Bah Alors ?

“Gone Girl” (2014)

04 septembre 2020
de Thierry Saunier

Depuis “Seven” (1995) et “Fight Club” (1999), le talent, et pour ainsi dire la signature de David Fincher consistent à donner du rythme, et donc de la crédibilité, à des scénarios alambiqués et pervers provenant des provinces les plus torturées de la littérature. En effet, il se signale parmi les grands du Hollywood d’aujourd’hui comme le seul cinéaste à n’être pas également scénariste.

 

Et pourtant, ses films, en particulier les meilleurs, présentent un indéniable air de famille : atmosphère oppressante, construction enchevêtrée et passablement paranoïaque, personnages psychopathes, sadiques, dangereux. La délicieuse Amy Dunne (Rosamund Pike), qui a épousé le malheureux Nick (Ben Affleck, pas si mal pour une fois), ne dépare pas dans cette catégorie de protagonistes machiavéliques, c’est-à-dire à la fois prodigieusement intelligents et supérieurement toxiques.

 

Le pauvre Nick va voir ce qu’il en coûte de ne pas aduler sa femme à la hauteur de l’estime qu’elle a d’elle-même : elle va donc se venger, même si "vengeance" est un mot suave et bénin pour désigner la toile d’araignée cruelle, retorse et imparable dans laquelle elle va enserrer son mari déchu et impuissant.

 

“Les apparences” - titre du livre adapté dans “Gone girl” - sont contre lui ; et, dans le monde moderne, les apparences sont presque tout. De plus, comme toujours chez Fincher, le goût du spectaculaire et le frisson du thriller n’obèrent pas la réflexion, glissée en quasi contrebande d’un blockbuster ressemblant à sa protagoniste barrée : renversant, mais aussi diablement malin.

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