fbpx

Comme vous le savez sans doute, nous débutons à peine nos aventures dracénoises. Pour commencer, nous avons commencé notre introduction sur les terrasses de café, là où tout se dit et se fait. On a fait des tours à l’école de la deuxième chance à l’UPV pour discuter avec des jeunes du coin de ce qu’ils font à Draguignan. On est allé rencontrer quelques commerçants et aussi des acteurs sociaux (mais ce sera pour un prochain numéro). Bref, on s’est “dracénisé” puis on a décidé d’aller voir le maire, histoire de savoir s’il matche avec l’état d’esprit de la ville. Installé depuis 1981 à Draguignan, Richard Strambio était masseur kinésithérapeute libéral avant d’entrer en 2008 au conseil municipal de Max Piselli en tant qu’adjoint à la culture et au patrimoine. “Un peu” opposé sur la fin, Richard Strambio est devenu maire en 2014. Est-ce qu’il correspond à l’idée que l’on se fait nous, journalistes de bord de mer, d’un Dracénois ? Oui complètement. Profondément amoureux de sa région et de sa mixité, Richard Strambio aurait pu être guide touristique dans une autre vie tellement il aime l’histoire de Draguignan. Dans cette vie-là, il a choisi d’être le gardien de l’histoire de la ville du Dragon. Découverte d’un personnage touchant, citant du Saint-Exupéry une larme à l’oeil, vivant Draguignan dans tout son être.

J’imagine qu’être maire n’était pas une envie au départ de votre aventure politique ?

Jamais de la vie. Je suis entré en politique pour ma ville, sa culture et son patrimoine que je trouve rassembleur. J’ai vu au fil du temps qu’il fallait se battre pour la culture et le patrimoine ici. J’ai eu la chance que Max Piselli ait été Vice-Président du Conseil Départemental en charge de la Culture et du Patrimoine. Toutefois, j’ai eu de grandes divergences avec les copains de l’équipe : la démolition du couvent des Cmapucins, la non-volonté de classer Saint-Hermentaire, etc. Ces événements ont été assez déterminants. Je me suis dit qu’on avait détruit une partie de la vieille ville dans les années 70 – et je suis très bien placé pour le savoir puisque je connais parfaitement les gens qui ont donné des adjudications – j’ai eu cette envie qui m’a “pris les tripes” et j’ai dit qu’il faut que l’on construise une ville autour de son patrimoine à commencer par le patrimoine humain. Moi je suis pour le mandat unique, je l’ai prouvé en étant maire à temps plein et c’est ce qui me plait.

Pensez-vous que la Culture et le Patrimoine sont la solution pour la ville ?

Il n’y a pas que ça. Il y a toute l’économie aussi, mais il faut envisager la Culture et le Patrimoine comme un grand vecteur économique. Nous avons des exemples comme Arles. Regardez le rayonnement de « Théâtre en Dracénie », ce qu’on nous promet pour la rénovation du Musée des Beaux Arts qui est un projet économique, le patrimoine écologique que nous avons et ce passé que nous ne connaissons plus. Il faut peut-être, à l’heure où tout se délite, remettre en perspective nos racines nobles de Provence. De cette Provence de l’Est, dite Orientale, qui fait que depuis les temps les plus reculés, nous existons et nous transmettons ce patrimoine.

Que faites-vous en ce sens ?

Déjà, nous gérons les budgets au plus près pour pouvoir rénover. Nous avons un centre historique qui a grand besoin d’être rénové. Nous avons commencé par le boulevard et nous continuons sur la place du marché. Toute l’OPARU (Opération Programmée d’Aménagement et de Rénovation Urbaine, NDLR) qui est lancée dans le centre ancien. Il faut que nos Dracénois sortent de leurs écrans et se réapproprient leur ville où il fait bon vivre, il fait bon flâner et se rencontrer sur une future place du marché rénovée ou lors d’événements festifs, comme la Fête de la Musique ou celle du centre ancien où les gens se retrouvent dans la plus grande convivialité.

La place du marché est le grand projet ?

C’est un des projets. Il y a aussi la rénovation du Musée des Beaux-Arts qui a démarré. Nous sommes un des premiers projets de France de rénovation. Nous sommes financés à 78 % et je m’en réjouis.

De quoi êtes-vous le plus fier depuis le début de votre mandat ?

D’avoir la volonté que les Dracénois se réapproprient leur ville en tant que patrimoine humain. Et la prolongation est le patrimoine bâti et le bien-vivre ensemble. Et aussi cette merveilleuse Provence qui nous entoure.

Et le moins fier ?

L’incivilité. Les gens font profiter de leurs déchets, de leurs animaux de compagnie à « pleines mains » – pardonnez-moi cette image – et cela m’insupporte. On fait du bruit pour faire du bruit, on se comporte de façon éhontée en méprisant la tranquillité publique. L’hygiène et le bien-vivre ensemble je n’en suis pas fier du tout. Dans ce domaine, on doit être extrêmement coercitif, et c’est terrible d’avoir à l’être. Les mouvements d’arrogance de ceux qui croient avoir un destin politique me déçoivent aussi. On est très arrogants, on a une vue absolument figée sur tout ce qui peut être une solution et qui n’est finalement que de l’affichage et du brouhaha.

Quid de l’opposition ?

L’ensemble du Conseil Municipal, opposant compris, travaille pour les Dracénois. Je travaille pour Draguignan et si demain je m’arrête, j’ai ma profession et beaucoup d’autres occupations que j’ai mises entre parenthèses. C’est vrai qu’il y a des individualismes qui veulent se mettre en avant en ayant opinion sur tout. L’humilité n’est pas de ce monde. Mais à un moment donné il faut décider, car si on écoute tout le monde, on ne fait rien. Vous connaissez l’histoire de l’âne de Buridan : à trop hésiter entre l’avoine et le seau d’eau, il finit par mourir.

Comment voyez-vous les prochaines municipales ?

L’équipe va s’investir. Il y aura de nouvelles têtes : certains veulent s’arrêter, d’autres veulent aller ailleurs, faire autre chose. J’attends de savoir qui seront nos adversaires. Ce que je souhaite c’est que les élections se passent dans un climat détendu.

Êtes-vous satisfait de votre mandat ?

Satisfait, on ne l’est jamais totalement. Par humilité, on fait ce que l’on peut et je laisse les Dracénois juges de ce qui a été fait. On ne peut pas plaire à tout le monde, mais ce que nous avons réalisé a été fait avec enthousiasme et bonne foi, avec d’énormes contraintes budgétaires, etc. D’ailleurs pour revenir à votre question sur ma fierté, je suis fier de ne pas avoir augmenté les impôts ! Ils sont suffisamment hauts et chers à Draguignan.

C’est-à-dire ?

Ils sont élevés. Draguignan n’a pas beaucoup de ressources comme nos voisins au bord de mer. Il n’y a pas de casino de jeu, de tourisme estival, de haut monument. C’est pour cela que le projet du musée est un projet économique et nous mettons tout ça en connexion avec le musée des Arts et Traditions Populaires, le Musée de l’Artillerie, le Musée de la Justice.

Si vous croisiez une personne qui hésite à s’installer à Draguignan, de quoi lui parleriez-vous pour le convaincre ?

La qualité de vie. Nous n’avons pas de grands mouvements saisonniers, pas de grands embouteillages, on peut se loger pas très loin du centre, aller faire ses courses à pied. Les parkings ne sont pas onéreux comme partout ailleurs, on peut même se garer gratuitement dans certains endroits. Il y a le marché avec ses producteurs locaux. Nous n’avons pas trop de problèmes de pollution d’air et puis on peut s’évader. Il faut encore travailler sur les transports, mais les aéroports sont à une heure, la mer pas très loin, le Verdon, le ski, etc. On est en dehors des grands flux ce qui est un avantage pour la qualité de vie.

Que faites-vous lorsque vous finissez la journée de travail ?

Il m’arrive d’aller au théâtre ou au cinéma quand je suis dans les temps, car mes horaires sont très tendus. Quand j’ai envie de m’évader, je monte volontiers au Malmont. Autrement, j’adore l’arrondissement de Comps, mais je vais aussi à Saint-Raphaël ou à Sainte-Maxime comme tous les Dracénois. Il y a toujours eu ce lien entre ces communes. Vous savez qu’à une époque, beaucoup de Dracénois avaient une résidence secondaire à Saint-Raphaël ou à Saint-Aygulf. Ils allaient à la « montagne » c’est-à-dire à la Bastide, Bargème ou Comps. Tout le département est enchanteur et je suis un amoureux de mon territoire.

Quid des deux cinémas fermés ?

Ce sont des emprises privées. Il y a eu une négociation avec CGR qui n’a pas été tenue. J’ai été très affecté de voir disparaître de ce coeur de ville notre cinéma Paradiso. Je rencontre les propriétaires prochainement. J’aimerais acquérir pour y faire quelque chose de culturel, mais le prix est élevé. Je ne peux donc pas encore me prononcer. Ce que je peux dire c’est que tout est une question de budget et de volonté. Comme Bismarck le disait « le nerf de la guerre c’est l’argent ». La ce n’est pas une histoire de guerre, mais de paix et en même temps de garder en coeur de ville, une activité culturelle très voisine du théâtre à côté des musées et des commerces.

A propos de l'auteur

Articles similaires

Laisser un commentaire