Bah Alors ?

"Boyhood" (2014)

04 septembre 2020
de Ibrahim Berbar

À ceux qui estimaient que le cinéma dorénavant vénérable centenaire ne pouvait plus innover, qu’il avait exploré, expérimenté et pour finir épuisé toutes les voies possibles, “Boyhood” de Richard Linklater aura apporté en 2014 un éclatant démenti. Belle, simple et lumineuse comme l’oeuf de Colomb, l’idée du cinéaste américain était la suivante : afin de suivre l’évolution d’un jeune garçon, depuis sa petite enfance jusqu’à son entrée à l’Université, il s’organisa pour filmer, durant l’été, quelques jours seulement, douze années durant. Si le processus était sans risque pour ce qui était d’Ethan Hawke et de Patricia Arquette, acteurs professionnels qui dans “Boyhood” interprètent les parents du jeune garçon, il n’en allait pas de même avec celui-ci, qui eût pu, pour diverses raisons, faire défection à tout moment.

 

Il n’en a pas été ainsi, ce qui fait que le film achevé est aussi délectable que le processus aura été ingénieux. C’est à noter, car tant de bons scénarios sont naufragés sur l’écran. Il est vrai que Linklater n’est pas dénué d’une certaine pratique de cinéma dans la durée, quoique de façon toute différente, puisqu’il avait, classiquement mais avec une belle ténacité suivi les pérégrinations amoureuses du couple Ethan Hawke - Julie Delpy au cours de la trilogie “Before sunshine” (1995) - “Before sunset” (2004) - “Before midnight” (2013). Si ce tryptique sentimental est touchant, “Boyhood”, en revanche, est bouleversant. Rarement aura-t-on aussi bien déplié - et jamais à ce jour sur celluloïd - les tenants et les aboutissants, les instants cruciaux dans l’évolution intellectuelle et sentimentale d’un garçon - devenu un jeune homme.

Partager