Bah Alors ?

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à la rencontre de personnalités qui font vivre la communauté d’agglomération dans des interviews

fleuves qui vous étonneront à chaque fois. Aussi, des chroniques musicales, des critiques cinéma,
ou encore des tests consommateurs vous attendent dans ce mensuel pour la modique somme de 0€.

Bah Alors n°27 - décembre 2019
Municipales #2
décembre 2019
Gratuit

LE MOT D'IBRAHIM BERBAR

 

Dans cet édito, j’aurais pu vous parler du sujet principal du Bah Alors ? de décembre, mais je n’en ai pas le coeur. Je n’ai pas envie de parler des Municipales, à Saint-Raphaël ou ailleurs, parce qu’encore une fois, notre territoire a subi des inondations. Et malgré le fait que je ne sois pas touché directement par ces épisodes désastreux, je suis en colère. En colère pour mes amis, ma famille, les lecteurs et tous les bénévoles qui vont encore, des semaines durant, prendre de leur temps libre pour aller aider tous les sinistrés, qui perdent chaque année tout ou partie de leurs biens. 

 

Il a plu, encore. Et la CAVEM était inondée, encore. Cette fois, moins qu’en 2011 - et pourtant, les dégâts sont quasiment les mêmes. Aujourd’hui, nos problèmes d’inondations sont devenus une routine pour les forces de l’ordre, les sapeurs pompiers, et tous les bénévoles qui donnent la main tant bien que mal à toutes les victimes. Ce n’est pas normal. Pas normal qu’on sache tous analyser les données de Vigicrues, qu’on sache tous qui dans notre entourage va être frappé en premier. Il faut agir maintenant, et vite. Car les constructions continuent à pousser, et la Nature ne va pas attendre qu’on soit prêts pour nous envoyer des litres d’eau sur la tête. La Nature qui a décidé d’ailleurs de profiter de ces dernières intempéries pour nous recracher en bord de mer la totalité ou presque de ce qu’on a déversé dans la Méditerranée. Tout un symbole.

 

Ce week-end là, nous étions avec quelques amis à des kilomètres de notre bassin de vie. Trois d’entre eux ont passé le week-end à se demander s’ils allaient pouvoir rentrer chez eux le dimanche soir. Impuissants et à des kilomètres de chez eux. La première a pu rentrer chez elle sans dégâts. Le second a su par ses voisins   que son appartement a pris l’eau. Mais pas trop de problèmes, les voisins se sont occupés de gérer la crise en attendant son retour. Le troisième a attendu quelques jours avant de pouvoir accéder à son chez lui et constater qu’il n’y avait qu’une seule chose à faire : récupérer ce qu’il pouvait, puis jeter la voiture et la baraque.

 

Deux fois en huit jours. Et la suite ? Des commerces qui vont tout jeter, puis tout nettoyer, et probablement rater le mois de Noël. Des agriculteurs qui vont attendre que ça repousse, et qui vont jeter des tonnes de nourriture. Des habitants qui vont attendre que les assurances leur accordent le droit de retrouver une bagnole, des meubles, une maison. 

 

Ce qui est troublant, c’est de voir comment ces gens, qui subissent les inondations presque chaque année, réussissent aujourd’hui à garder leur sang-froid. Mieux encore, ils sont les premiers à aider en sachant pertinemment que tout est foutu pour eux, pendant que les nouvelles victimes des intempéries se demandent s'il faut tout recommencer ou abandonner.

 

En attendant, on construit. Dans chaque commune du Var ou d’ailleurs, on vote des PLU de plus en plus délirants pour accueillir de plus en plus de projets immobiliers à moitié vides ou remplis de résidents secondaires, des immeubles qui vont imperméabiliser les sols et - même s'ils sont construits sur des zones “non inondables” - vont faire courir le risque à la construction plus ancienne d’être sinistrée à la prochaine tempête.

 

Je n’ai rien contre les constructions, et dans le magazine, nous avons à plusieurs reprises tenté d’expliquer que de nombreux bâtiments sont utiles. Mais posons-nous quelques minutes et essayons de comprendre pourquoi les plus anciens, ceux qui ont bâti chez nous, n’ont jamais construit aux endroits qu’on envahit à coups de béton ? Pourquoi aucune construction au Muy ne dépassait la tour Charles Quint ? Pourquoi il n’y avait que des agriculteurs dans la basse vallée de l’Argens ?

 

Je suis en colère pour tous les sinistrés qui se sont pris des litres d’eau, et ont perdu leurs biens et leurs souvenirs en l’espace d’une nuit. En colère, parce que des gens se retrouvent dans des zones à risque parce que ce sont les seuls endroits modiques. En colère, parce qu’on parle de lenteur administrative, pendant que des gens ont de la boue jusqu’au nombril. En colère, parce qu’on n'a plus le droit de se voiler la face, et que l'on sait que ça va continuer. 

 

Aujourd’hui, le problème ne vient pas uniquement des lenteurs de la fonction publique. Il vient du réchauffement climatique qui augmente les risques d’intempéries, chez nous comme ailleurs. Il vient aussi de constructions absurdes, de ventes irraisonnées de terrains pour assouvir les besoins de logements sociaux imposés par l’État ou pour minimiser une dette communale, et qui justifient que des zones coûtent plus cher que d’autres pour y vivre ou y travailler. 

 

Il est peut-être temps de se poser les bonnes questions, et d’agir pour le bien commun de tous, en dépassant les problèmes de politique et de partis (...). Il est l’heure d’avoir une grande conversation sur ces non-sens qui amènent nos voisins, nos artisans, nos agriculteurs à tout perdre à chaque intempérie. On s’en occupera demain par contre, parce qu’encore une fois, on va sortir nos gants, nos bottes et nos raclettes pour effacer au moins de nos champs de vision ces tonnes de galères boueuses.