Aux Escaravatiers, il y a un bonhomme plein de musique dans la tête qui donne tout ce qu’il a depuis ses 22 ans. Sébastien Costamagna en a aujourd’hui 37, et au milieu d’une région où les organisateurs de spectacles passent mais ne restent pas toujours loin s’en faut, lui, il est toujours là, comme un vieux briscard, alors qu’il fait partie des jeunes. Les ficelles, les promoteurs, les arnaques, les coups fourrés, les bonnes affaires, les dates à perte pour l’mage ou les dates tiroir-caisse, il connaît tout ça par cœur. Son crédo c’est de ne jamais se moquer du public ni des artistes, et ça, c’est irremplaçable, puisque c’est sans doute le secret de la longévité. Toujours vivant en 2017 après des saisons en dents de scie, et heureusement quelques belles réussites, l’été sera fun et bigarré à Puget, et ce sera beaucoup grâce à lui. C’est ce qu’on lui a demandé de nous expliquer.

Sébastien, parle-nous de la saison 2016. Est-ce que le bilan général, artistique et financier, est bon?

On a fait une saison plus petite, peut-être un peu moins ambitieuse que ce qu’on avait déjà proposé par le passé. Le football était largement en cause, et puis il y avait  assez peu d’artistes disponibles dans nos créneaux artistiques et financiers à la période du festival. Cette année il n’y a pas de foot, et un peu plus d’artistes disponibles dans nos critères de programmation, donc on propose un peu plus de choses. On a déjà fait plus, en 2014 par exemple, mais on fait les choses bien.

Tu restes sur un format un peu plus court que par le passé ? Moins de boulimie ?

L’expérience et la sagesse, on allait jusqu’à 26 concerts, avant ! On a tous eu peur suite à 2014, on a réduit la voilure. On essayait avant d’avoir une petite réserve pour prendre un risque sur un artiste dont le taux de remplissage n’est pas forcément garanti, le risque est de plus en plus mesuré et calculé, ça nous enlève de la liberté en terme de programmation.

C’est de plus en plus difficile de programmer ?

C’est pas ce que je dis. C’est facile avec des artistes qui remplissent à coup sûr. Mais ça reste compliqué de miser sur des artistes en développement, qui peuvent cartonner dans des festivals en Bretagne ou à Paris, qui ne marchent pas chez nous, mais qui peuvent devenir extrêmement chers dans un laps de temps très court, et là on ne peut plus se les payer.

La saison 2014 très difficile, le crowd-funding, a fait pense que tu allais taper un peu moins haut. Pourtant on constate le contraire.

C’est ce que tout le monde me dit. Mais c’est le fuit du travail des années précédentes. On travaille depuis longtemps, on connaît les tourneurs, les agents, on accueille les artistes en résidence, on va à Paris, le concept d’accueil chez nous plaît beaucoup. Morcheeba va débarquer, c’est tombé tout cru, on nous l’a demandé, comme Skip the Use l’année dernière.

On t’appelle, ça ça a changé depuis le début !

Un petit peu !

Le domaine a-t-il changé ? Les tarifs, la jauge ?

La jauge reste à 1000. Pour les prix des billets, c’est variable en fonction des dates, les artistes, les fiches techniques, on est entre 20 et 36, l’année dernière on était entre 20 et 35. En 2015 on était monté jusqu’à 40 avec Earth Wind and Fire.

Parle-nous de tes coups de cœur de l’année.

Coup de cœur c’est évident, c’est très personnel et c’est presque un problème c’est K’s Choice. J’étais fan absolu, c’est mon adolescence, je les ai déjà vus trois fois en concert mais c’était il y a (un peu dépité)… 20 ans, mais pas chez moi. Mes amis étudiants de l’époque, qui ne sont plus ici mais que je fréquente toujours, vont venir de toute l’Europe, ce sera une grosse fête pour nous. On va se souvenir de nos études à l’école de commerce, je ne savais même pas que j’allais faire ce métier-là, j’avais des rêves plein la tête…20 ans après je me retrouve à les programmer, ça semble improbable, quand je me replonge dans cette époque-là.

K’s Choice c’était un défi personnel ou c’est tombé comme ça ?

On connaissait le tourneur français, avec qui on avait déjà travaillé puisqu’il s’occupe du Peuple de l’Herbe qu’on avait déjà fait en 2012 et qui revient cette année. On m’a dit « K’s Choice, t’es sûr ? C’est la tournée des 25 ans, donne moi un budget on va voir ce qu’on peut faire. » Puis pour des questions de planning c’était compliqué, le tarif aussi, alors pour rester dans nos clous en terme de tarif ils vont nous faire un show acoustique rien que pour nous, parce que Sarah Bettens voulait vraiment découvrir l’endroit. On sera les seuls sur la tournée à avoir cette formule-là, le 23 juin.

Est-ce que tu dois faire face à des jalousies des autres programmateurs, qui se demandent comment tu fais pour avoir des tarifs étudiés, des artistes plus « gros » que ta jauge ?

Je pourrais aussi être jaloux de leurs subventions que je n’ai pas. Chacun joue avec ses armes, il y en a qui jouent avec les subs, ou avec la jauge, moi c’est mon lieu d’accueil et ça coûte cher à entretenir, pour qu’il soit agréable pour le public et les artistes. J’ose encore croire que c’est un métier où l’humain compte, quand on est payé en retard, mal accueilli, on a pas envie de retravailler avec les mêmes personnes et j’imagine qu’avec nous c’est l’inverse. Skip The Use, par exemple, ils ont dit à leur producteur « on arrête, veut faire quelques dates pour se faire plaisir », la dernière date s’est retrouvée chez nous, c’était dans les tarifs qu’ils souhaitaient et qu’on pouvait mettre, il y a eu négociation mais on a trouvé un compromis. Si ça embête un promoteur local, qu’il négocie ses tarifs mieux ! Chacun travaille comme il peut. Les festivals assimilés à l’état, qui ont de très grosses subventions, sont un peu moins regardants sur les cachets. Tout se sait.

La négociation est souvent âpre ?

Non pas ici, parce qu’ici on ne négocie pas, on dit ce qu’on peut faire. Je ne suis pas un très bon négociateur, on envoie nos comptes de production aux agents et ils voient clairement si on peut ou pas. Notre programmation dure deux mois et demi, c’est une autre force. Pour Catherine Ringer j’ai pris un lundi soir, je m’adapte au routing pour des économies de structure. Et puis je ne me fie pas aux envies, à programmer des artistes à un tarif que je ne peux pas me permettre. Il y a une petite marge de négociation, une petite marge de co-production, mais ça s’arrête là. Avec Catherine Ringer on a discuté du prix de vente ensemble, ce sera 32, j’aurais pu la vendre 38. Mais elle n’est pas noyée dans un festival sur la scène 6, elle sera devant les gens, on verra ce qui se passe sur scène, c’est différent.

Tu fais moins en fonction de tes goûts ?

Et bien en fait je n’ai jamais vraiment fait comme ça. Les Congos c’est du reggae, ça m’a été soufflé par Baba notre régisseur général, Maniacx c’est pas trop mon truc, Vadim c’est de l’électro c’est pas ma musique. Il y a des trucs que j’adore, quand même, mais tout n’est pas issu de mes idées.

Tu en choisis personnellement alors qu’artistiquement ça ne te plaît pas ?

Bien sûr, j’ai toujours fonctionné comme ça. K’s Choice parce que j’aime beaucoup, c’est vrai, mais on programme pour les gens, pas pour nous. On est sur un petit rayonnement public, on travaille pour la Cavem et les touristes, on est pluri-disciplinaires, il y a Paris Combo, Féfé, Christophe et le Peuple de l’Herbe, il y a un gap ! Je sais reconnaître la qualité des choses qui ne me plaisent pas, enfin j’espère !

Parle-nous de ces gens qui travaillent avec toi toute l’année.

Olivier Giboin, aka Baba, est un vrai spécialiste du reggae en plus d’être notre régisseur général depuis presque dix ans. Clémence est à la communication depuis 3 ans, Noémie occupe le poste de stagiaire multi-fonction, elle a pris le poste de Fiona qui avait pris son poste à Clémence. Sylvain Salmon nous a quitté cette année mais il est parti pas trop loin, on le verra quand même cette année. Ici les aventures se terminent bien.

On aime venir ici pour boire un coup, manger un truc…les choses évoluent, de ce côté-là ?

On nous a fait la remarque l’an dernier que l’attente au food-truck était longue, on a gardé le burger et le viet, on rajoute Tatie Carotte pour faire du vegan et du végétarien, on l’a testé sur les carnivores récalcitrants et ça fonctionne. On est très contents qu’elle nous rejoigne, elle répond à une enquête de satisfaction de la meilleure des façons.

Quel regard portes-tu sur l’été  2016, avec notamment la gamelle de la Patrouille de l’événement à Fréjus ? Ces gros événements auraient pu te faire du tort, en terme de captation de budget du public, par exemple. Or c’est la façon de travailler diamétralement opposée à la tienne.

Ils ont eu la délicatesse de m’appeler pour m’expliquer ce qu’ils allaient faire, en tous cas. Moi je ne me nourris pas des échecs des autres. Je reste l’un des plus vieux, maintenant, hormis les Nuits du Sud et les Nuits Blanches. Nous aussi on s’est gamellés, puis on s’est gavés. Le succès c’est compliqué à maintenir. Quand on veut créer un événement de toute pièce sur une grande échelle, c’est très dur, les gens n’ont pas l’habitude, on l’a vécu avec le Puget Live, qu’on a arrêté parce que pour les élus ça n’allait pas assez vite. Johnny a rempli son contrat, normalement ça fait 6000.

Mais médiatiquement il a pris toute la place.

Fait intelligemment il y a de la place pour tout le monde. On ne peut pas venir sur le territoire en expliquant qu’on est le plus fort, ils n’ont pas fait ça. Quand j’ai commencé, le seul qui m’a appelé c’est Jean Guy des Nuits Blanches. Je lui ai dit « moi je fais ça », il m’a dit « moi je fais ça ».  Et tout va bien, on invite les Panda, les Nuits Carrées, etc…à faire des brunchs chez nous.  Le terrain est tendu, il faut montrer patte blanche parce qu’on doit tous co-exister. La Patrouille a fait tout ça, ils ont sur-dimensionné leur événement, c’est tout. Aménager un lieu qui n’est pas fait pour, la commission de sécurité, les surcoûts imprévus…ils auraient pu le faire différemment., et mettre de l’argent de côté en remplissant les arènes, par exemple. Dans ce métier, il faut mettre de côté pour les coups durs, le 14 juillet j’étais parti pour une saison acceptable, et on a fait une saison zéro après les attentats, mais on l’a faite et c’est déjà bien. Certains confrères ont morflé bien plus.

C’est toujours Pan Pot qui assure la technique ?

Depuis des années. On n’a pas un volume assez gros pour avoir du matos à demeure, et puis l’exigence des fiches techniques ne fait que monter, et s’adapte à l’évolution du matériel. On le loue, Pan Pot répond parfaitement aux riders des artistes, chaque date ça change. On trouve des arrangements, si ça les arrange de laisser des choses chez moi je le garde, mais pourvu qu’ils ne me fassent pas payer si je ne m’en sers pas (rires) !

Tu es plutôt serein, la saison devrait être bonne !

On vend bien pour l’instant, on n’a pas encore commencé les exploitations, mais sans te faire une grande leçon de mathématiques on a déjà comblé 50% du break, donc c’est bien parti.

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