Bah Alors ?

Magazines en ligne

Axé actu locale, culture et conso, il est  imprimé tous les mois. Dans ses pages, nous allons
à la rencontre de personnalités qui font vivre la communauté d’agglomération dans des interviews

fleuves qui vous étonneront à chaque fois. Aussi, des chroniques musicales, des critiques cinéma,
ou encore des tests consommateurs vous attendent dans ce mensuel pour la modique somme de 0€.

Bah Alors n°31 - avril 2020
#RestezChezVous
avril 2020
Gratuit

LE MOT DE THIERRY SAUNIER
Comment nous avons survécu en milieu hostile

Chacun des termes qui composent ce titre devait en toute rigueur être interrogé - et le sera de fait.

 

“Comment” est le moins énigmatique de tous, puisqu’il s’agit, somme toute, de déplier ainsi le sommaire de ce numéro. “Nous”, rien de plus simple : cela désigne l’équipe de “Bah Alors ?”, à savoir Perrine, Kevin, Hello, Ibra, Djamel, Yoan, Thomas et l’auteur de ces lignes. “Survivre” : c’est ici que les choses, ou plutôt les mots, se compliquent. Car il s’agit d’un verbe polysémique, par là même ambigu, et que, comme l'écrivait Albert Camus - présent dans ce numéro - : “mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde”. Survivre peut s’entendre au sens propre, bien sûr, à savoir : ne pas succomber à cette épouvantable pandémie. 

 

Mais, comme vous le savez dorénavant, “Bah Alors ?” a plutôt comme fil conducteur, since day one - avril 2014, c'est fou, déjà j’étais là -, de prendre  les événements, y compris les plus tragiques, avec le sourire. De plus, l’héroïsme par procuration des médias, vraiment, ça commence à bien faire.

 

Aussi y a-t-il une autre acception, infiniment plus proche de la philosophie de “Bah Alors ?”, du mot “survivre”; cela peut signifier également, et c’est ce dont il sera question dans ces pages : passer le temps de la façon la plus agréable possible, dans un contexte aussi contraignant que nécessaire.

 

Il sera donc question d’aménager du mieux possible, et chacun selon son tempérament, cette séquence déplaisante et indispensable, étrange et cependant très partagée. Bref, " rester un confiné sans pour autant devenir un con fini " (copyright P.Geluck).

 

Cela ne surprendra personne, l'accommodement sauniéresque de ces heures lentes - joli nom pour une librairie - aura été essentiellement culturel. Encore faut-il s’entendre : la culture peut être aussi, et ce n’est pas nécessairement déshonorant, divertissement à plus ou moins forte valeur ajoutée. Mais il y a, en miroir de cet ennui, plus ou moins bien dompté, ce que les romains nommaient “otium” : ni travail ni désoeuvrement, ce mot désigne le “loisir studieux”. Une sorte d’ascèse, littéraire, cinématographique, musicale, mais qui porte sa récompense dans les flancs de son exigence. Il y est question, avant tout, d’admirer le talent des autres.

 

En effet, l’avantage, il en faut bien un, à cette réclusion consentie aura été de recentrer chaque vie vers son cœur nucléaire; quand tout vient à faire défaut, on peut aussi, légitimement, délaisser les amuseurs qui nous délaissent au profit des artistes qui nous rehaussent. Non plus Amélie Nothomb, mais Albert Camus (voir page 20); non plus Joe Dassin, mais Keith Jarrett (voir p.26); non plus “Avengers”, mais “Interstellar” (p.21) et “Toni Erdmann” (p.22). Non plus le trop connu ‘Game of Thrones”, mais le méconnu, et remarquable “The Knick” (p.25). Le temps des relâchements agréables et futiles qui est le prix à payer pour nos agendas sursaturés reviendra bien assez tôt. Survivre en milieu hostile, somme toute, c’est tout un art.

 

Thierry Saunier