Bah Alors ?

"The knick " : l'âge d'or de la médecine

17 avril 2020

À Loulou,

 

Nul besoin, comme l’auteur de ces lignes, d’avoir une amie étudiante en médecine pour savoir, ou à tout le moins pressentir, qu’il s’agit de la filière la plus éprouvante de toute l’Université française. Pas seulement la plus exigeante intellectuellement, et, ajouterais-je, physiquement : à cette aune, Polytechnique et Sciences Po doivent probablement rivaliser. Mais il existe en médecine une dimension supplémentaire : il n’y suffit pas d’avoir la tête bien faite et bien pleine, il faut par surcroît avoir le coeur bien accroché.

 

En effet, ces tous jeunes gens - sortant à peine du bac, veillons à ne pas l’oublier - sont confrontés à ce qu’il y a de pire dans l’existence humaine : le malheur, la souffrance, le dénuement, la misère - physique et morale - , la maladie et la mort. Expérience à la fois terrible et fondamentale, douloureuse et existentielle. L’on ne choisit pas de telles études sous le - trop mince - prétexte que l’on est bon en maths.

 

Pourtant, la médecine en 2020 - si l’on excepte les dernières semaines, par trop particulières - est un lit de roses comparée à ce qu’elle était en 1900. Le premier, et principal atout de “The Knick”, celui par lequel cette série se distingue de ses concurrentes conformistes et ronronnantes se déroulant en milieu médical, c’est d’être située en cet âge d’or héroïque et terrible.

 

À New York en 1900, donc, The Knickerbocker - surnommé par tout le monde “The Knick”, est un grand hôpital, en proie cependant à de lourdes difficultés financières, causées pour l’essentiel par sa situation géographique, pas assez chic - engendrant une clientèle de même niveau social. Il dépend donc fortement d’un mécène, qui se fait représenter par sa fille au conseil d’administration - source de tensions dans l’Amérique patriarcale de 1900 -, occasionnant des frictions entre la direction administrative et la direction médicale.

 

La série commence par un véritable uppercut : le suicide du chirurgien en chef, Julius Christiansen. Il était le mentor, le patron et l’ami de John Thackeray (Clive Owen) : celui-ci sera le véritable héros - à juste titre, tant ce workaholic cocaïnomane est charismatique. Succédant à Christiansen, il accueille d’abord avec réticence le docteur Algernon Edwards, car celui-ci est noir, et John a d’autres chats à fouetter que de mener une croisade libérale. Mais Edwards, qui a étudié et exercé en Europe, est d’un brio exceptionnel, critère qui pour Thackeray surclasse tous les autres.

 

Le sujet central de “The Knick” est donc la libido sciendi - ou érotique du savoir -, qui mène Thackeray au bord de la rupture - et même au-delà. Le prix à payer est exorbitant, mais la récompense en vaut la peine : en effet, l’espérance de vie aura augmenté de manière exponentielle au cours de  cette époque. Rien à voir donc avec la nôtre, dont tout diffère, sauf ce point, unique et décisif, que les événements récents nous aurons rappelé avec une crudité cruelle : décidément, la médecine n’est pas une profession - ni même une vocation - comme les autres.

 

Thierry Saunier

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