Bah Alors ?

TENDANCES MÉCANIQUES

03 mai 2020
de Yoan Villars

Parfois, le style ne se limite pas à une simple démarche, quelques belles sapes et une paire de pompes clinquantes. Il y a aussi le véhicule dans lequel vous entrez, la bécane que vous enfourchez. Ce n’est plus juste un moyen de transport. Pour certains, elle fait presque partie d’une panoplie. En marge du salon de la moto, à Fréjus, on a fait un point sur l’esthétique dans le monde des deux roues avec Sam Dahou, pilier historique de la concession Honda Moto.

 

#1 Salut Sam ! Dis-moi, qu’est-ce que tu penses du fait qu’il y a de plus en plus de gens qui achètent des motos en se basant sur la valeur esthétique ? Est-ce que l’attrait des courbes a dépassé celui des performances ?

 

C’est une réalité, ne serait-ce que pour une raison : avec la répression, on ne peut plus rouler vite. Donc en partant de là, il faut trouver un autre attrait à la moto, en plus des avantages historiques, et de la liberté. Et tant qu’à faire, si jamais le côté esthétique se marie bien avec l’esprit du conducteur, ça va faire un complément. Après il faut aussi reconnaître que le deux roues motorisé, c’est 3% du parc roulant en France, donc rouler en deux roues, c’est déjà fatalement se démarquer.

 

#2 Moi ce que je constate, c’est qu’on est dans une génération Instagram, réseaux sociaux, très axée sur le paraître… Tu ne trouves pas ça un peu triste qu’entre ça, mais aussi la répression dont tu parlais, les performances deviennent presque secondaires pour le public généraliste ?

 

De toute façon les performances ont tellement évolué qu’avec un 125cc, on est facilement au-dessus des vitesses autorisées sur autoroutes. Donc acheter une moto uniquement pour ses performances, sachant que personne ne devrait légalement les exploiter, ça ne servirait que peu. Sauf bien sûr, pour le côté pratique des deux roues. Éviter l’encombrement, les bouchons, sans oublier le plaisir !

 

#3 Pour répondre à ça, est-ce que les constructeurs eux-mêmes délaissent un peu l’aspect mécanique ?

 

Non pas du tout, les innovations sont là. Mais il faut le dire, les gens sont de moins en moins passionnés, ni même férus de mécanique. Ils sont souvent complètement dépassés, ils ne mettront jamais les mains dedans. Et quand bien même ils le voudraient, c’est bardé d’électroniques. Dans une société de plus en plus assistée, on leur demande, entre guillemets, de ne rien toucher du tout. Donc l’aspect technique, sauf pour ceux qui achètent des véhicules très typés (ou des hypersportives), ne compte pas plus que ça. Pourtant, à côté, la technologie avance à grands pas. Mais à la limite, c’est le marteau et l’enclume pour écraser la mouche ! Beaucoup de gens n’ont pas besoin de toutes ces choses, même s’ils sont généralement très contents de les avoir. 

 

#4 Pourtant toutes ces améliorations sont bien là. Les motos 500 ou 1000cc sont-elles plus agréables à conduire qu’il y a 5 ans ?

 

Largement ! 

 

 

#5 Y’a un truc en tout cas qui ne se perd pas, c’est la tendance à préparer des motos. Je pense à tous ces mecs qui mettent les mains dans le cambouis pour préparer de vieilles bécanes, en leur donnant des styles à la fois uniques, mais aussi un peu rétro. Est-ce que l’industrie a essayé de se brancher sur ce mouvement, ou pas du tout ?

 

Les constructeurs (du moins les plus gros) ne sont pas vraiment intéressés par ce marché. Quand on voit que Honda vend 20 millions de motos par an, un tel marché de niche leur est tout à fait dérisoire. Maintenant, si cette tendance s’inscrit dans une politique à long terme, et qu’elle peut engendrer une gamme complète comme le Néo Sport Café, il y a peut-être quelque chose qui deviendra intéressant pour eux. 

 

#6 C’est quoi le Néo Sport Café ?

 

En gros c’est une sorte de remake, de ce qui se faisait de manière artisanale dans les années 70, où on surnommait « café racer » une moto traditionnelle transformée pour la rendre un petit peu plus sportive, dans le seul but de faire la course d’un café à un autre. On garde cet esprit, mais on injecte toute la technologie actuelle. Ils ont décliné la gamme sur un 1000, y’a même un 1100, un 650, un 125, un 300… Maintenant, tout le monde ne s’engouffre pas dans cette branche, mais seulement Honda, qui a bâti sa réputation et sa carrière sur ses anciennes motos, comme la fameuse quatre pattes ! Le premier constructeur mondial est forcément plus enclin à profiter de cette niche. 

 

#7 Là je vois que vous présentez le Monkey sur le salon, qui est une sorte de Dax sous stéroïdes, avec un look très très old-school. Il y a aussi le scooter Cube, dont les traits empruntent énormément au style rétro-futuriste… Tout ça, ça s’inscrit aussi dans la même démarche ?

 

Exactement. Il y a aussi une envie de fidéliser le client avec des gammes évolutives, un jeune peut prendre le 125. Puis quand il sera plus âgé, il achètera le 300cc quelques années plus tard, et ainsi de suite.

 

#8 En étant dans le côté rétro, et avec la nostalgie de certaines lignes mythiques, pourquoi Honda ne se remet pas à faire des Dax ? Je n’ai jamais compris.

 

Il y a des raisons économiques d’abord. Les normes antipollution, les normes sonores ne sont plus les mêmes. Et en ce qui concerne le look, le marché national est insignifiant. L’Europe pour Honda, c’est 3% du volume des ventes. Donc ce qui se vend bien en France et en Europe, n’est pas forcément le reflet de ce qui se passe à l’international. Le Cub par exemple, est le deux roues le plus vendu dans le monde. Il cartonne dans les marchés émergents, en Asie, Afrique ou Amérique du Sud, où il se vend parfois plus de scooters et motos, que chez nous de voitures. Ce sont des quantités faramineuses. Donc si le Dax ne se vend pas ailleurs, y’a peu de chances qu’on le retrouve chez nous.

 

#9 D’accord ! Écoute, c’est bien triste. Comment on fait du coup si on veut avoir un Dax ?

 

Il faut en voler un.

 

Parfait ! Merci beaucoup pour tes précieux conseils.

 

Partager