Bah Alors ?

Jean Cayron : " Il faut être prêt pour relancer la machine"

10 février 2021
Roquebrune-sur-Argens
de Ibrahim Berbar

Nouvellement élu, nous n’avions pas encore eu l’occasion d’interviewer Jean Cayron, maire de Roquebrune sur Argens. Aujourd’hui à la tête de la mairie, l’édile doit faire face non seulement à la crise sanitaire mais aussi aux dossiers de ses prédécesseurs. 

 

M. Le Maire, quels sont les projets marquants de l’année 2020 à Roquebrune ?

 

JC : L’année 2020 a été frappée de plein fouet par le Covid et les élections municipales ont été repoussées à fin juin. L’année a donc été très courte, mais très chargée. Avant même d’être élus, nous avions, avec mon équipe, beaucoup travaillé à la mise en place de la cellule de crise pour soutenir les commerçants. Dans un même temps, nous avons commandité un audit de gestion pour faire un état des lieux précis de la situation financière de la commune. C’était indispensable pour être en mesure de se projeter. Et inutile de vous préciser que nous n’avons pas été déçus ! 43 M€ d’endettement et son lot d’aberrations. Mais je m’y attendais au vu des gestions précédentes.

 

Y a-t-il des projets qui ont été freinés suite à l’épidémie de COVID-19 ?

 

En 2020, non. Des manifestations, dans le domaine des festivités et de l’événementiel ont dû être annulées en fin d’année. Mais nos projets, sur le long terme sont maintenus et programmés dans le cadre de notre Plan pluriannuel d’Investissement que nous avons déjà arrêté et présenté lors de la dernière séance du conseil municipal. Il concerne les investissements sur l’ensemble de la mandature.

 

Comment abordez-vous l’année qui arrive ?

 

Elle sera compliquée du fait du Covid. J’en suis conscient. D’autant que nous ne savons pas de quoi demain sera fait en termes de confinement notamment. Mais pour autant, nous devons aller de l’avant et nous projeter pour ne pas subir plus encore. Nous allons tout mettre en œuvre pour soutenir nos commerçants roquebrunois qui se battent sans relâche pour s’en sortir. Nous allons prolonger les aides mises en place en 2020. Nous travaillons aussi sur des événements culturels, sociaux, sportifs…

Et plus globalement, au niveau de la gestion communale, nous allons poursuivre la renégociation de la dette. Les élus aux finances travaillent avec les services et les partenaires bancaires en ce sens. Nous avons déjà économisé 857 000 €. La restructuration des services est aussi un impératif. Et en ce début d’année, nous allons décortiquer tous les marchés publics pour y voir plus clair…

 

Quel sera le chantier phare de l’année 2021 ?

 

Le projet phare de la mandature concerne l’extension de deux groupes scolaires, au village et à la Bouverie. Construction de nouveaux bâtiments, restructuration et réaménagement de l’existant, création d’une cantine scolaire... Tout sera mis en œuvre pour optimiser l’accueil et la scolarité des petits Roquebrunois. Nous commençons par les études (AMO).

Nous débuterons en 2021 par l’école du village. Nous avons également rouvert la maison des jeunes du village pour les adolescents de 14 à 20 ans, à la Toussaint. Celles des Issambres, pour Pâques, puis de la Bouverie, vont suivre. 

Par ailleurs, nous avons eu la chance d’être retenu dans le cadre du dispositif d’État Petites villes de demain. Nous allons ainsi obtenir des fonds et une aide logistique pour requalifier et redynamiser le village. Enfin, nous menons un réel combat contre la cabanisation sur la commune. Il est urgent d’y mettre un terme.

 

L’épidémie aura-t-elle des répercussions sur le budget de la ville ?

 

De par les exonérations que nous accordons, les rentrées d’argent se font rares. Il y a eu des manques à gagner dans de nombreux secteurs, économiques, touristiques (taxes de séjour), de loisirs (base nautique)… Pour autant, nous avons travaillé rigoureusement notre budget. Et en aucun cas, soyons clairs, les Roquebrunois n’auront à subir de hausse de la fiscalité. Leur situation est assez difficile comme ça avec le Covid. Et la note laissée par l’ancienne municipalité déjà bien assez salée.

 

Êtes-vous prêt à la sortie de la crise COVID ?

 

Tout à fait. Nous ne restons pas les bras croisés à attendre. Nous prévoyons déjà cette sortie de crise. Il faut être prêt pour relancer la machine. Dès que les mesures seront allégées et que nous pourrons reprendre une vie quasi “normale“, il faudra faire preuve de dynamisme et d’innovation. Psychologiquement et économiquement, il faudra savoir répondre présent. C’est notre rôle d’élus. Nous avons déjà de nombreuses pistes.

 

Suite aux propos de la sénatrice, pensez-vous aussi que cette crise sanitaire reflète un problème de centralisation des pouvoirs ?

 

Le problème est complexe, c’est vrai. Les propos de Françoise Dumont reflètent en majeure partie ce que nous pensons. Nous avons été élus et nos administrés attendent de nous des solutions. Mais il est vrai de dire que nous ne sommes pas maîtres de la situation. Nous sommes en mesure de faire remonter les informations, de faire des propositions, dans le strict respect des règles sanitaires. Mais nous sommes confrontés, parfois, à des fins de non-recevoir. Pour la vaccination, tout a été mis en place au niveau de la CAVEM. Les 5 maires de l’agglomération et l‘ensemble des élus communautaires ont su, ensemble, mettre en place ce lourd dispositif, accompagnés de partenaires, professionnels de santé, compétents. Il faut savoir décentraliser pour gagner en efficacité. C’est une question de confiance.

 

Sur les réseaux sociaux en ce moment, plusieurs restaurants disent vouloir rouvrir malgré l’interdiction du gouvernement. Beaucoup semblent soutenir leur démarche... Que pensez-vous de cette situation ?

 

Je suis pour la réouverture des restaurants. Légalement. J’avais d’ailleurs adressé une lettre ouverte au Président Macron, il y a quelques semaines, en ce sens. Des mesures peuvent être prises dans le strict respect du protocole sanitaire. Ces établissements sont fermés depuis trop longtemps et pourtant l’épidémie augmente toujours. Ces professionnels sont responsables et ne veulent en aucun cas causer du tort à leur clientèle. Pour autant, je crains que passer en force leur soit défavorable. Il faut trouver un consensus pour ne pas aggraver leur situation. Mais je comprends pleinement leur désarroi et leur colère. 

 

Quelles sont vos idées pour aider les restaurants et les bars de Roquebrune qui sont fermés depuis octobre?

 

Nous allons prolonger les aides mises à leur disposition. La cellule de crise économique est toujours accessible pour les aider dans leurs démarches, la gratuité du stationnement, l’exonération des droits de terrasses et d’occupation du domaine communal et la concession des plages... restent d’actualité bien sûr. Par ailleurs, nous avons décidé d’organiser, en étroite collaboration avec les restaurateurs de la commune, la fête de la saint-Valentin. Durant le week-end du 13 et 14 février, nous leur mettrons des stands à disposition entre la rue des Portiques et la place Perrin. Tout sera mis en place par la ville pour qu’ils puissent cuisiner en direct, devant les visiteurs, masqués bien sûr. Pour 10€ par personne, chacun pourra ainsi repartir avec un menu complet, cuisiné avec des produits achetés au préalable par nos soins. C’est une façon de garder le contact et de redécouvrir le savoir-faire de nos restaurateurs locaux. Cette manifestation a déjà reçu un accueil très favorable des professionnels, comme de la population. Ce qui laisse penser que d’autres événements de ce genre pourraient avoir lieu.

 

Êtes-vous pour ou contre le couvre-feu à 18 h ? 

 

Cette mesure est contraignante pour les professionnels qui avaient pu rouvrir, mais aussi pour la population, les familles. Nous avons tout mis en œuvre pour que le périscolaire soit maintenu aux mêmes horaires. Je ne suis pas un spécialiste de la santé et je n’ai pas le recul nécessaire pour juger cette mesure. Si on arrive à nous démontrer que cela contribue à la baisse de la pandémie, alors faisons cet effort. Mais si c’est pour passer en confinement quelques temps après, à quoi bon ?

 

Doit-on se faire vacciner ? Comprenez-vous les personnes réfractaires, qui ne veulent pas se faire vacciner ?

 

Je comprends tout à fait que la population puisse avoir des inquiétudes. Cette situation est hors-norme. On dit tout et son contraire sur les vaccins. Les noms circulent, tout comme le mode de vaccination (ARN…) Les Français sont suspicieux et veulent des certitudes. Aujourd’hui, je ne vois pas comment nous pourrions éradiquer ce virus sans une vaste campagne de vaccination. Mais je comprends aussi les inquiétudes.

 

Au lendemain de votre investiture, avez-vous découvert des problèmes dont vous ignoriez l’existence en tant qu’opposant ? Si oui, ont-ils été des freins à votre programme ?

 

Non. Certains de mes colistiers ont été surpris par l’ampleur de la dette. Pas moi. C’est ce que je dénonçais depuis des années en siégeant dans l’opposition. Avec les conclusions de l’audit de gestion, j’ai eu confirmation de mes craintes. Nous sommes obligés de travailler dans une situation « dégradée ». Dette, Sarget, heures supplémentaires pharaoniques, personnel malmené, urbanisme… nous devons remettre de l’ordre. La dette ne va pas nous permettre d’avancer au rythme souhaité, mais nous refusons l’immobilisme. Nous devons investir, en bon père de famille, pour l’avenir de Roquebrune et des générations futures.

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