Bah Alors ?

Miss France, 100 ans déjà !

28 septembre 2020
de Agathe Chéreau

Tous les ans, c'est la même chose. Il fait de plus en plus froid dehors, tout le monde s'affaire à acheter les derniers cadeaux de Noël et vous mangez beaucoup trop de chocolats. C'est à ce moment-là qu'on voit des dizaines de jeunes filles partout dans les magazines et sur nos écrans. Cheveux longs, sourire Colgate, jambes qui n'en finissent plus... Vous voyez forcément de quoi on parle. On est généralement au mois de décembre et comme chaque année, c'est le moment de choisir la "plus belle femme de France" (et de juger). 

 

On remonte le temps jusqu'en 1920. Elle s'appelle Agnès Souret et c'est la première Miss France, ou plutôt la première "plus belle femme de France". Pour Maurice Waleffe, journaliste et instigateur du concours, celui-ci était l'occasion parfaite de "mettre en avant la splendeur physique" et de montrer que "le choix de la majorité indique le type instinctif d'une nation". Bon, rappelez-vous qu'on est en 1920 et cela suffit à convaincre environ 2 000 jeunes filles qui défilent pendant plusieurs semaines au cinéma. Toutes sous un nom de fleur, de déesse, d'oiseau ou de pierre. C'est en 1927 que le concours s'appelle définitivement "Miss France" et non plus tôt, car le mot anglais "miss" était alors interdit dans les rédactions. 

 

Entre sexisme et stéréotypes 

 

Les années passent et dans les années 50, le comité est dirigé par Guy Rinaldo. Et la priorité, c'est... Le physique ! En 1952, les finalistes sont Miss Picardie, Miss Toulon, Miss Trouville, Miss Lavandou, Miss Ile-de-France, Miss Automobile (oui oui, vous avez bien lu), Miss Agen, Miss Côte d'Argent, Miss Côte des Maures, Miss Bretagne et la presse de l'époque s'emparent de l'événement. On peut lire des descriptions comme "Jolie brune de 18 ans qui exerce un métier que l'on ne s'attendrait pas à voir figurer dans la fiche d'identité d'une candidate au titre de Miss France, elle est...assistante médicale !" en parlant de Miss Picardie ou encore "Tenez-vous bien, elle est ostréicultrice !" pour Miss Bretagne. Quel métier fallait-il donc faire pour envisager de devenir Miss France ? Mystère. Un tableau est publié avec les mensurations de toutes les candidates en lice, ainsi que leur poids. C'est l'époque du fameux "sois belle et tais-toi".  

 

La dame au chapeau

 

Louis et Geneviève de Fontenay sont à la tête du Comité Miss France dès 1956. Des concours s'organisent en région pour finir en beauté sur une finale nationale. Le couple apporte de la nouveauté au concours et en 1987, ce dernier prend une toute nouvelle direction : celle de la télévision. Des millions de personnes suivent les élections en direct sur France 3. Ce sont les grandes années Miss France. Comme la plupart des Français, peut-être vous vous souvenez aussi des noms comme Sonia Rolland ou Mareva Gallanter. 

 

Geneviève de Fontenay fait du Comité Miss France une réelle institution. Celle qui ne mâchait pas ses mots, dirigeait les miss à la baguette... Ou presque. À vrai dire, elle a failli avaler son chapeau plus d'une fois. Le plus célèbre des scandales arrive en 2008 lorsque le magazine Entrevue publie des photos de Valérie Bègue, qui devaient rester privées. La jeune Réunionnaise ne sera pas destituée, mais interdite de participation à Miss Univers et Miss Monde. 

 

Et maintenant ? 

 

Depuis la création du concours, il y a près d'un siècle, bien des choses ont changé, et heureusement ! Exit le tableau avec toutes les mensurations. En 2020, la société Miss France porte aussi de l'intérêt au parcours et à la manière de s'exprimer et de se mouvoir des candidates. Depuis que Sylvie Tellier a pris les rênes du comité, les jeunes filles doivent défiler en bikini, et non plus en maillot une pièce. Un passage maintenu cette année, alors que l'élection Miss America a supprimé le défilé en maillot de bain depuis l'année dernière. 

 

Le concours de beauté évolue avec son temps, certes, mais les critères de sélection eux, non. Il faut être une femme, avoir entre 18 et 24 ans, mesurer 1,70 mètre minimum, être célibataire, ne pas avoir d'enfants, ne pas avoir de tatouages et ne jamais avoir fait de photos dénudées. Même si ce sont des photos pour la lutte contre le cancer du sein comme le montre l'éviction de la candidate Anaelle Guimbi il y a quelques semaines. Un concours à la fois moderne et traditionaliste, qui n'est pas prêt de s'arrêter.

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