Bah Alors ?

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Bah Alors n°22 - juillet 2019
Tourisme
juillet 2019
Gratuit

LE MOT D'IBRAHIM BERBAR

 

Hier je suis allé à l’hôpital, et je me suis dit que j’allais vous raconter mon aventure.

 

Le contexte version courte : mon fils a bientôt 4 ans, et comme tous les petits garçons de cet âge, il combat chaque jour les lois de la gravité en s’amusant à sauter les dernières marches d’escalier. Cette fois, les escaliers ont gagné et voilà le petit prince s’improvisant cascadeur, atterrissant sur les mains après avoir touché le sol avec sa toute petite tête. Bobo à l’arcade. Il pleure, maman le relève, le cajole et le soigne. Rien de grave. Sauf qu’une arcade qui s’ouvre ça saigne beaucoup, et une chute chez un enfant de 4 ans c’est à vérifier. Du coup, ni une ni deux, nous décidons d’aller à l’hôpital.

 

Alors je m’arrête ici une petite seconde : tout le début de l’histoire se passe le matin. Tout est presque ouvert, et on s’est fait une règle de ne jamais embêter le personnel hospitalier avec nos bobos. Mais connaissez-vous un médecin de ville qui s’occupe de faire des points sur une arcade sourcilière à un enfant de 4 ans ? Nous non. Déjà parce qu’on n'a jamais demandé et surtout parce que jamais aucun de nos proches ne nous a déjà partagé une expérience où son médecin généraliste lui aurait recousu quoi que ce soit. 

 

Bref, direction les Urgences. Arrivés sur place, il y a déjà une personne devant nous à l’accueil et deux ou trois personnes en salle d’attente. Premier réflexe : “Bon bah j’annule tous mes rendez-vous, on va en avoir pour la journée…”. Pas grave, mon fils a l’air plutôt en forme et après s’être présentés à l’accueil, nous attendons en discutant Pat Patrouille, Goldorak et du fait que son institutrice va le noter absent. 5 minutes plus tard, l’infirmière nous reçoit. Elle discute avec notre petit pirate, vérifie sa petite plaie, nous explique que faire et nous renvoie en salle d’attente. 5 minutes plus tard, nous sommes reçus par le médecin qui valide ce que nous a dit l’infirmière, et nous nous en allons. Plus de peur que de mal, le petit ressort avec un joli pansement sur l’arcade, et une fantastique aventure à raconter pour au moins toute la journée. 

 

Deuxième arrêt : tout s’est super bien passé. 3 personnes compétentes nous ont reçus, rassuré et ont soigné un enfant de 4 ans qui n’a pas eu le temps de pleurer. Mieux encore, il a rigolé avec “tous les docteurs qui étaient gentilles”. Bravo et merci.

 

Plus tard, après la sieste, mon fils se réveille avec une énorme bosse sous le pansement. Pansement qui d’ailleurs s’est fait la malle, emporté par la bosse qui lui vaut un nouveau surnom : Rocky. Jeunes parents, nous nous inquiétons bien sûr de voir l’évolution de son hématome. Alors quelques heures plus tard, nous décidons de retourner à l’hôpital, juste histoire de se rassurer. Et peut-être parce que c’était “sympa” la première fois. Cette fois il est 19h, et clairement il y a plus de monde en salle d’attente, et beaucoup moins de voitures dans le parking des médecins. Nous arrivons et première surprise : le médecin qui nous a reçu onze heures plus tôt ce matin était toujours là. Elle nous a très vite expliqué qu’il n’y avait rien de grave, et nous nous sommes en allés. 

 

Maintenant j’ai quelques questions à vous poser. Connaissez-vous beaucoup de personnes qui travaillent 12 heures d’affilée ? Connaissez-vous beaucoup de personnes qui travaillent 12 heures d’affilée à soigner des gens ? Connaissez-vous beaucoup de gens qui osent - s’il faut le faire - coudre la plaie d’un enfant ? Et surtout si vous étiez à leur place, auriez-vous encore le sourire à la onzième heure quand un parent revient pour la deuxième fois vous montrer le bobo de son enfant ? Moi, non.

Alors je vous l’accorde : l’Hôpital Bonnet, comme tous les hôpitaux de France, c’est pas l’établissement le plus fun et le plus joli qu’on ait créé. Déjà parce que c’est un hôpital, qu’il a besoin essentiellement d’être fonctionnel et ensuite parce qu’il n’y a malheureusement pas beaucoup d’argent. Et oui, les hôpitaux de France ce n’est pas comme dans Grey’s Anatomy, Urgences ou je ne sais quel autre sitcom américaine où tout le monde est beau, intelligent, plein d’oseille et avec des problèmes existentiels d’ados attardés. Non, nos hôpitaux sont pleins de gens normaux qui font en sorte de nous accueillir comme ils peuvent avec les moyens qu’ils ont pour soigner nos petits maux comme les plus graves. Le soir, ils sont très (trop) peu nombreux et ce qu’ils font est quand même mieux que ce que nous pourrions faire seul pour nous guérir. D’ailleurs c’est bien pour ça qu’on y va.

 

Cet été, ils auront encore plus de taf, parce qu’il y aura plus de monde. Environ 10 fois plus de personnes. Et dans ces milliers de touristes il y en aura beaucoup qui feront des allers-retours à Bonnet pour décuver, parce qu’il gère pas le soleil ou l’énième barbecue. Nous on a l’habitude de tout ça, alors on essaie de bien mener sa barque, et de faire en sorte d’y aller le moins possible. Et surtout on n’oublie pas de les remercier pour tout ce qu’ils font pour nous.