Bah Alors ?

Italie - RFA, 1970, Mexico : le match du siècle

17 avril 2020

Nous sommes le 17 juin 1970, au stade Aztèque, à Mexico, dans lequel se pressent 100000 spectateurs. Dans quelques minutes, la demi-finale de cette neuvième édition de la coupe du Monde va opposer l’Italie et la RFA, c’est-à-dire le champion d’Europe en titre et le finaliste de l’édition précédente. Deux nations déjà titrées vont se disputer le privilège d’affronter le fabuleux Brésil de Pelé, Jaïrzinho et autres Tostao. Un demi-siècle plus tard, ce match est toujours tenu par les érudits du foot pour le meilleur du siècle.

 

Comment chacune des deux équipes en est-elle arrivée là ? Tranquillement, jusqu’à la dernière étape - exclusivement. Il est vrai qu’il s’agit de deux superpuissances du foot européen et donc mondial, y trustant toutes les récompenses : le Ballon d’Or en titre, comme son dauphin, est italien - Gianni Rivera et Gigi Riva - tandis que le troisième est allemand - Gerd Müller. Celui-ci est le Soulier d’Or 1970, avec 38 buts, ainsi que le meilleur buteur des éliminatoires, avec 9 réalisations, devant, tiens, tiens, Riva avec 7 buts. Ce sont donc deux prétendantes  à la couronne suprême qui ont posé le pied sur le sol mexicain il y a un mois.

 

L’amusant est que chacune aura été conforme à sa caricature au premier tour. L’Italie n’a marqué qu’un but en trois matches, mais s’est qualifiée cependant - n’en ayant encaissé aucun. À l’inverse, la RFA, contre de faibles adversaires, a quand même joué “portes de saloon” : quatre buts encaissés. Aucune importance : elle en a marqué dix.


Dans une certaine mesure, les quarts de finale confirment cette orientation : l’Italie déchaînée désosse le pays organisateur, et la RFA survoltée renverse la table au terme d’un match épique - déjà - et élimine le tenant du titre. Ce 17 juin voit donc une opposition de styles, et aussi, subséquemment, de tactiques : la Squadra en est déjà au 4-3-3 de 1974, la Mannschaft, encore au 4-2-4 de 1966.

 

L’Italie ouvre la marque par Boninsegna dès la 8e minute et, inévitablement, verrouille tout à double tour. Le confinement avant l’heure. La RFA accentue sa pression, sans autre résultat qu’une luxation de l’épaule de Beckenbauer. Héroïque, le Kaiser jouera la fin du match le bras bandé. À la dernière minute du temps réglementaire, Grabowski déborde, effectue un centre qui lobe Müller mais trouve Schnellinger, monté aux avant-postes - pour la première fois de sa vie - et qui, de façon aussi peu académique qu’efficace, propulse le ballon au fond des filets. Prolongation.

 

Celle-ci sera dingue. D’emblée, Müller se faufile dans une arrière-garde italienne encore sonnée. Burgnich - autre défenseur de devoir - égalise. Et Riva redonne derechef l’avantage à la Squadra, suite à un crochet foudroyant. Mi-temps. Est-ce fini ? Que non pas.

 

Müller, infernal et intenable, égalise : c’est son 10ème but du tournoi. Sur l’engagement, Boninsegna, galvanisé et révolté, déborde sur la gauche et adresse un centre en retrait admirable pour le plat du pied de Rivera - entré en jeu à la place de Mazzola. La justice distributive a délivré son verdict : contre-nature, la Squadra aura su attaquer, alors que la Mannschaft n’aura pas su défendre. La légende aura un épilogue : quatre jours plus tard, Pelé et le Brésil désintègrent en finale l’Italie. Tout est bien.

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