Bah Alors ?

Margarita Viana : Artiste de San Luis à Fréjus

21 septembre 2020
de Arthur Deux

Située à l’angle du 35 rue du Bourguet, en plein cœur du centre de Fréjus, la boutique Fusing Art révèle ses couleurs et reflets aux flâneurs qui osent y poser un pied. Margarita Viana travaille le verre dans son atelier depuis qu’elle est arrivée en France, en 2014.

 

Au milieu de son « bazar » multicolore comme elle l’appelle, Margarita se montre enjouée quand il s’agit d’expliquer son métier. Elle détaille les étapes, de la découpe du verre jusqu’à sa sortie du four.  Gantée quand elle travaille, elle explique dans ce qui s’apparente à un aveu qu’elle ne les mettait jamais, « jusqu’à ce qu’on me fasse huit points de suture à cause d’une petite coupure. » La petite femme blonde s’affaire à l’étage de son atelier, en jouant des coudes à travers les cartons qui s’entassent. Elle se justifie : « Je n’ai pas vraiment le temps de tout trier. Parfois je reçois quatre ou cinq cartons d’un coup ! » Sa matière pour travailler, elle va la chercher dans les déchèteries, quand ce ne sont pas ses clients qui lui en amène directement. « Tout est 100% recyclage, je n’ai jamais commandé du verre neuf pour des créations. »

 

Nouveau départ

La petite femme blonde, fière de son business, se remémore – sans s’arrêter de faire les cent pas – les débuts de cette aventure. Départ de Majorque avec son mari car l’économie y est instable, arrivée en France, recherche d’emploi… « Toutes les portes étaient fermées, on me proposait seulement de nettoyer des ménages. » Titulaire de plusieurs diplômes, comme celui d’architecte ou de professeur des beaux-arts, et forte de onze années d’études, elle choisit de rester dans ce qui la passionne : l’art. Après s’être renseignée sur le circuit des métiers d’art de Fréjus, la mère de famille décide d’en faire sa priorité, elle raconte : « J’ai cherché quels formats n’étaient pas présents ici. J’ai observé que personne ne travaillait le verre. Après avoir soumis sa candidature à la mairie, et plusieurs mois d’attente, j’ai été acceptée. » Retour quasi-immédiat en Argentine, son pays natal, pour se former à la pratique du fusing (technique de verrerie) auprès d’un de ses anciens collègues.

 

Comme sur des roulettes

Quelques jours à peine après l’ouverture de sa boutique, Margarita prenait déjà ses premières commandes. Sa joie communicative et son envie de partager sa passion n’y sont, d’ailleurs, certainement pas pour rien. Souriante, elle déclare : « Il ne faut pas avoir peur de se lancer. Encore aujourd’hui on peut vivre de l’artisanat ! » Toujours ravie de distribuer des anecdotes sur la fabrication de ses bijoux tous uniques ; elle ne laisse pas ses clients, attirés par les prix proposés, repartir les mains vides. « On a plusieurs fois essayé de mon convaincre d’augmenter mes tarifs avec la hausse de la demande. Cela fait six ans qu’ils n’ont pas bougé, et ce n’est pas près de changer. » s’amuse-t-elle. La maîtresse des lieux témoigne quand même des difficultés liées au confinement : « Pendant un moment, j’ai bien cru dire ciao à la boutique. Mais les vacances et les touristes ont permis de retrouver des clients. »
Sa seule critique concernant l’artisanat à Fréjus, c’est la place qu’on lui laisse au sein des marchés de la ville. « C’est paradoxal d’inciter les artisans à venir s’installer ici, mais de ne pas leur permettre de vendre leurs produits aux marchés. » Elle rajoute : « Ce sont les mêmes personnes qui vadrouillent du Muy à Fréjus en proposant des produits qui proviennent, en grande partie, de pays d’Asie. » Toujours occupée à ranger ses bijoux, elle relativise en précisant : « Le marché nocturne en été nous permet quand même de vendre. La ville de Saint-Raphaël donne la priorité sur les stands aux commerçants locaux, c’est une bonne chose. »

 

À 10 000 kilomètres de chez elle

Bien qu’elle ait adopté son train de vie français, rythmé de pain frais et de confiture, Margarita n’en oublie pas pour autant ses origines et son pays natal, l’Argentine. D’un ton léger, elle plaisante : « Maintenant que je suis à Fréjus, je suis la plus pauvre de mes amis. Certains sont architectes pour d’immenses gares routières, pendant que moi je suis dans mon atelier ici. Mais c’est mon choix, et je ne le changerai vraiment pas. » Reconnaissante, elle se plaît Rue du Bourguet et témoigne de l’importance « d’avoir une économie stable dans un pays développé. » L’aventure dans l’hexagone de Margarita Viana, n’est donc sûrement pas finie, et les fréjussiens pourront continuer à se targuer des bijoux de l’artiste.

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