Bah Alors ?

AIN’T NOBODY F*CKING WITH MY CLARKS

18 avril 2020
de Djamel Berbar

 

            Monument de la chaussure confort, la marque britannique Clarks et sa très célèbre Wallabee a traversé toutes les époques sans prendre une ride. Chaussures-phare des années 90, cette paire en suède revient sur les devants de la scène, devenant ainsi un must have des garde-robes 30 ans après.

 

           

Une affaire de famille

 

 

Fondée en 1825 en Grande Bretagne, Clarks est l’une des plus anciennes marques de chaussures. Pensée par les frères Clark, issus de la communauté Quakers (ndlr. Communauté religieuse puisant ses sources du christianisme et de l’église anglicane), le premier modèle de Clarks était des chaussons conçus grâce à des chutes de peau de mouton. Véritable révolution à l’époque, le savoir-faire des frères Clarks était salué et reconnu, permettant ainsi au Clarks de vendre une grande quantité de modèles. La marque sera reprise par William Clark, fils d’un des fondateurs, et modernisera la firme. Clarks devient progressivement une référence et s’exporte à travers le monde. Valeur sûre de la chaussures (veuillez noter la rime), la marque prendra un tournant décisif durant le XXème siècle. Nathan, arrière-petit-fils de Clark, alors au service de l’armée britannique durant la Seconde Guerre Mondiale, sera subjugué par la chaussure semi-montante des officiers égyptiens, lors d’une campagne en Afrique du Nord. Elles ressemblent à des derbies, souvent faites de cuir de veau retourné (qu’on appelle communément suède), paraissant à la fois légères et confortables. C’est ainsi qu’il décide en rentrant au pays de concevoir un modèle similaire. C’est ainsi que la célèbre Desert Boots est née. Cette paire deviendra un best-seller de la marque, elles se vendent aussi bien en Grande-Bretagne qu’en France, ou en Italie. Popularisée par les Mods, la Desert Boot symbolise les années 50. Le frère de Nathan, Lance Clarks, décide-lui aussi de concevoir une paire de chaussures et imagine une paire de mocassins en y ajoutant une semelles crêpe. Fortement inspiré par la Grasshopper, une chaussure allemande, Lance Clark lance la Wallabee.

 

Wallabee, monument pop culture ?

 

 

Nous sommes dans les années 70 lorsque ce modèle de Clarks connaît un franc succès. Fortement appréciée par la communauté jamaïcaine et caribéenne vivant au Royaume-Uni, la Wallabee est au départ un code vestimentaire proche de la mouvance reggae et dancehall. Les plus grands symboles de ces deux styles de musique s’approprient la Wallabee. Elle fait figure de chic, de classe mais également de confort, à l’époque, il était relativement difficile de concilier le confort et la classe. Cependant, la marque connaît une crise durant les années 80, et le succès se ternit avant une renaissance presque inattendue.

 

En 1990, un groupe de hip-hop émerge de la scène New Yorkaise et fascine par son innovation dans ce genre en vogue dans les milieux underground. Wu-Tang Clan sort son premier disque, véritable bijou de la musique contemporaine, au passage. Enter the 36 Chamber est une institution pour tout fan d’hip hop qui se respecte un minimum. Débarquant avec une identité musicale nouvelle, les neuf gaillards imposent également un style vestimentaire qui inspire toute une génération. Les New Yorkais n'hésitent pas à s’afficher fièrement avec des chaussures que plus personne ne porte. Ghostface Killah se présente même comme l’ambassadeur de cette paire. Sur la pochette de son premier album solo, Ironman, Ghostface est dans une boutique Clarks en compagnie de Raekwon et Cappadonna. L’une de ses compilations se nommera d’ailleurs « The Wallabee Champ » en hommage à cette paire qui lui colle aux pieds. Cela va de soi pour Method Man, qui ne se lasse pas du chaussier anglais, en lâchant ses plus belles rimes en citant la mythique paire et en proposant des gros plans sur ses clips. Qui eut cru qu’une paire aussi classique deviendrait un symbole du streetwear ? En Angleterre, ce sera la jeunesse Britpop qui feront de Clarks, une référence. Il est difficile d’imaginer les frères Gallagher ou Damon Albarn sans sa paire en suède. Il suffit de se pencher sur la pochette d’Urban Hymn du groupe The Verve, pour constater que la Wallabee fait figure de proue. Puis, comment Richard Ashcroft aurait pu marché pour le clip mythique « Bitter Sweet Symphony ».

 

 

LONG. LIVE. CLARKS.

 

 

La mode connaît l’un de ses plus gros revivals des années 90 et nous l’avons vu tout au long du magazine. Le retour des coupes plus amples, des couleurs fluo, des paires de sneakers vintage : tout revient, donc il fallait forcément s’attendre au retour de la Wallabee. Désormais à un prix relativement plus excessif que par le passé (misé plus de 150 euros minimum), la chaussure garde pourtant la même allure d’antan. Déjà en 2016, le créateur américain Alexander Wang revisitait la Wallabee en semi-montante. Ce sera la marque américaine Supreme qui proposera successivement des collaborations avec la marque britannique, permettant au jeune public d’avoir accès à cette paire de façon originale (motifs, en tissu Gore Tex, coloris alternatifs aux classiques noirs et beiges). Stussy suivra son rival en proposant également sa collaboration avec la célèbre paire de mocassins anglaise, puis Carhartt, Patta ou encore OVO, la marque de Drake (lui même un adepte convaincu). Le Wu-Tang Clan, fan inconditionnel comme nous avons pu le voir auparavant, a également eu le droit à son featuring avec Clarks. En bref, la mythique Wallabee est bel et bien de retour et ce n’est pas pour nous déplaire puisqu’il s’agit d’une paire des plus confortables, qui n’est pas difficile à habiller. Et puis pour les adeptes de la pop culture, on ne peut penser qu’à Walter White, personnage-clé de la série à succès Breaking Bad, portant cette paire iconic.

 

 

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