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À la tête d’une liste issue de la société civile, Emmanuel Bonnemain se lance dans la campagne des Municipales de Fréjus. Ici, pas d’étiquette mais une réflexion construite depuis trois ans au fil de rencontres avec les habitants et d’expériences locales. Interview.

Emmanuel Bonnemain, où vous placez-vous sur l’échiquier politique ?

Nous ne sommes pas sur l’échiquier politique. Nous sommes un groupe citoyen qui part du principe que quelle que soit notre sensibilité politique, on a tous des idées pour notre ville. Notre ADN abandonne les étiquettes politiques pour arriver avec des idées neuves et réfléchies pour Fréjus.

Mais vous êtes à l’UDI ?

Je reste UDI car je suis toujours adhérent de ce parti mais je n’oblige personne à prendre une étiquette pour me “suivre”. D’ailleurs, qui suis-je d’ailleurs pour exiger de qui que ce soit d’avoir mes idées personnelles ?

D’autres personnes de la liste sont affiliés à des partis politiques ?

Oui.Il y a des gens qui sont adhérents à LaREM, d’autres qui sont adhérents LR, de sensibilité PS… Mais peu importe. Cela fait trois ans que nous travaillons ensemble à l’établissement d’un programme pour changer de gouvernance à Fréjus en 2020. Et puis ce qu’il y a d’extraordinaire c’est que lorsque l’on n’est pas soumis à un dogme politique quelconque on s’aperçoit que ça fonctionne : on s’écoute beaucoup plus et on travaille beaucoup mieux.

Ne craignez-vous pas de faire doublon avec la liste de rassemblement conduite par Philippe Michel-Kleisbauer ?

Non pas du tout. La liste de rassemblement consiste à dire que pour pouvoir battre le RN, il faut une alliance d’étiquettes politiques. C’est un accord électoral et une autre façon de voir les choses. Nous partons du principe que ce qui est fondamental c’est le programme, de savoir ce que nous allons mettre en place pendant six ans au profit des Fréjusiennes et Fréjusiens.

Comment voyez-vous ces Municipales ?

Je les vois de manière très claire et avec beaucoup d’optimisme. Notre certitude est que la liste RN de Monsieur Rachline à d’ores et déjà perdu l’élection ! (rires)

C’est-à-dire ?

Nous considérons que David Rachline et sa liste ne peuvent pas gagner dès le premier tour, donc il y aura un second tour. Et si il y a un second tour, la seule façon qu’à le RN de gagner c’est de se retrouver dans les mêmes conditions qu’en 2014, à savoir une triangulaire. Notre liste s’engage à ce qu’il n’y ait pas de triangulaire avec nous.

En 2014 c’était une quadrangulaire au résultat du premier tour. Et le rassemblement de Gauche mené par Julien Poussin envisage de discuter le maintien ou non de leur liste le cas échéant, avec comme argument le fait de prendre le risque de ne pas avoir de voix d’opposition. Ce n’est pas votre avis ?

Clairement, nous ne participerons pas à une triangulaire, une quadrangulaire ou n’importe quelle autre situation qui permettrait à l’équipe municipale sortante de remporter l’élection. Il faut comprendre une chose : cette équipe est un véritable handicap pour la ville. Tant qu’ils sont là, nous ne parviendrons jamais à endiguer la paupérisation galopante qui est en train de se développer. Il est indispensable que cette équipe cède la place à des gens qui vont enfin mettre en oeuvre une politique de bon sens dans la ville, enfin trouver des solutions pour créer des projets, amener ces projets à être financés par nos partenaires fondamentaux qui sont la CAVEM, le département, la région, l’État, l’Europe. Autant de partenaires avec lesquelles cette équipe est totalement disqualifiée. Voilà pourquoi l’objectif fondamental pour nous est que cette équipe sortante soit sortie.

Que reprochez-vous au maire sortant ?

De mentir au Fréjusiens. Quand l’équipe sortante nous dit qu’elle n’a pas augmenté les impôts et qu’elle a très bien géré la ville, c’est se moquer du monde. Je prends deux exemples. Tout d’abord, la vente des terrains : pendant cinq ans, cette équipe a vendu pour plus de 43 millions d’euros d’actifs immobiliers pour ne rembourser que 16 millions de dette. La différence c’est 27 millions d’euros qui ont été “claqués”, dépensés dans le budget de fonctionnement de la ville. À ce prix, heureusement que la municipalité n’a pas augmenté les impôts ! C’est une aberration totale, et qu’on ne vienne pas me dire que “tout le monde fait la même chose” parce que personne ne vient se glorifier d’avoir vendu – pardonner l’expression – “les bijoux de famille” ! C’est un peu la fable qui parle de la première génération qui construit, la seconde qui consolide et la troisième qui part faire la fête avec la vente des produits familiaux. 

À côté de l’aqueduc romain se construit le “Pôle Enfance”. C’est un partenariat public privé. Ce projet va coûter au constructeur le prix de la construction soit 11 millions d’euros. Jusque là tout va bien. Mais combien cela va coûter aux Fréjusiens ? Près de 20 millions d’euros car nous allons louer ce bâtiment 966000 euros par an pendant 20 ans. C’est ça la bonne gestion de monsieur Rachline : une gestion où on laisse aux générations futures le soin de payer ce que cette équipe sortante a décidé de ne pas payer.

Pareil pour la sécurité. Monsieur Rachline nous dit avoir amélioré la sécurité mais il faut arrêter de se moquer du monde : la sécurité n’a jamais été un problème dans Fréjus. Il y a un sentiment d’insécurité car il y a une paupérisation du centre mais aussi sur Fréjus Plage et un petit peu sur Saint-Aygulf. La solution n’est pas de jouer les matamores ou de placer des caméras partout dans la ville. Les caméras ne servent que si derrière il y a les moyens humains pour endiguer le problème. Or les moyens humains ne sont pas développés. Il faut trente minutes à une équipe municipale pour intervenir à Saint Jean de Cannes, vingt minutes pour Saint-Aygulf. Nous voulons une police municipale qui soit reconcentrée sur ses véritables missions, nous voulons qu’elle retourne dans les quartiers, qu’elle redevienne le lien entre les habitants et les services de la police nationale, et nous voulons surtout qu’elle réprime et poursuive des actes délictueux qui sont insupportables notamment les dépôts sauvages d’ordures aux quatre coins des rues.

Que feriez-vous si vous étiez maire ?

Si on est maire… (rires) voyez c’est le sens de l’équipe ! Si je suis maire, d’abord on commencera par créer des projets. De vrais projets qui vont être accessibles à l’ensemble des subventions qui sont dues à la ville de Fréjus. Pour être clair : Fréjus est la quatrième ville du Var. Aujourd’hui de quoi bénéficie Fréjus de la part du département ? 500 000 euros en 2018 quand Saint-Raphaël a bénéficié d’1.25 millions d’euros sur la même période. De quoi bénéficie Fréjus de la part de la région ? 0 euros. De l’État, pas grand chose non plus hormis les dotations globales de fonctionnement qui ont été versées. Et de la part de l’Europe : 0 euros. Et ce n’est pas du fait qu’il n’y a plus d’argent comme on l’entend souvent. La meilleure preuve est que l’Union Européenne a reconduit l’enveloppe budgétaire accordée aux régions françaises pour la période 2021/2027. Le montant de cette enveloppe est de 26.5 milliards et dans ce cadre-là, la région Sud bénéficie d’une augmentation du budget passant de 3 milliards d’euros à pas loin de 4 milliards. Autant vous dire que pour une ville comme la nôtre, accessible à ce type de financement pour peu que l’on monte des projets éligibles, vous pouvez financer des investissements structurants dont nous avons besoin.

Quel genre de projets ?

On a un problème majeur c’est la fréquentation touristique qui constitue l’une des principales sources économiques de notre ville. Il faut trouver de nouvelles sources de clientèles touristiques. La clientèle estivale ne fonctionne plus et il faut trouver à attirer nos voisins des départements limitrophes. Nous n’avons pas la même richesse culturelle que nos amis de Arles, de Nîmes, de Narbonne notamment au plan de la romanité. Si nous voulons attirer ce nouveau public, la solution est de faire financer la finition des travaux des Arènes qui ne sont pas terminées et pour lesquelles l’équipe sortante n’a strictement rien fait alors que monsieur Rachline était Sénateur du Var. Aussi, créer la structure de musée archéologique dont nous avons absolument besoin pour retrouver ce flux de fréquentation touristique. D’ailleurs ça fonctionne ailleurs : le musée de la Romanité à Nîmes a accueilli 170000 visiteurs sur sa première année d’exploitation.

Mais l’ouverture d’un musée prend du temps.

L’idée n’est pas d’attendre sagement 2028 quand ce musée sortira de terre, mais orienter nos animations, notre communication, l’image de la ville sur le thème de l’Histoire et du Patrimoine, pour permettre demain que l’économie locale immédiate puisse repartir. Ça ne suffira pas, il y a d’autres sujets pour revivifier notre centre ville qui est en train de mourir. C’est un objectif vital pour Fréjus. Il faut faire en sorte tout de suite d’aider le commerce du centre-ville à survivre. Pour l’aider, nous rapatrierons immédiatement tous les fonctionnaires administratifs municipaux dans les six premiers mois de mandat à l’intérieur du centre-ville en attendant la construction d’un centre administratif communal qui pourrait être – c’est une vieille idée défendue par quelqu’un qui m’est cher * – sur la Place Vernet. On a des atouts fondamentaux dans cette ville et ce qui nous fait bondir c’est qu’on ne les utilise pas. On a laissé six ans d’immobilisme, de somnolence, de politique de coût qui ne visait qu’un objectif : faire croire aux Fréjusiens que tout va bien, qu’ils n’avaient pas à s’intéresser à quoique ce soit puisque les impôts n’augmentent pas.

Votre liste est complète ?

La liste n’est pas complète. Depuis neuf mois maintenant je ne cesse d’appeler au rassemblement, non pas sur des étiquettes politiques mais sur des projets. Nous souhaitons un rassemblement de citoyen qui selon notre ADN, vont venir avec leurs idées. Chez nous, nous ne voulons aucun professionnel de la politique, qui butine de scrutin en scrutin et qui se présente à tout, tout le temps, pour tout. La liste reste toujours ouverte aussi car une fois que vous l’arrêtez, vous excluez. Si vous commencez à parler de rassemblement en excluant les uns et les autres, ça n’a aucun sens. La liste sera dévoilée au dernier moment et pendant ce temps nous continuons notre travail d’établissement d’un programme co-construit avec les citoyens, de rencontres auprès des habitants, d’explication et de conviction. Nous sommes certains d’une chose : avec un peu de bon sens, on ne peut qu’y arriver.

Quel message voudriez-vous transmettre aux Fréjusiens ?

Le seul message que j’ai à transmettre est tous ensemble, retrouvons la prospérité de Fréjus. N’ayez pas peur, osez !

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