Bah Alors ?

Nuestras Madres de César Diaz, Caméra d'or du Festival de Cannes

18 août 2020
de Ibrahim Berbar

Travail de deuil et travail de mémoire se conjuguent dorénavant dans l’Hexagone selon un temps grammatical inconnu, issu de mon cerveau fertile : le passé lointain. Non pas avant, mais jadis. La Guerre d’Algérie, dernier conflit majeur, se sera achevée en 1962. Si douloureuse fut-elle, cette blessure peut dorénavant pour l’essentiel être considérée comme cicatrisée.

 

Il n’en va pas de même, bien entendu, en Amérique Latine, terre déchirée, hantée par tyrannies et terreurs de récente extraction. À tel point que le “film de réconciliation aussi nécessaire qu’impossible”, dans lequel le présent démocratique met en accusation, et parfois en procès, le passé dictatorial, y est devenu un genre en soi.

 

Dans ce registre dorénavant balisé, sinon convenu, “Nuestras Madres”, film guatémaltèque de César Diaz, se distingue par son exigence, sa tenue et sa maîtrise. Il entrelace avec brio une histoire personnelle douloureuse et la grande - et triste - Histoire d’un pays marqué par des assassinats politiques en grand nombre. Comme partout ailleurs en Amérique Latine, la question fatale et décisive se pose et s’impose : punir ou pardonner ?

 

La force et l’originalité de “Nuestras Madres” réside notamment dans la profession du protagoniste principal, chargé d’exhumer des cadavres. Un métier rien moins qu’anodin, lorsque l’on a soi-même une histoire douloureuse et troublée…

Un film grave, au ton juste : les petits pays aussi appartiennent de plein droit à la mappemonde cinéphile.

 

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