Bah Alors ?

Alfredo Di Stefano, le mythe fondateur du Real Madrid

04 septembre 2020
de Ibrahim Berbar

L’on a coutume de dire, à bon escient, qu’aucun joueur n’est plus important qu’un club - suivez mon regard. C’est exact, mais à la condition de nuancer : il advient qu’un joueur marque et même infléchisse de manière fondamentale l’histoire du club auquel il appartient. Bien entendu, de tels cas sont aussi rares que des flocons de neige dans le désert du Sahara. Aussi importants que le club, peut-être pas ; mais nul ne peut comprendre la trajectoire de celui-ci sans y déchiffrer auparavant les pleins et les déliés de l’itinéraire de celui-là.

 

À tout seigneur tout honneur, le Real Madrid, club le plus prestigieux, le plus titré et le plus riche du monde ne serait peut-être rien de tout cela si, un certain jour de 1953, son mythique président Santiago Bernabeu n’avait recruté un joueur de nationalité argentine nommé Alfredo Di Stefano. Le succès prodigieux qui s’en sera suivi aura engendré un certain nombre de conséquences, à peu près toutes bénéfiques, influant de manière décisive, sinon irréversible, sur les mythes fondateurs de la Maison Blanche. Et les mythes, c’est bien ce qu’il y a de plus solide dans le microcosme hautement volatile et aléatoire du foot.

Le premier fondement de cette architectonique mythifiée, c’est, à rebours de ses concurrents, Ajax Amsterdam, Bayern Munich ou Juventus Turin, la prédominance d’une superstar étrangère au centre d’un essaim de joueurs nationaux. Rarement, et pour cause, autant qu’au Real aura-t-on été convaincu qu’un seul joueur légendaire peut changer à jamais le visage d’une équipe.

 

Deuxième mythe fondateur : c’est la Coupe d’Europe, bien plus que le championnat d’Espagne, qui aura fondé la gloire et le prestige du Real. Et pour cause : il aura raflé, sous la houlette aussi avisée que charismatique de Di Stefano, les cinq premières éditions, de 1956 à 1960. Il faut de la chance pour bâtir des mythes. Et Di Stefano aura su saisir à pleines mains les deux qui lui auront été affectées en l’an de grâce 1956 : la création de la Coupe d’Europe, et celle, cause ou conséquence, du Ballon d’Or - dont il fut double lauréat, en 1957 et 1959.

 

Mais, plus subtilement, privilégier la Coupe d’Europe, et ses matchs aller-retours intenses et haletants, a eu une autre conséquence : faire du Real, à travers les âges, le spécialiste incontesté des remontées - ou remontadas - spectaculaires et inattendues. Ce qui renvoie à un fonds de jeu pas toujours très structuré, mais susceptible d’être emporté au-delà du crédible par une vague d’enthousiasme.

 

Ironiquement, ce mythe fondateur rejoint le précédent : en effet, pour réaliser ces renversements de situation invraisemblables, il faut des joueurs hors du commun : de Ferenc Puskas à Cristiano Ronaldo en passant par Hugo Sanchez et Zinedine Zidane, ceux-ci n’ont pas manqué dans le Hall Of Fame merengue. En revanche, lorsque le Real se contentait de menus fretins, tels les oubliables et oubliés Mas, Metgod ou Dubovsky, il ne faisait rien de bon. CQFD ; la Coupe d’Europe et le Ballon d’Or, les matches de légende et les buts à foison, la gloire et les millions : le Real Madrid et son joueur emblématique ont pour finir un seul et même visage.

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