Rencontrer un passionné n’est jamais un moment ennuyeux. Quand on parle de boxe avec Hervé Chazel, le temps se fige. Président, entraîneur, ce policier de 48 ans semble assez fort pour tenir lui-même les murs du St-Raphaël Sporting Club, dans sa salle Roche un vieux gymnase qui sent la sueur et qui a vu passer de grands champions. La boxe pieds-poings, Hervé Chazel la pratique depuis près de 25 ans. Il y a tout appris ou presque, et prend aujourd’hui énormément de plaisir à transmettre un savoir qui a changé sa perception de l’existence. Pris à part au début d’un entraînement de fin de semaine, le spécialiste s’est livré dans un bel entretien qui redéfinit ce qu’est le dévouement à une passion. 

Hervé, ici on voit clairement que c’est comme une deuxième maison pour vous. Mais vous êtes quoi, exactement ?

Je suis le président du St-Raphaël Sporting Club, Full contact et kickboxing, et aussi l’entraîneur. J’y suis depuis 22 ans. En parallèle de ma carrière dans la police.

La boxe à St-Raphaël est une vieille tradition, et votre club fait partie des structures qui marchent bien.

Ah oui, mon club est l’un des pionniers. Beaucoup de gens, dont des très bons boxeurs, sortent de cette salle. On a tournée, à une époque, à 150-200 licenciés. Ce qui a changé c’est qu’aujourd’hui d’autres clubs sont apparus donc on est autour de 60 licenciés, on se partage avec le club de Badri Rouabbhia qui sort aussi de grands champions et qui continue de grandir toujours plus. Ici c’est un club de copains, on travaille tous ensembles.

Comme c’est un sport de très forte opposition, il y a des rivalités entre les clubs ?

Du tout…Moi je suis bénévole, c’est une association, je ne tire aucune gloire de ça, aucune rémunération, ni moi ni mes gars. C’est une passion, qu’on m’a transmise et que je transmets à mon tour. Tant mieux si les autres réussissent, moi je fais mon truc et si j’y arrive c’est tant mieux, rien de plus.

On voit que les adhérents ont un peu tous les âges, y compris ce soir à l’entraînement. Quand on regarde les plus jeunes on se pose une question : comment ça vient à l’idée, quand on est ado, d’aller pratiquer ce sport dangereux ?

C’est pas qu’il est dangereux, mais il a une mauvaise connotation. C’est surtout un sport à la mode, depuis pas mal de temps déjà mais de plus en plus. Les gens viennent, regardent, se disent « pourquoi pas ? ». J’ai aussi des parents qui m’amènent leurs gosses pour qu’ils soient plus sûrs d’eux, qu’ils apprennent à se défendre. C’est un sport qui transmet le respect, la discipline, un sport où il faut se tenir.

Est-ce que certains viennent avec l’envie d’en découdre ?

Oui c’est arrivé. Mais c’est pas le bon endroit pour ça, et il faut être très sûr de soi. Il y en a qui viennent pour voir s’ils peuvent mettre quelques pastèques, voir s’ils peuvent allumer quelques personnes parce qu’ils se sentent à l’aise, mais c’est un sport où tu trouves toujours plus fort que toi. Se pointer dans ce genre de salle pour ça, c’est une mauvaise idée.

Dans la police il y a beaucoup d’entraînement physique. Cette passion pour ce sport vous est venue de là, ou ça datait d’avant ?

J’ai toujours eu cette passion pour les sports de combat. Quand je travaillais à Marseille, dans un contexte assez difficile on ne va pas se le cacher, j’ai eu l’occasion de rentrer dans une salle, dont je ne suis jamais sorti parce que ça m’a beaucoup apporté, dans mon métier mais aussi dans ma vie d’homme. C’est un plus.

On change complètement, quand on devient boxeur ?

Complètement. En général, c’est dans le bon sens, ça rend humble. Tu sais ce que ça te coûte de t’entraîner, d’atteindre un certain niveau, de monter sur un ring face à quelqu’un en sachant que ce mec-là peut te mettre KO, c’est comme dans une arène, il faut qu’il n’y en ait qu’un seul qui descende sur ses pieds. Mentalement il faut pouvoir le gérer, tu te bats contre quelqu’un, tu prends des coups, tu sais que tu vas avoir mal. C’est très positif, une fois que tu as réussi à intégrer ce genre de trucs. Tu sais que le mec d’en face est aussi préparé que toi, tout ce qu’il a subi c’est la même chose que toi. C’est un sport où il se passe de très belles choses.

La dureté de l’entraînement doit d’ailleurs surprendre les nouveaux venus.

C’est assez rude, oui. Chez nous, on fait une demi-heure d’échauffement, avec de la musculation naturelle, 200 pompes, 400 abdos, minimum, des étirements, et ensuite on enchaîne sur de la technique et sur des rounds pendant 1h30, c’est rude, oui. Mais c’est ce qu’il faut, c’est un sport qui ne pardonne pas. Tu peux aller demander à n’importe quel médecin, il te dira que c’est contre-nature. Tu prends des coups, tu risques la blessure, les fractures, si t’es pas préparé à ce genre de choses c’est un échec assuré. On fait tout pour ne pas envoyer les gens à des blessures certaines, et pour ça il faut les préparer durement.

Et les boxeurs les plus performants, ils ont aussi une routine d’entraînement en dehors de la salle ?

Automatiquement, à côté t’as footing, musculation, d’autres trucs en complément parce que c’est un sport intransigeant qui requiert une préparation tous les jours.

Est-ce qu’il y a des passerelles avec d’autres sports de combat ?

Souvent on a des mecs qui font de l’auto-défense, du krav maga, de l’anglaise, qui viennent chez nous pour travailler le pieds-poings. On a aussi des pratiquants de sports collectifs, rugby, handball, qui viennent pour le travail physique et se forger à prendre des chocs. C’est assez sympa !

Comment on fait, quand on est président/entraîneur, pour annoncer à un licencié qu’il est temps de passer de la théorie à la pratique, et lui proposer de monter sur le ring pour de vrai ?

Il y a deux choses : le niveau, et l’envie. C’est notre rôle de détecter ça. Techniquement et mentalement il faut qu’ils soient prêts à y aller. S’il se fait plaisir en y allant, ça limite les dégâts d’office. Si je pense qu’il est prêt mais qu’il ne veut pas y aller, ça ne sert à rien de le pousser. L’inverse est aussi vrai. Pour les gamins, le light-contact, le même chose avec des coups maîtrisés, leur permet de se tester aussi. Le plus dur chez les gamins, c’est de gérer la défaite. Mais ça s’apprend, c’est un sport individuel, avec une confrontation. C’est très dur de s’entraîner aussi dur et de se faire battre quand même. C’est bien parce que ça te met vraiment les pieds sur Terre.

Qu’est ce que qui vous pousse à continuer la boxe thaï à 48 ans ?

C’est la passion, quand je suis arrivé dans cette salle j’avais une vingtaine d’années, et je savais à peine mettre un pied devant l’autre, devenir ceinture noire c’était un mythe.  Ça m’a pris 8 ans mais j’ai réussi. Au début je ne voulais pas monter sur le ring, mon entraîneur pensait que j’en étais capable, il me fallait un déclic. Il m’a inscrit aux championnats de France, c’était une étape. On prend beaucoup de coups à l’entraînement, je travaillais beaucoup, 4 heures par jour 7/7, avec des spécificités en anglaise, du full-contact, et je me suis retrouvé avec les 12 meilleurs Français, à 33 ans. Et j’ai gagné.

Ici il y a des compétiteurs, qui montent sur le ring.

Oui bien sûr, j’ai des Elite, 4 mecs qui combattent et qui touchent de bourses pour ça, j’ai aussi des combattants en classe B et C. J’ai aussi 3 filles. Mais ici, on s’entraîne rigoureusement, c’est un sport où tu ne peux pas tricher. On ne fait pas de la boxe pour « faire de la boxe », ça va plus loin que ça.

Laisser un commentaire