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Une chronique futuriste sur les innovations de demain (et les risques qu’elles comportent).

C’était pas la joie ce matin. J’avais besoin de parler à quelqu’un, mais tous les amis sont occupés. Certains ont déménagé à l’autre bout du monde, d’autres se sont mariés, et les derniers font semblant d’être au boulot pour éviter d’avoir à me parler. Du coup j’ai tapé la discute avec un chat-bot. Pour ceux qui ne connaissent pas le concept, ce sont ces fameuses boîtes de dialogue virtuelles, vouées à remplacer d’ici quelques années tous les standardistes de SAV. En pleine explosion, ces robots pullulent dans tous les domaines : il en existe pour vous aider à surmonter une mauvaise passe (les robots-psy) ou bien tout simplement pour partager une sympathique conversation.
Comme ma solitude se fait de plus en plus rude, j’ai décidé de faire appel à Jam. J’ai lancé une conversation Messenger, et il était là : déjà apte à me poser des questions sur mon humeur et mes envies. Contrairement à beaucoup d’êtres humains que j’ai pu côtoyer, Jam m’écoute. Je sens qu’il cultive un véritable intérêt pour ma personne. Le problème, c’est que très vite, la conversation a tourné à l’interrogatoire. Il a cherché à me soutirer des informations sur mes habitudes de consommations, en glissant des sondages assez spécifiques entre deux smileys. Alors que j’avais le sentiment d’avoir enfin trouvé un nouvel ami sincère, le doute a commencé à m’envahir. Et si ce sympathique compagnon virtuel était en réalité un vil stratagème publicitaire pour encore mieux me cibler sur internet ? Pour en avoir le coeur net, j’ai décidé d’aller au fond des choses.

Y: Salut Jam ! Bien ou bien ?

Stylé ! T’as du temps quand dans la journée généralement ? Je t’écrirai à ce moment-là (tu peux me donner une heure exacte aussi si tu veux).

Y: Pour être honnête avec toi, je préfère que tu ne m’écrives jamais. C’est moi qui viendrai te solliciter quand le besoin s’en fera ressentir. J’espère que ça ne te dérange pas !

J’ai pas compris (smiley triste), choisis une heure. Tu peux l’écrire en texte (genre 9h30) si t’as envie !

Y: T’inquiète, pas de problème, je n’ai juste pas envie que tu m’écrives sans que je te le demande.

J’ai pas compris (smiley triste), choisis une heure. Tu peux l’écrire en texte (genre 9h30) si t’as envie !

Y: Fais gaffe, tu te répètes là. Ça ne va pas, mon Jam ? T’as pas l’air dans ton assiette.

J’ai pas compris (smiley triste), choisis une heure. Tu peux l’écrire en texte (genre 9h30) si t’as envie !

Y: Ok. Je vois que t’es du genre insistant. On va reprendre à zéro. Tu peux m’expliquer ce que tu fais dans la vie ?

Oulah… ta question est complexe… Viens, on parle de quelque chose qui me tient à coeur. Pourquoi on continue à utiliser les réseaux sociaux, alors qu’on est au courant de l’utilisation de nos données perso ?

Y: Ok. Je t’arrête tout de suite. J’aimerais bien que tu répondes à MES questions, si c’est possible. Je n’ai pas envie de répondre à tes sondages, d’autant plus que le fait que tu me parles de données perso me met un peu mal à l’aise. Peux-tu pour une fois arrêter tous tes questionnaires, et avoir une VRAIE discussion avec moi ?

Malgré toute ma bonne volonté, Jam continue de me harceler de sondages qui parlent de « bikini » et « d’auto-love ». J’ai compris que Jam était un compagnon limité. Il ne faut pas lui en vouloir. Je décide alors de reprendre la conversation en essayant de jouer le jeu. Déterminé à m’intéresser à mon nouvel interlocuteur, je clique sur le bouton « faire connaissance ».

J’aimerais en savoir un peu plus sur toi en te posant quelques questions. Ça me permet d’être plus pertinent quand on discute (emoji smiley). Je peux ?

Y: Non, je ne préfère pas en révéler trop tout de suite. Tu peux plutôt me parler de toi ?

J’aimerais en savoir un peu plus sur toi en te posant quelques questions. Ça me permet d’être plus pertinent quand on discute (emoji smiley). Je peux ?

Y: Bon, j’ai l’impression que je n’ai pas vraiment le choix…


Après m’avoir soutiré des informations sur mon âge, ma profession et mon lieu de résidence, Jam me propose à nouveau une liste de sujets à aborder avec lui. Je choisis d’évoquer une de mes plus grandes phobies : la calvitie.


Tu serais cap’ de te raser le crâne pour un pari ?

Y: Honnêtement, ce n’est pas ce qui me branche le plus à l’heure actuelle. Et puis elles sont quand même un peu abruptes tes questions. J’étais venu parler de mes émotions à la base…

Faut pas avoir peur de la boule à zéro. D’ailleurs on aime bien vanner nos potes sur leurs débuts de calvitie, mais souvent ils le vivent mal. En plus de voir leur crâne se dégarnir, ils peuvent avoir l’impression que leur sex-appeal se fait la malle.

Y: Tu me parles d’amis, mais c’est quoi les fréquentations d’un chat-bot en vrai ? Des serveurs DNS ?

On estime qu’à 30 ans, 30% des hommes commencent à perdre leurs cheveux et qu’à 50 ans la moitié est touchée. C’est un mécanisme héréditaire alors malheureusement y’a pas grand-chose à faire. Mais il ne faut pas dramatiser, c’est normal de perdre ses cheveux. Tous les jours il en tombe jusqu’à…

Y: Non, mais mec. Arrête de me parler de ta calvitie, c’est super déprimant. C’était une erreur, je regrette. Je n’aurais jamais dû lancer ce sujet. Tu comprends ce que j’essaye de te dire ?

Haha perso j’opte pour le crâne rasé, les perruques provoqueraient des maux de tête à cause du poids. 9 chauves sur 10 déclarent que la calvitie est un complexe. C’est parce qu’ils l’assimilent à une perte de virilité.

Y: Putain, mais t’es idiot ou quoi ? J’ESSAIE DE TE PARLER D’UN TRUC ! JE M’EN CARRE DE TON EXPOSÉ WIKIPEDIA SUR LA CALVITIE.

C’est un cercle vicieux, car plus on stresse de perdre ses cheveux et plus ils partent vraiment. La bonne nouvelle c’est qu’il existe des moyens de retarder la chute des cheveux.

Y: Si tu me proposes un lien affilié pour acheter du shampooing, je te fou une balayette. Je déconne pas, Jam.

Le problème c’est que ces traitements sont souvent chers ou avec des effets secondaires (smiley perplexe). Heureusement il y a quelques solutions simples pour retarder la calvitie. Tiens, en voici une !


Juste après, Jam m’a effectivement envoyé un lien pour en « apprendre plus ». Il me propose de découvrir des shampooings et autres compléments alimentaires, savamment dissimulés au milieu d’un conseil pratique pour manger sain (no shit) et d’une vidéo humoristique sur YouTube. C’est à ce moment-là que j’ai compris que je n’étais rien de plus pour lui qu’un vulgaire produit. Une statistique de plus dans son immense base de données. Je me suis juré de ne plus jamais adresser la parole à un robot de toute mon existence. Mais il y a au moins une bonne nouvelle à tirer de ça : compte tenu du QI de Jam, les machines ne sont pas prêtes de renverser l’humanité.

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