Bah Alors ?

Françoise Dumont : Une sénatrice de terrain attachée à ses dossiers

22 janvier 2021
de Thomas Lajous

Françoise Dumont nous accueille tout sourire dans ses locaux. « Femme de terrain » de part ses précédents mandats locaux et départementaux, elle est aujourd’hui une « femme de dossiers » au Sénat. Une satisfaction pour la sénatrice « Les Républicains », qui peut transmettre tout en haut, ce qui se passe tout en bas...
 

Vous êtes sénatrice depuis septembre dernier. Vous qui aviez plusieurs casquettes au sein du département, ça doit vous changer un petit peu, non ?

 

« Ça a changé dans la mesure où afin de répondre à la loi sur le cumul de mandats. J’ai démissionné de certaines de mes responsabilités : celui d’adjointe au maire de Saint-Raphaël et de conseiller municipal que j’occupais depuis 2008. Toutefois, je garde une grande proximité avec le maire et l’équipe municipale. Saint-Raphaël est ma ville de cœur, j’ai toujours mes bureaux dans cette ville. J’ai aussi démissionné de mon poste de présidente du SDIS 83, mais j’y reste administratrice. Je n’ai pas pu rester non plus première vice-présidente du département. Cependant, je reste conseillère départementale. 

Ce fut une période particulière pour moi, étant quelqu’un qui porte très fort et embrasse mes fonctions. Couper le cordon a été difficile, c’était humainement compliqué. Mais c’est une nouvelle vie et je l’ai voulu. Ça me permet d’être utile à mon département depuis le Sénat. »

 

Le groupe « Les Républicains » est très largement majoritaire au Sénat. Vous qui avez occupé de grands postes à responsabilités, ne vous sentez-vous pas à l’étroit ?

 

« Je ne me sens pas du tout à l’étroit, ni même anonyme. J’ai intégré le groupe « Les Républicains » du Sénat, où il y règne une ambiance conviviale et respectueuse. La hiérarchie n'est pas extrêmement figée. Il y a un président de groupe, Bruno Retailleau, et nous échangeons très librement au sein du groupe. Je sais et j’ai toujours su qu’il faut savoir gravir les échelons et respecter les étapes pour mieux travailler. On n’a pas tout, tout de suite. Je suis encore dans la phase « observation », respectueuse des règles et de la hiérarchie. J’apprends vite, car je veux être rapidement utile et efficace. Mais je ne me sens absolument pas petite dans ce groupe composé d’anciens ministres, ou encore de l’ancien secrétaire général de l’Élysée, Philippe Bas. Tout est simple et convivial, je m’y sens tout à fait à l’aise. »

 

Qu’avez-vous pu réaliser en tant que sénatrice depuis le début de votre mandat ?

 

« A ma grande satisfaction, j’ai intégré la commission des lois. C’était mon souhait. C’est au sein de cette commission que se traitent les sujets de collectivités. Je veux aider et être utile, apporter ma pierre à l’édifice, au bon fonctionnement de nos collectivités. Nous traitons de tous les sujets liés à la sécurité et notamment la sécurité civile. J’ai été nommée, par le Président de la commission des lois, rapporteur pour avis du budget de la sécurité civile pour le Sénat. Ma mission était de présenter devant mes pairs, mon rapport sur le budget de la sécurité civile de l’État pour l’exercice 2021. 

 

J’ai aussi mené un dossier, en collaboration et pour Frédéric Masquelier, sur la pénalisation de la ville de Saint-Raphaël dans le cadre de la loi SRU ( loi solidarité et renouvellement urbain, NDLR). La ville devait payer une pénalité annuelle de 2,7 millions d’euros, car elle est en carence de logements sociaux. J’ai organisé, pour et avec lui, mais aussi avec le ministère du logement, sa réduction de pénalité qui était de 200 %. Une peine extrêmement pénalisante dans le budget communal, sachant que la ville fait de grands efforts en matière de construction de logements sociaux. Nous avons été entendus et la ville a une pénalité de 60 % aujourd’hui. De plus, dès le début de mon mandat, j’ai eu la volonté de rencontrer les maires, pour les écouter et leur dire qu’ils pouvaient me donner des dossiers tant au niveau de la préfecture que de l’État. »

 

Il y a deux ans, le maire de Saint-Raphaël n’avait-il pas rencontré Philippe Michel-Kleisbauer concernant cette loi du SRU ?

 

« Certainement, mais Frédéric Masquelier n’arrivait pas à se faire entendre malgré des efforts certains et malgré le contexte (Saint-Raphaël est en grande partie dans le classement du massif de l’Esterel, NDLR). On ne peut pas construire partout à Saint-Raphaël. Il faut tenir compte aussi de ce que veut la population, et c’est ce que j’ai dit au représentant de la ministre. Les Raphaëlois ne veulent plus de nouvelles constructions à outrance parce qu’ils sont attachés à la préservation de leur territoire. Beaucoup de gens vivent ici, car ils apprécient l'équilibre intelligent entre domaines préservés et urbanisés. Ça fait partie de la qualité de vie de notre territoire. Mais aussi parce que le tissu urbain ne peut plus permettre de nouvelles constructions. Le tissu routier est engorgé. Regardez l’état des routes,la RDN7, la RD100, qui sont embouteillées. Notre population ne le veut plus. Il faut savoir écouter les gens. 

 

J’ai voulu dénoncer les méfaits d’une loi, qui s’applique à l’ensemble des territoires. Et j’ai précisé avoir entendu le Président qui disait qu’il fallait savoir écouter les territoires aujourd’hui. Le gouvernement doit agir dans l’écoute et le partage avec les territoires. Alors, je leur dis d’en faire la démonstration avec la loi SRU. Il y a des territoires dans le Var, où les terres sont classées en zones agricoles. On fait comment pour construire ? On déclasse des terres ? Non. Il faut écouter les élus. Encore une fois. Nous n’avons pas été entendus sur l’ensemble des demandes. Mais là, il a pu se faire entendre et voir baisser sa pénalité. »

 

Quel est le prochain projet phare de Madame la sénatrice Françoise Dumont ?

 

« Le sujet sur lequel je suis intervenu mercredi après-midi. C’est que l’on écoute les élus locaux. Mais aussi, que l’économie de notre département est en grande partie une économie touristique. Si l’on ne vaccine pas de façon intense et active, la relance économique, en partie touristique, va être freinée. Je suis persuadée, que si l’on reste à un rythme d’un million de personnes vaccinées par mois, donc six millions de personnes à l’été, nos marchés cibles choisiront leur destination en fonction de la sécurité sanitaire de la destination. Alors qu’à la mi-février, l’Angleterre dit qu’elle aura vacciné 15 millions de personnes. Cela, la Grèce l’a très bien perçu. Elle a proposé un passeport vaccinal ou un passeport vert. Certes, cela ne passera pas au niveau de l’Europe car c’est discriminatoire car si je veux me faire vacciner aujourd’hui, je ne le peux pas. Mais elle a fait ça car elle a compris que la destination touristique sera choisie en fonction de l’état sanitaire du pays. Leur idée revient à dire que, si on venait chez eux, on ne côtoierait que des gens vaccinés. 

Il faut que l’on tienne compte du tourisme. C’est une économie complètement transversale. Une économie qui ne fait pas que travailler les gens qui relèvent de l’activité touristique, comme les hôteliers, restaurateurs etc… mais elle fait travailler le commerçant, le tourisme, le BTP… Je veux qu’on reconnaisse l’importance et la transversalité de cette économie.

Je veux être la plus efficace possible. Être la plus efficace, c’est apprendre du Sénat et de son fonctionnement, apprendre tous les rouages. Quand un élu me confie un dossier, je veux le mener le plus rapidement et efficacement possible. Je vous assure que ma préoccupation de chaque instant, c’est l’efficacité. »

 

De tous les postes que vous avez occupés, quel est celui qui vous a le plus passionné ?

 

« Humainement, c’est ma présidence du SDIS. Parce que c’était une magnifique aventure humaine, faite de moments difficiles, douloureux mais aussi de moments de joie et de grandes réussites. Ce sont des gens passionnés et j’aime les gens passionnés. Donner son temps à autrui est la plus belle des noblesses, la plus grande des vertus. J’ai beaucoup de respect pour les sapeurs-pompiers. Ensemble nous avons mené de belles missions et de gros chantiers pour faire évoluer le SDIS. On a réussi à sécuriser le budget du SDIS. Quand je suis arrivé en 2015, leur budget était extrêmement fragilisé par des contributions communales impayées. On a réussi à mettre tout le monde ensemble, autour de la table. C’est la gratuité des péages autoroutiers pour nos sapeurs-pompiers, c’est réinstaurer un dialogue avec les organisations syndicales. C’est une famille. »

 

Vous avez parlé de « famille ». Est-ce que, comme dans une vraie famille, vous gardez contact ? 

 

« Oui, je reste très attentionnée. Dominique Lain ( Président du SDIS 83 ) peut m’appeler quand il le veut et je garde beaucoup de contacts avec les pompiers. Nous échangeons par message. C’était un peu ma famille. Je disais que c’était « mes petits poussins ». »

 

Vous faites partie du mouvement « Libres ! ». Quels sont les projets à court et long terme du groupe ? Qu’est-ce que « Libres ! » représente aujourd’hui ?

 

« C’est un mouvement à la tête duquel est Valérie Pécresse qui propose une alternative. Nous souhaitons peser dans le débat public avec des propositions qui émanent des élus des territoires. Les personnes engagées dans le mouvement sont des personnes qui ont eu des responsabilités au niveau local. Il y a beaucoup de maires, d’élus locaux, de députés. On veut peser dans le débat public pour amener la voix des territoires et des élus locaux, face à un pouvoir présidentiel qui est de plus en plus enfermé et ne tient pas compte des élus locaux. Il ne tient pas compte, malheureusement, des parlementaires. Il bafoue complètement ce qu’impose et requiert la démocratie pour bien fonctionner : de pouvoir solliciter le débat parlementaire et les chambres. « Libres ! » est un mouvement humaniste social-démocrate dans lequel je me reconnais. Nous sommes d’ailleurs nombreux à adhérer à ce mouvement dans la suite de Valérie Pécresse. Moi je suis quelqu’un de profondément sociale, libérale aussi. Il n’y a pas d’opposition entre être très sociale et libérale. » 

 

Dans votre dernier communiqué, vous avez dénoncé la vaccination peu intensive, ainsi que la probable peur des touristes ? Comment y remédier ?

 

« L’État achète les vaccins, l’État a la responsabilité de garantir l’accès et la bonne livraison des doses de vaccins. Mais après, le ministère de la santé doit s’appuyer sur les territoires, les régions et les départements pour la logistique. On demande à l’État de fournir les doses suffisantes et de faire confiance aux maires. Afin de mettre des salles à disposition, organiser la formation et la logistique sur le terrain. Mais avec 2900 doses fournies hier, le Var est à 11 000 doses de vaccins à ce jour. On estime que 300 000 doses seront livrées fin-février. C’est largement insuffisant ! Il faut vacciner. Nous sommes plus d’un million sur le territoire ! »

 

Quelles sont les erreurs de l’État en matière de vaccination, si on ne tient pas compte de la logistique vaccinale sur les territoires ?  

 

« Le nombre de doses et la stratégie vaccinale. Pour moi, il faut vacciner tous les gens qui veulent se faire vacciner. La meilleure promotion du vaccin, c’est la vaccination. Aujourd’hui beaucoup de personnes veulent se faire vacciner et ont peur. J’ai eu des personnes au téléphone qui ne veulent pas sortir de chez elle par peur d’attraper le variant Anglais. Elles veulent se faire vacciner. On a priorisé les publics les plus fragiles et les plus à risques. Mais pourquoi ne pas avoir étendu cela à tous les gens qui veulent se faire vacciner ? Le nombre de doses tout simplement. » 

 

Que pensez-vous des restaurants qui menacent de rouvrir au dépend de la permission du gouvernement ?

 

« Je suis respectueuse de la loi et des règles. Si vous me demandez mon positionnement sur le couvre-feu à 18h, je dis qu’aujourd’hui, il faut tout tenter qui permette de rouvrir et de revivre le plus normalement et rapidement possible. Rouvrir alors que ce n’est pas autorisé, non. Il ne faut pas le faire. On sait qu’aujourd’hui, dans un restaurant, dès l’instant où l’on enlève le masque, c’est dangereux. Mais je comprends leur colère.

En revanche, la responsabilité de l’État c’est de vacciner le plus intensément possible, pour que les restaurants et l’ensemble de l’économie puissent redémarrer. Mais il faut respecter la règle. L’insurrection, c’est non. Il faut absolument que l’État permette une vaccination plus rapide. Comment on va faire pour le tourisme, avec simplement 6 millions de vaccinés au mois de juin ?

 

Cependant, je salue tous les dispositifs qui sont mis par Bercy, par Bruno Lemaire. Il y a quinze jours j’avais sollicité que le « click and collect » ne soit pas comptabilisé dans l’enveloppe du chiffre d’affaires. Cela permet de maintenir une activité, de maintenir un lien entre le restaurateur et sa clientèle. Hier soir, ils ont annoncé que ce n’était plus comptabilisé dans le fonds de solidarité. Il y a aussi la prolongation d’un an pour le remboursement du PGE ( prêt garanti par l’État ). Le panel d’aides est pertinent, très large et intelligent. »

 

Sur le volet culturel, notamment les musées, les salles de spectacles, les cinémas... Est-ce logique, selon vous, de tout fermer ?

 

« Non. C’est injuste. Par exemple au Forum, on pourrait distancer les sièges, espacer les rangs entre les personnes. C’est injuste d’avoir mis tout le monde dans le même sac. Surtout que la culture est un moyen de s’évader par la pensée, intellectuellement. Nos concitoyens en ont grandement besoin. J’ai entendu certaines propositions de directeurs de salles de théâtre qui proposaient que l’on puisse faire une étude du système de ventilation pour pouvoir labelliser certaines salles. Roselyne Bachelot a répondu que ce serait possible, mais que cela serait un chantier cyclopéen de pouvoir analyser chaque système de ventilation, de climatisation, de chauffage des différentes salles. Pourquoi serait-ce un chantier cyclopéen si on s’appuie sur les gens dans les territoires et qu’on les  mandate pour faire l’analyse. Cela pourrait permettre de rouvrir au moins une salle dans chaque territoire. Tout est forcément compliqué, mais si on veut tout voir comme compliqué, on ne fait jamais rien. « On se couche et on attend la mort ». » 

 

Est-ce que vous pensez que le gouvernement gère correctement cette situation sur laquelle tous pays et les chefs d’État sont obligés d’improviser ?

 

« C’est une situation extrêmement compliquée, complexe et inédite. Il y a eu des difficultés, mais je pense aussi qu’il faut avoir un peu de compréhension pour dire que ce n’est pas évident. C’est une guerre contre un virus. Notre génération n’a jamais connu de guerre. Là, on est en plein dedans. Il faut reconnaître que Bruno Lemaire fait le job. Pour Castex, c’est compliqué d’être le chef d’orchestre de tout ça. Il gère comme il peut. Moi, je pointe du doigt le ministre de la santé et son ministère qui ne travaillent pas étroitement avec les territoires pour la mise en œuvre de la vaccination. Ce que je ne comprends pas non plus, c’est que l’on sait depuis des mois qu’il faut vacciner. Le vaccin est en fabrication depuis six mois. Aujourd’hui il sort. Alors pourquoi on en est encore à mettre en place des questions de logistique ou une plateforme dans laquelle les gens puissent s’inscrire ? Tout ceci aurait dû déjà être prêt. C’est ce retard à l’allumage, cette volonté de tout piloter depuis une tour d’ivoire que je ne comprends pas. »

 

Ce retard ne serait-il pas la cause d’une peur, voire d’une non-volonté des personnes de se faire vacciner en France ?

 

« L’État a pris pour stratégie « on vaccine doucement pour convaincre les gens qu’il faut se faire vacciner et qu’il n’y a pas de danger à cela ». L’autre stratégie consistait à dire « on vaccine les plus fragiles, mais on vaccine aussi tous ceux qui veulent se faire vacciner ». Ma théorie est que la vaccination est la meilleure promotion du vaccin. Aujourd’hui, il y a une majorité de gens qui veulent se faire vacciner, car ils ont peur du variant anglais et des autres variants. On a instauré la peur dans la population. Un climat anxiogène. C’est terrible ! Alors que l’on avait une population prête à se faire vacciner, confiante et qui aurait pu convaincre les autres de se faire vacciner, aujourd’hui, nous avons une population craintive, non pas par rapport au vaccin, mais par rapport à un virus plus virulent. »

 

Y a-t-il une fonction qui vous tient à cœur et que vous n’avez pas encore occupée ?

 

Non. J’ai été élue locale au plus proche du terrain, aujourd’hui je reste élue locale et nationale. Je suis bien dans mes mandats. Je suis une élue heureuse.

 

La sénatrice travaille beaucoup avec les grands électeurs. Mais qu’est-ce que vous pouvez dire aux habitants du territoire ? Qu’est-ce que vous leur apportez ?

 

Le sénateur est un législateur, nous travaillons à l'étude de textes de loi, d'amendements, sur leur conformité, leur bonne adaptabilité aux territoires. Les textes de lois s'appliquent ensuite à tous et donc, bien sûr, aux Varois. Je facilite, dans ma proximité avec les grands électeurs, la réalisation de leurs projets s’ils sont utiles à l’amélioration du quotidien des Varois et Varoises : des projets de développement économique, de santé, de vie, etc. Le Sénat est utile aux Varois et Varoises dans leur quotidien. On peut me solliciter. Ma permanence est ouverte et accueillante. D’ailleurs, tous les jours j’ai des sollicitations. 

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