Bah Alors ?

LE PATRON DU STYLE

03 mai 2020
de Yoan Villars

Vous êtes déjà allé faire un tour à Shibuya ? On n’est pas en train de vous parler du quartier le plus busy de Tokyo-to, mais bien d’un shop au coeur du centre de Saint-Raphaël. Véritable poumon de modernité, vous sortez généralement de Shibuya avec un surplus non négligeable dans le domaine de la dégaine. Le look, l’apparence, Serge en maîtrise les codes et les subtilités. Depuis maintenant 8 ans, il élève les codes du streetwear sur la Côte d’Azur en ne proposant qu’une sélection ultra pointue de t-shirts, vestes, casquettes et paires de pompes triées sur le volet. La première fois que vous y mettrez les pieds, vous n’allez probablement pas tout comprendre. Et c’est justement ça, le truc. Le patron est souvent en amont des tendances, des couleurs et des saisons. Il prône la découverte, la bonne humeur, l’ouverture d’esprit, mais aussi la qualité. Shibuya vous donne envie d’acheter moins, mais d’acheter mieux. Pour un numéro dédié au style, on ne pouvait tout simplement pas passer à côté de cette interview.

 

#1 Yo Serge ! Comment va ? Est-ce que tu peux expliquer en quelques mots la philosophie de ta boutique ?

 

Bien et toi ? Enfant, ayant grandi dans les années 90, j'ai toujours affectionné les contre-cultures, qu'elles soient musicales, culturelles et même sportives. J’essaye de transmettre ça ici.

 

#2 T’es clairement pas un shop traditionnel. T’es présent sur tous les réseaux, tu expédies dans la France entière, tu fais des shooting photos maison, de la vidéo. T’as une identité visuelle ultra marquée, presque similaire à celle d’un média un peu underground. C’est quoi tes influences ? 

 

Du coup skate, basket, hip-hop, punk, etc… Le shop c'est le fruit de ses influences, de cette mentalité. On cherche d’abord à proposer une alternative au mass market. Quelque chose de plus typé. On est là pour stimuler la curiosité et provoquer le coup de coeur du client. Échanger avec lui sur les modèles, parler des marques, et présenter leur background.

 

#3 Question qui aurait pu être un sujet de philo au BAC : c’est quoi le style pour toi ?

 

Le style c'est avant tout le reflet de son âme ! Haha ! Je veux dire le style ça reste subjectif. Pour moi la clé c'est de s'assumer, de connaître certains codes, et surtout savoir se les approprier. C’est très proche du charisme, dans le sens où il se dégage d’abord de toi-même.

 

#4 Arrête-moi si je me trompe, mais j’ai l’impression qu’on est face à un gros gros revival des 90’s. Je retrouve sur la jeunesse des motifs que j’avais plus vus depuis 20 ans. Comment tu expliques ça ?

 

Oui bien vu. Nineties are back ! La mode reste un cycle, la différence c'est que les motifs et les coupes reviennent, mais réadaptés à notre époque. La nostalgie est une des raisons de ce retour, mais aussi parce que les codes changent. Par exemple les pantalons skinny et les slims, ça fait près de 10 ans qu'ils sont là. La mode en a marre, alors elle influe le retour de coupes larges.

 

#5 On parle beaucoup d’esthétisme dans la mode, mais aussi dans le streetwear. On sait qu’aujourd’hui, on ne porte plus simplement un t-shirt. On porte une matière, une marque, un état d’esprit, ou bien un motif qui nous évoque parfois un truc plus profond. Mais que reste-t-il du côté utilitaire des fringues ?

 

L'aspect utilitaire revient au coeur du produit, du textile même. Comme le retour du style 90’s, il y a le retour de ce qu’on appelle l’outdoor, ce qui veut dire extérieur. Donc on parle de vêtements taillés pour la vie et la survie dans les éléments. Le côté technique est donc fortement associé, car aujourd'hui on demande à nos produits de savoir s'adapter à nos besoins. Ici, le besoin c’est de reconnecter avec les grands espaces. Déconnecter un peu, alors on prend des fringues robustes qui nous évoquent ça. Dans nos sociétés digitales, le textile doit évoluer avec nous.

 

#6 L’un des trucs qui fracasse vraiment chez toi, c’est ce mur de sneakers qui orne toute une partie de la boutique. En quelques années les baskets ont énormément évolué en termes de look, mais aussi en termes de matériaux. Tu peux me parler des dernières tendances ? 

 

Pour la sneaker, tout comme le retour des coupes larges dans le textile, les chaussures sont plus larges. Plus fat ! Pour les mêmes raisons, d'ailleurs l'association de dad shoes avec un futal slim est une erreur en termes de proportions. Les deux se complètent pourtant ! D’ailleurs back in the day, les pants étaient larges, mais ils recouvraient aussi la sneaker. L’update vient du fait que l'on porte un pant plus large mais en crop, c'est à dire cheville apparente. Comme ça on peut enfin voir la chaussure. À noter sous peu le retour de paires dites « tiges hautes ». En gros qui remontent un peu sur la cheville. Adidas relance la Americana, une preuve de plus de ce retour.

 

#7 Tiens, juste par curiosité, tu peux me parler des marques qui te font tripper en ce moment ?

 

Ouais ! D’abord Rip N Dip pour leur coté ignorant. Leur aspect we don't give a fuck me plaît bien. Stussy de par son ADN (un des pionniers du streetwear) a su rester inclusif, au contraire de certains. Il y a aussi Avnier qui pose un parti pris progressif, de l'audace dans les coupes, mais aussi dans ses collaborations (comme celle avec Salomon). Dans la sneaker, je recommande Veja pour un côté plus casual, avec un leitmotiv conscient, sensible au monde et à son changement. Il y a aussi New balance pour la qualité et l'intemporalité de leurs paires. En fait, il y en a trop pour toutes les citer ! Haha ! Follow us on IG et venez échanger avec nous directement en boutique pour creuser tout ça.

 

Merci Serge ! Beaucoup pensent qu’il faut forcément monter à Lyon ou à Paris pour choper des belles pièces, et t’es la preuve du contraire.

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