Bah Alors ?

MANCHESTER BY THE SEA

02 mai 2020
de Thierry Saunier

La chute du tyran, sous toutes les latitudes et dans tous les domaines, est toujours synonyme d’un souffle nouveau de liberté recouvrée. Mais la durée d’icelle, une heure, un jour, un mois, un an ou une décennie, est subordonnée à mille facteurs aléatoires. José Mourinho était (est toujours), nul n’en disconviendra, un satrape de la pire espèce, impitoyable à quiconque contest(er)ait son pouvoir et inapte à la moindre remise en cause - sans même parler d’autocritique – mais fort heureusement circonscrit au tendre encorbellement du foot. Circonstance aggravante : il a toujours défendu et illustré un jeu défensif, stérile et bétonné, basé sur la condition physique et la solidarité de ses joueurs, même durant ses plus belles victoires – car, soyons juste, il possède d’ores et déjà un palmarès exceptionnel. Bref, il est le contraire en toutes choses (sauf en ego) de son ennemi intime Pep Guardiola (cf. Bah alors octobre 2017).

Or, son style de management, usant et même épuisant – pour lui, pour ses joueurs, pour le public même – aura eu, dans son dernier avatar, un épilogue prévisible, inévitable et désastreux, avec son licenciement de Manchester United le 18 décembre 2018. Son bilan, en cette troisième année d’exercice, qu’il aura, dans chacun de ses clubs, rarement dépassée, et jamais réussie, chez les Red Devils était en effet proprement lamentable : sixième au classement, à huit points des plus faibles de ses concurrents directs. Eu égard à l’effectif mis à sa disposition, il était avéré que José non seulement n’était pas - ou plus - la solution, mais qu’il était devenu la majeure partie du problème. 

 

C’est un coach inexpérimenté, le norvégien Ole Gunnar Solskjaer, une légende du club, qui lui a succédé, remportant pas moins de huit victoires consécutives depuis son intronisation. Certes, six d’entre elles auront été obtenues contre des clubs qui ne sont pas de taille à lutter avec Manchester, mais précisément ce sont ces équipes qui posaient d’insurmontables problèmes à son prédécesseur. Inhibés, infantilisés et déresponsabilisés sous José, les mêmes joueurs se sont avérés décomplexés, libérés et créatifs sous Ole Gunnar. Ce mode de fonctionnement autocratique est, espérons-le, suranné et obsolète. 

Mais il y a autre chose. L’ADN historique des clubs est, c’est mon credo, décisif. Or, la signature de Manchester United au travers des époques, les plus glorieuses comme les autres, a toujours été l’offensive à tout crin. Même lorsqu’Alex Ferguson, le légendaire entraineur multi-titré (treize fois champion avec MU !!), estimait, le plus souvent à bon escient, qu’il fallait temporiser, les tribunes des supporters lui répondaient par un conseil, presque un ordre, dénué de la moindre équivoque : « Attack ! Attack ! Attack ! » Traduction superflue, isn’t it ?     

                                           

Manchester United affrontera, si vous l’ignorez que faites-vous donc à lire cette page ? le Paris Saint-Germain en huitièmes de finale de la Ligue des champions les 12 février et 6 mars prochains. Contre l’armada parisienne, pas sûr que ce work in progress ne suffise. Mais il y aura match, et Manchester correspondra à son ADN éternel. Deux bonnes nouvelles, en somme. 

   

   Thierry Saunier

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