Bah Alors ?

"Vice" (2018)

04 septembre 2020
de Ibrahim Berbar

“Vice” commence par un jeu de mots. Cela renvoie bien sûr à vice président, fonction officielle occupée aux États-Unis par Dick Cheney, personnage dont ce film constitue le biopic ingénieux et corrosif, de 2001 à 2009, aux côtés de George W. Bush ; mais aussi à “vice”, le même mot qu’en français, tare dont, selon le cinéaste, Cheney est affligé dans des proportions dignes de Frank Underwood. Si le genre existe au cinéma - ce dont on peut débattre du crépuscule à l'aube -, ce long-métrage intelligent, construit et belliqueux est un pamphlet.

 

Car Cheney aura possédé le véritable pouvoir : celui de la pénombre. Dans la lumière George W. s’agite et gesticule, mais Dick, structuré, manipulateur et dévoré d’ambition, tire les véritables ficelles. Ce qu’il a obtenu de haute lutte en acceptant la vice-présidence, dans la mesure où il apportait au candidat à la magistrature suprême ce dont celui-ci manquait désespérément : de l’expérience. En échange, l’administration, l’armée, l’énergie, la politique étrangère seront dans la corbeille de dot de Cheney.

 

“Vice” dispose de deux atouts majeurs pour faire ingurgiter sa potion amère. D’une part, Christian Bale, métamorphosé dans le rôle de Cheney: il a pris 20 kilos; mais ce gros plein de soupe est aussi un chat cruel et déterminé, à l’intelligence acérée. D’autre part, le film présente un visage bigarré et ludique qui aère son idéologie irrespirable - à tort ou à raison. Un faux générique est ainsi intercalé au tiers de la projection. D’autres vignettes éclatées et amusantes donnent à cette bastonnade lyrique hautement paranoïaque le rythme d’une comédie du Hollywood des belles années.

Partager