Bah Alors ?

Les éternels

02 mai 2020
de Thierry Saunier

Zhang Yimou, cinéaste multi-récompensé (deux Lions d’Or à Venise, un Ours d’Or à Berlin, un Grand Prix du Jury à Cannes) a emblématisé mieux que quiconque l’avènement du cinéma chinois sur la mappemonde de la cinéphilie globalisée à la fin du XXème siècle. Jia ZhangKhe, qui appartient à la génération suivante, représente nolens volens lui aussi le cinéaste chinois persona grata dans la sphère de l’art et essai, depuis le festival de Cannes jusqu’au cinéma de Fréjus. Précisément, son nouveau film, qui à Cannes 2018 s’intitulait « Ash is the purest white », sort ces jours-ci au Vox sous le titre francisé « Les éternels ». 

 

Le plus grand atout de Jia, comme sans doute avant lui de Zhang, c’est la Chine : ce pays grand comme un continent et méconnu comme une planète exotique, à la démographie prodigieuse et dont l’économie est en plein essor, inquiète, intrigue et finalement, quoi qu’on en aie, fascine. C’est pourquoi tout film en provenance de Pékin, comme récemment le beau polar de Dong Yue « Une pluie sans fin », bénéficie de ce seul fait d’une inestimable valeur ajoutée.

 

Selon la formule déjà expérimentée avec succès dans « Au-delà des montagnes », Jia Zhang- Ke suit sur la longue durée un couple cabossé : ce découpage ambitieux, sinon très original, nous rappelle ainsi qu’il y a plusieurs Chine(s), et qu’elles sont peut-être, subtilement, plus complémentaires que contradictoires. La première partie nous montre en effet, en 2001, Qiao amoureuse de Bin, un petit chef de la pègre - et sous sa coupe. Mais, deux décennies plus tard, Qiao a fait son trou dans ce monde interlope, quand Bin, mutilé et handicapé, a payé le prix fort de la loi du milieu : c’est donc à son tour d’être en état de dépendance vis-à-vis d’elle. Ce film sans complaisance allie, c’est son charme, la fragrance obsédante d’une belle et  longue histoire d’amour à la satire du syndicat du crime, qui est peut-être le prix cruel que doit payer la Chine pour accéder à la modernité tant désirée.                                        



 « Les éternels », de Zia JhangKhe.

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