour la ville et ses élus, c’est une formation supérieure qui draine un certain nombre de jeunes. Pour cela, il faut penser à une mise à disposition du foncier et une aide à l’installation.

Il n’y a pas eu de stratégie commerciale au sein de notre territoire. La ville de Puget-sur-Argens, sur des décennies, a cru de quelques centaines d’habitants alors qu’on a autorisé des dizaines de milliers de mètres carrées de surface commerciale. Il est certain que ce n’est pas pour les habitants de Puget uniquement que ces créations de surfaces commerciales ont été créées, notre zone de chalandise est relativement fermée et ceux qui consomment dans ces zones n’achètent pas à Saint-Raphaël ou dans d’autres secteurs de la CAVEM. C’est dans ce sens que j’ai écrit au président de la CAVEM pour qu’il y ait un schéma de cohérence commerciale et qu’une ville ne puisse plus autoriser l’implantation de grandes surfaces au-dessus de 1000 m² sans l’accord ou la coordination des autres villes. Ce que l’on fait dans une ville a une influence chez son voisin. Le commerce comme le climat n’est pas une affaire personnelle, mais un problème que l’on pourra régler qu’en mettant nos forces en commun.

Une étude et des solutions

Il faut prendre des mesures holistiques, avoir une approche globale : le stationnement, la culture, etc. Il doit y avoir une corrélation entre tous les domaines pour que le commerce soit mis en avant. Avec Stéphane Iseppi et l’ARCOR nous mettons en place ces mesures. Nous avons pris le cabinet AID qui fait un travail remarquable dans plus de soixante villes en France et qui a une véritable expérience. Après une série de réunions publiques, nous avons désormais des chiffres concrets sur plusieurs problématiques. Aujourd’hui, nous avançons avec des données précises ancrées dans la réalité. Par exemple, il existe un ratio entre le nombre de coiffeurs et le nombre d’habitants. Celui qui veut ouvrir un salon de coiffure pourrait avoir de grandes difficultés ou causer des difficultés à ceux déjà existants, car encore une fois le marché n’est pas extensible. Il est important de rationaliser les choses et les étudier. C’est un gros travail qui a été fait au sein du service commerce et qui va être amplifié après la création prochaine d’un office du commerce avec des professionnels du commerce. Je souhaiterais qu’on ait encore plus d’indicateurs et un meilleur partage de ces données. Il faut faire travailler davantage les partenaires institutionnels en ayant une approche transversale avec la CAVEM, la CCI, le Palais des Congrès, l’Office du tourisme, les services techniques, etc. Tout le monde doit être impliqué afin ne pas avoir trop d’initiatives isolées qui perdent en efficacité.

Il y a de multiples solutions. Le premier axe est d’avoir une meilleure dynamique économique et commerciale. Cela passe par le schéma de cohérence commerciale, car je le répète : toutes les villes ne peuvent pas faire comme elles le veulent chez elle sans quoi la CAVEM n’aurait aucun sens. Nous devons également lutter contre la vacance commerciale. Nous avons dans ce domaine des résultats avec une baisse de 10 %. Nous avons aussi la volonté de taxer les propriétaires de locaux vacants. Au bout d’un an, si un propriétaire n’a pas loué son commerce et qu’il ne montre pas qu’il y met de la bonne volonté, nous le taxerons, car cette surface vide pénalise les efforts de la ville en matière de propreté et tous les commerces voisins.

Nous cherchons à améliorer nos espaces publics pour les rendre toujours plus attractifs. Les marchés y contribuent et nous souhaitons les perfectionner. Par exemple, le marché Victor Hugo est un peu trop « minéral » alors nous allons l’agrémenter de mobilier urbain de meilleure qualité pour donner envie aux gens de venir plus souvent. Nous allons être plus vigilants dans le choix des commerces en faisant fonctionner la loi du marché. J’ai une vision libérale et je ne pense pas que tout doit se décider dans mon bureau, mais si beaucoup de gens sont intéressés pour avoir des cellules, c’est qu’ils pensent pouvoir développer un business qui fonctionne, alors autant le louer à des gens impliqués plutôt que d’essayer de choisir de manière théorique. On va avoir un manager de centre-ville. Nous allons aller au salon de la Franchise pour voir ce qui se fait ailleurs et essayer de faire venir quelques enseignes nouvelles.

Nous sommes en train de réfléchir à la piétonnisation. Des travaux ont déjà été mis en place en ce sens notamment en bord de mer pour améliorer les trottoirs (du haut de l’Avenue Alphonse Karr jusqu’au Casino Barrière, NDLR). Par la suite, nous entamerons les travaux jusqu’à la discothèque La Réserve.

La ville est propre, mais la propreté est la responsabilité de chacun. Nous avons des tournées très fréquentes, mais des déchets sont déposés toute la journée. C’est un dialogue permanent et s’il y a des zones de saleté particulières, il faut les signaler.

La sécurité est indispensable pour le développement de la ville. Nous avons mis en place davantage de patrouilles, moins en voiture, plus à pied, et en contact direct avec les commerçants, avec une certaine réactivité lorsqu’il y a des besoins. Nous avons fait des efforts importants pour les SDF avec une solution qui consister à ne plus avoir une concentration de la mendicité à l’endroit où il y a le plus de gens qui passent, en passant une convention avec Les Amis de Paola qui permette de ne pas avoir la maraude en centre-ville.

Accessibilité et stationnement.

Nous avons lancé plusieurs études sur le sujet. Depuis un an, nous avons créé plus de 100 places en zones bleues. Si je dois vendre le stationnement, je dois dire que nous avons un tarif inférieur aux autres villes et je vous invite à faire la comparaison avec les villes comparables. La problématique du tarif de stationnement réside dans le fait que nous avons des équipements à financer et donc l’obligation d’avoir des recettes. Il y a plusieurs scénarios et des intérêts plutôt contradictoires comme dans l’action publique. Vous avez les résidents qui ne veulent pas payer, les commerçants et leurs salariés qui veulent payer moins cher, et leurs clients. Si vous remplissez les places par les résidents, il est évident que cela se fera au détriment des autres. Il faut bien choisir pour trouver ce qui est le plus efficace pour le commerce et non pas pour faire plaisir aux gens. En cela nous avons décidé de créer une zone de covoiturage pour les actifs où ces derniers pourront garer leur véhicule pour 1 euro par jour, avec un système de navette pour les amener sur leur lieu de travail en centre-ville, entre 7 et 19 h. Pour finir, on va offrir la gratuité tous les samedis sur le stationnement de voirie et de 14h à 18 h dans les parkings.

L’attractivité de la ville

La charte de la vie nocturne et le musée De Funès y contribuent. Nous avons l’opportunité de créer un musée sur Louis De Funès, porté par la famille en centre-ville (salle Alberge, NDLR). À Saint-Tropez, le musée de la gendarmerie accueille 150 000 personnes par an. Nous ne sommes pas Saint-Tropez, mais même si l’on divise le chiffre par deux, le musée reste totalement rentable. La France comme l’Allemagne et d’autres pays de l’Est sont toujours admirateurs de Louis De Funès. Ce musée sera une raison supplémentaire pour les croisiéristes de rester en ville. L’attractivité du musée pourra aussi provoquer d’autres investissements à proximité. Je pense notamment au bâtiment Diem en face de la gare SNCF. Cet été, la ville a organisé plus de 150 événements, et nous souhaitons en créer davantage. Aussi, nous étudions des solutions pour animer la place Coullet. Nous allons avoir une course de Karting en centre-ville, la venue de la garde Républicaine motocycliste, etc. Tout cela, à l’instar du Road Show de F1 qui a amené 25 000 personnes, rassemblera un maximum de monde. Je crois que de ces événements, les commerçants ont pu en tirer le plus grand profit. En tout état de cause, c’est l’image de la ville qui en ressort positive et qui rejaillit sur le commerce. Si Saint-Raphaël a une image positive aux yeux de tous, et que tout un chacun parle en bien de l’état de la ville, il est évident que cela participe à son attractivité »

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