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Nous sommes allez discuter d’art, de style, de luxe et de nostalgie avec Laurence Barbero, propriétaire de la galerie Art Life, à Saint-Raphaël.

#1 Bonjour Laurence ! Depuis quelque temps déjà, je remarque que l’art contemporain s’est énormément approprié les codes du style, du luxe et de la mode. De nombreux artistes que vous avez vous-même exposés à Art Life se sont emparés de ce phénomène. Je pense par exemple à Jeremy Ferreira, qui a créé des bombes aérosol affublées de marques de luxe. Même chose avec Marc Boffin, qui utilise des barils estampillés Supreme, Hermès ou Chanel. Il y a aussi les donuts à moitié croqués de Eva Post et Ruben Verheggen, aux motifs Louis Vuitton et Yves Saint-Laurent. Pensez-vous qu’on a plus affaire à une obsession commune, ou simplement une tendance dans le monde de l’art ? Est-ce que c’est à la mode de parodier la mode ?

Je pense que c’est une façon de s’approprier les marques de luxe, en les démystifiant. La peindre, c’est un peu la posséder aussi. On est dans une société où le luxe est omniprésent, donc pourquoi ne pas le représenter.

#2 Il y avait aussi l’ours Chanel de Philip Ian, et ça peut continuer encore longtemps. Tous les logos sont utilisés sans aucune autorisation. Vous n’avez pas peur que les marques se rebiffent ?

Je ne pense pas, ce n’est pas vraiment dans leur intérêt. En tout cas, je n’ai jamais été frileuse de mettre ça en avant. Quand les artistes reprennent les marques, je trouve ça osé, voire couillu ! En tant que galeriste, je me dois de défendre leur audace. Puisque vous parliez de lui tout à l’heure, Kiko a fait une petite fille qui tient un énorme ballon Hermès. À première vue, c’est juste adorable. Cette petite fille est pleine d’espoir, mais le ballon de marque luxueuse est aussi un peu inaccessible. Il y a une certaine mélancolie quand on voit ce tableau.

#3 La mélancolie et l’enfance, c’est aussi un thème récurrent dans les oeuvres que vous exposez. Lis Sam expose une sculpture avec un logo Chanel à la place des yeux de Mickey Mouse. Même chez Jisbar, les codes du luxe outranciers sont souvent confrontés avec ceux de l’enfance et de la candeur. Vous en pensez quoi ?

Mickey est un personnage de l’imaginaire, et même lui voit du Chanel partout. Pour moi ça évoque aussi une certaine forme d’addiction.

#4 Il y a aussi une énorme vague de représentations de l’Oncle Picsou, on retrouve chez Zacharie Vidal, GOMOR ou MR OREKE qui peint l’oncle riche de Riri, Fifi et Loulou sur des boîtes aux lettres.

Il y a clairement un lien avec l’enfance, sauf que nos collectionneurs ont grandi. Aujourd’hui, ils sont capables de s’offrir un Picsou qui leur coûte 5000 euros. Il y a un message fort, qui nous fait réaliser que tout a changé, et que les messages de Picsou deviennent pour certains bien réels. Je pense que la vérité de l’enfance finit toujours par remonter un jour ou l’autre. Ces oeuvres nous font réaliser qu’entre l’enfant que l’on était, à l’adulte que nous sommes devenus, il y a un monde. Picsou qui devient l’Oncle Sam chez GOMOR (avec une mosaïque de dollars en arrière-plan), ça évoque clairement une symbolique. Celle d’une enfance un peu broyée dans la société de consommation.

#5 Cette récurrence pour Disney, ça me rappelle aussi le style rétro de McBess, qui reprend l’esthétique monochrome des vieux cartoon Disney. En tout cas je remarque que l’argent et le luxe sont souvent mis en scène dans un acte dénonciateur. W Anartiste a fait une tête de Gucci avec un masque à gaz, ça m’a un peu scotché. Le message est limpide et percutant.

J’essaie justement de représenter des artistes ancrés dans le réel, sans trop d’abstractions ou de subliminal. C’est un art populaire qui parle à tout le monde. W Anartiste, ça a été une très belle découverte. Il nous a montré ses oeuvres, avec une grande conviction. Il a une autre peinture avec un enfant mutilé qui tient un ours en peluche, et des symboles dollars sur un fond noir. Cette oeuvre est très angoissante, car on touche à une réalité terrifiante. Cet artiste est tellement empreint de son art qu’il fallait l’exposer.

#6 On parle beaucoup de l’influence du style sur l’art, mais j’ai envie de parler de l’influence de l’art sur le style. Je pense notamment à Shepard Fairey, dont la campagne de street art OBEY GIANTS a fini par devenir un incontournable de la mode streetwear. Est-ce que c’est quelque chose qui vous parle la percée de l’art dans le monde du textile ?

Oui ça me plaît ! Je me souviens à l’époque mon fils avait 11 ans, et j’étais la première à lui acheter des t-shirt OBEY. Je trouve ça ingénieux, et en plus c’est très abordable. Vous n’avez pas besoin d’avoir du Shepard Fairey à 12 000 euros sur vos murs, il vous suffit d’aller en magasin. C’est le côté accessible. Il a aussi mêlé son art à la politique en faisant un tableau qui a beaucoup servi la campagne de Obama. Son tableau « Liberté Égalité Fraternité » est même dans le bureau de Macron. C’est osé, parce qu’il a une palette de couleurs morne, qui rappelle un peu l’esthétique de la propagande de l’URSS.

#7 Tout le contraire des tonalités printanières de l’exposition Blossom, actuellement à la galerie. On peut en savoir plus ?

Blossom, c’est la naissance, le printemps. Dès qu’on entre, on a un superbe tableau de Jean-Antoine Hierro, ce sont des cerisiers en fleurs avec une petite touche street, qui me rappellent la floraison des Sakura que je suis allé voir au Japon. Il y a un certain romantisme sur cette toile, un brin gothique aussi. On a aussi un hommage de Kiko à Choupette et Karl Lagarfeld. Une belle oeuvre en acrylique et résine sur toile, c’est un glossy parfait. C’est comme une crème glacée que vous regardez, sauf que ce sont les yeux qui se régalent. L’exposition continue jusqu’au 14 juillet.

#8 Un dernier mot sur le lien entre l’art et le style ?

À partir du moment où vous parlez de quelque chose de stylé, vous avez tout dit. Ce n’est pas donné à tout le monde d’avoir du style, mais c’est un art d’en avoir.

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