Bah Alors ?

ET MAINTENANT… QUOI ?

13 mai 2020
de Alternatiba Estérel Côte d'Azur

À l’heure où le déconfinement se profile et s’organise nous nous demandons tous où tout cela va mener le monde…

 

Dans l’immédiat : une reprise du travail et de la vie économique, de notre vie sociale bientôt… ou d’un reconfinement peut-être?

Plus tard : Un statu quo insupportable, une accélération horrifique ? Ou un changement de paradigme ?

 

Au cours du confinement nous avons tous pu constater diverses tendances, peut-être même en notre for intérieur… des pics d’espoirs terrassés par des abysses de désespérance. Notre foi en l’humanité n’a jamais été aussi haute et aussi basse que maintenant.
 

Je suis Johanne d’Alternatiba Estérel Côte d’Azur et j’écris ces lignes aujourd’hui, mue d’un besoin de nous relier, de nous rassembler pour faire face à la crise écologique. Si vous lisez régulièrement Bah Alors, vous connaissez déjà Alternatiba ECA. Sinon, nous sommes une association qui oeuvre pour une transition écologique digne de ce nom sur le territoire de la CAVEM.
 

Si cette période de confinement et ce virus vous ont fait prendre conscience de l’importance de protéger la Nature et la planète pour elle-même mais aussi pour le bien de l’humanité, plusieurs choses sont susceptibles de se passer dans votre tête en cet instant.
Nous les connaissons. Cette prise de conscience, nous l’avons tous eue au sein de notre asso, il y a quelques mois ou quelques années.

 

Je suis allée interroger mes amis du staff d’Alternatiba à la recherche de conseils et de témoignages que j’ai ajoutés aux miens pour vous guider dans le tourbillon de pensées, d’espoirs, et sans doute de peurs qui se bousculent peut-être dans votre tête.


# Je ressens de l’angoisse à l’idée de l’urgence écologique

 

Tu n’es pas seul•e. Ce phénomène a même un nom : l’éco-anxiété ou solastalgie
Mais bien sûr l’éco-anxiété ne se limite pas à de l’angoisse. Tu peux ressentir de la colère, de la tristesse, de l’impuissance, une peur de l’avenir, un sentiment d’urgence, de ne pas pouvoir tenir en place, un besoin de t’exprimer sans pouvoir être entendu•e, un sentiment de décalage entre toi et la société…

 

Autrice d’une enquête sur l’éco-anxiété 1 menée entre septembre et octobre 2019 auprès de 1264 participants, Charline Schmerber, psychothérapeute, a identifié trois principales sources d’inquiétude qui apparaissent clairement : l’érosion de la biodiversité, les ressources en eau (quantité et qualité), et le réchauffement climatique. Mais cela ne se limite pas à ça. Peut-être as-tu croisé le chemin des termes “effondrement”, ou "collapsologie" , qui théorisent la fin de notre société à cause d'événements écologiques, politiques, sanitaires, économiques ou sociaux qui s’enchaînent dans un effet boule de neige.

 

Ces sentiments sont logiques. Ils mènent à se poser des questions et conduisent à des comportements comme

  • la compensation par d’autres choses

  • la paralysie

  • le besoin d’agir

L’action est la meilleure façon de soulager l’éco anxiété. Elle est surtout la plus instinctive et te permettra d’évoluer !

# J’ai envie d’agir

Nous sommes plusieurs chez Alternatiba à avoir commencé par une action individuelle. En effet changer ses propres actions donne un sentiment de reprendre le contrôle qui peut nous échapper lorsque nous prenons conscience de l’ampleur du changement climatique.
Cette façon de commencer par les petites actions a un nom : le colibrisme (d’après la fable du colibri 2). Il s’agit de faire sa part et très honnêtement, si chaque personne a une responsabilité de taille et d’importance différente, nous en avons tous une. Ce qu’il faut, c’est prendre la responsabilité de nos actes… et cela commence avec notre propre mode de vie.
D’après Anne “quand on le vit de l'intérieur cela rayonne et on devient inspirant [...] cela crée tout naturellement des îlots autour de nous (amis, voisins, collègues)”. C’est vrai. Plus que d’essayer de convaincre, montrer aux gens l’alternative sur nous-même est la meilleure façon d’agir à un niveau proche de soi.
Kévin nous donne des exemples de gestes simples : trier ses déchets, manger plus sainement, faire des petits trajets à pied, vélo ou trottinette plutôt qu'en voiture, boire l'eau du robinet (on a la chance d'avoir une qualité d'eau potable exceptionnelle de qualité ici, ce qui n'est pas le cas partout) et vous en trouverez plein d’autres dans les éditions précédente de Bah Alors ? .
Certains alternatibistes se sont même posé la question : pourquoi est-ce que je fais cela ? Pour ma bonne conscience? Pour les autres? Pour la planète ? Finalement ce n’est pas important. Certains te feront un procès d’intention, mais toi, tu ne fais que ta part de responsabilité, comme le colibri, ne les laisse pas te faire douter de ta légitimité.

# Je me sens bouleversé•e intérieurement

Bien sûr lorsque l’on a une prise de conscience comme celle-ci, il est possible que notre vision du monde change. En un an, beaucoup de choses ont changé chez moi. Les gens autour de moi ont dû composer avec mon changement de priorités et avec mon caractère très passionné. Mais les changements ont tous été très positifs. Mes relations sont devenues plus qualitatives et les gens qui se sont trouvés autour de moi ont entamé doucement leur prise de conscience à pas de loup. Convaincue de cette cause essentielle, j’ai pris confiance en moi et en mes opinions, en ma façon de les exprimer aussi.
Mais cela n’est que mon expérience personnelle. Certains le vivent plus doucement et plus tranquillement comme Kevin qui, naturaliste de formation, est passé d’un statut d’observateur de la nature à un statut de protecteur de par son action.

# Je me sens seul•e

Le sentiment de solitude liée à la prise de conscience écologique est liée à plusieurs facteurs : le changement personnel, mais surtout l’impression d’être seul au milieu de personnes qui ne voient pas de quoi tu veux parler, la crise écologique étant pour le moment peu visible à l’oeil nu pour une personne lambda.
Alors laisse-moi te rassurer : tu n’es pas seul•e.
En mars 2019, ce ne sont pas moins de 350 000 personnes qui ont défilé, à Paris uniquement pour la marche du siècle (imagine ce que ça représente à l’échelle d’un pays, d’un continent, du monde) !
Si tu te sens seul•e, plusieurs options s’offrent à toi :
- Commence par aller sur les réseaux sociaux et youtube et inspire-toi des différentes chaînes et comptes que tu peux trouver sur le sujet. L’avantage de ces outils, c’est la proximité que nous avons avec les créateurs de contenus… En quelques sortes des amis virtuels qui ont les mêmes préoccupations que toi.
-Rapproche-toi des gens de ton entourage et de tes amis contacts sur les réseaux sociaux afin de connaître leurs opinions sur le sujet, tu constateras vite que tu connais probablement des gens qui ont le même avis que toi, alors que tu l’ignorais.
- Démarche les associations locales de défense de l’environnement qui seront, je peux te l’assurer, plus que ravis d’en discuter avec toi.

Influenceurs :
Partagez c’est sympa, Sortez Tout vert, le J-Terre, Osons causer, Et tout le monde s'en fout, Professeur Feuillage, Le Biais Vert, Demos Kratos, Vous êtes vraiment sympa, Sortez Tout vert

Sites internets :
www.ilestencoretemps.fr, www.letempsestvenu.fr, www.notre planète

ONG et associations nationales et internationales:
Alternatiba, ANV COP 21, Green Peace, WWF, Action climat, Les Amis de la terre, La Base, Extinction Rebellion

Associations et collectifs locaux :
Alternatiba Estérel Côte d’Azur, VESEA, Les colibris 83, La recyclerie

Médias :
L'info durable, Mr mondialisation, Consoglobe

Le mouvement climat est important et il a de nombreuses voix, il ne manque plus que la tienne !

Ce qui m’amène à mon prochain point...

#Je veux dépasser le stade de l’action individuelle

Je répète souvent qu’en tant que personne lambda (donc ni milliardaire, ni CEO d’une immense compagnie, ni personnage politique…) nous avons trois moyens de porter notre voix :
- Notre argent : tout achat que nous faisons est une validation des pratiques éthiques et écologiques du producteur, à nous de bien choisir comment nous le dépensons.
- Notre voix électorale : quel que soit ton avis sur l’utilité du monde politique en terme écologique, ta voix électorale reste le moyen officiel de t’exprimer dans le système qui est le nôtre aujourd’hui, en France.
- Notre temps et notre énergie : et cela peut se traduire de beaucoup de manières différentes, notamment rejoindre une association, une ONG ou un collectif.
Dépasser le stade de l’action individuelle, c’est mettre du poids dans la balance, créer un front uni, pouvoir mener des actions fortes et visibles.
Rejoindre une association ou un collectif est souvent l’étape qui suit le colibrisme car une fois que tu as adapté ta vie pour l’harmoniser avec le respect du vivant, tu as envie de faire plus.
La plupart des associations et des ONG recherchent en permanence des gens pour renforcer la puissance de leur voix mais n’aie pas peur : tu n’iras pas immédiatement t’enchaîner à une station de forage au milieu de l’Atlantique ! Tu n’auras besoin que de donner un peu de ton temps (et d’argent si tu peux te le permettre).
Si tu n’as qu’une heure à consacrer, c’est déjà énorme !

#Je ne sais pas quelle cause choisir

Si tu ne sais pas quelle cause choisir, je te conseille de choisir une organisation généraliste qui souhaite agir sur la transition écologique dans son ensemble.
Mais mon conseil principal, c’est de choisir une cause qui te tient à coeur. Quelque chose qui te porte et te fait du bien, afin de ne pas perdre la flamme et afin de mettre ton feu intérieur au service de la cause que tu défendras. Dis-toi qu'il n'y a pas de mauvais choix. La transition que nous voulons, c’est une transition vers une société juste et bienveillante, résiliente et durable. Ainsi, les causes comme la justice sociale, la protection des animaux, l’égalité homme-femme, etc, sont tout à fait aussi légitimes et nous les défendons par extension chez Alternatiba.
Les modes d’action peuvent aussi être différents d’une organisation à l’autre. Peut-être veux-tu faire du plaidoyer, de la sensibilisation, de la désobéissance civile… rien ne t’empêche de tester pour trouver ce qui sied mieux à ta personnalité… dans le cadre de la légalité bien entendu !

Je me permets de faire un peu de publicité ici, chez Alternatiba, nous avons à coeur d'implémenter un changement en profondeur de notre société.
Notre slogan ? “Changeons le système, pas le climat”.
Contrairement aux idées reçues sur les écolos, nous ne sommes pas une bande de bisounours. Nous prônons la radicalité (dans le sens où nous voulons toucher la racine de notre système). Si nous sommes 100% non-violents et cherchons à apporter des alternatives plutôt que détruire l’existant, nous restons réalistes et déterminés. Nos modes d’action ? Principalement du plaidoyer auprès des élus, de la sensibilisation et de l’accompagnement.
Nos principales batailles (à ce jour et avec nos forces disponibles) sont : le zéro déchet, la mobilité douce et la végétalisation des villes.
Nous avons 1000 idées/minute et nous avons besoin de toi !

#Je ne comprends pas pourquoi les autres n’ont pas conscience de l’urgence

C’est probablement ce qui est le plus anxiogène dans tout cela.
Mais il faut le savoir, il existe plusieurs biais cognitifs qui rendent possible ce phénomène. Et qui l’ont rendu possible, probablement jusqu’à ta prise de conscience aussi.
Notamment le phénomène de dissonance cognitive, définie par Leon Festinger dans “a theory of cognitive dissonance”. Elle définit l’inconfort qu’on ressent lorsque nos actes sont en opposition avec nos convictions.
Pour atténuer cet inconfort, nous persistons dans la contradiction-même si c’est un acte illogique, et surtout quand la vérité remet en cause notre mode de vie, fait peur, ou semble encore plus inconfortable.
Il ne s’agit pas que de mauvaise foi ou de fierté. Cette action est inconsciente et le cerveau nous pousse à raisonner de la sorte.
La plupart des gens sont conscients de l’impact de nos modes de vie sur le réchauffement climatique mais ne changent pas leurs actions pour autant. Pour réduire cet inconfort, ils rejettent donc la faute et la responsabilité sur les voisins, les politiques, les industriels (qui sont évidemment également coupables) ou bien mettent en place un raisonnement rassurant tel que « ce n’est pas mon action qui peut changer quelque chose ».
La dissonance cognitive concerne de nombreux pans de nos vie, pas uniquement l’écologie.

Ce qu’il faut retenir, c’est que le cerveau fera tout pour donner raison aux valeurs et aux idées que nous avons, et déteste avoir tort. Ce n’est pas (totalement) leur faute, prends patience et surtout ne perds pas de vue la vision positive de cet autre monde que tu souhaites, si quelque chose est capable de les aider à s’intéresser à la cause c’est bien cela !

Pour terminer, je reprendrai une phrase d’Anne : il faut se rappeler de ne pas agir contre mais pour” le monde que nous souhaitons !

A très bientôt !

 

Alternatiba ECA sur Facebook : https://www.facebook.com/alternatiba.esterel.ca

 

1 https://www.franceculture.fr/environnement/solastalgie-eco-anxiete-les-emotions-de-la-crise-ecologique


2 fable du colibri racontée par Pierre Rabbhi : https://vimeo.com/32564879

 

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