Bah Alors ?

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Bah Alors n°34 - juillet 2020
Réservé
juillet 2020
Gratuit

 

LE MOT DE THIERRY SAUNIER

CIVILISATION 

 

Déconfinement, monde d’après, gestes-barrières ; tout ce lexique puéril et terrifiant aura tristement accompagné la résorption, définitive ou provisoire, de cette lugubre pandémie. Pour ce qui est des « tuttologo », comme disent les italiens, n’ayez aucun inquiétude : après avoir exercé comme épidémiologues amateurs – et approximatifs - en avril et mai, les voici derechef reconvertis en spécialistes auto-couronnés du racisme à travers les fuseaux horaires. Et nous ne sommes qu’en juillet. Si le monde d’après persiste à voir pérorer jusqu’à plus soif Onfray, BHL et autres Zemmour sur les chaînes d’information continue et leurs dépendances, alors on est en droit de se demander en quoi il se distingue du monde d’avant. 

 

A présent, il n’est plus question partout que de « retour à la normale ». Je parlerai plutôt, et plus exactement, d’une fin de l’anormalité extrême. Qu’elle qu’en soit la désignation, cette nouvelle séquence interroge et interpelle. Avec un point saillant : chacun(e) le sien. Tout le monde s’aperçoit qu’en gros la vie reprend son cours, et chaque individu symbolise cela par un détail, minuscule, mais qui lui tient à cœur. Les littéraires s’enchantent de la réouverture des bibliothèques et des librairies, les sportifs s’attachent à la reprise des compétions – pour les vrais - et à la remise en service des clubs de sport - pour les fake -, les fous de bagnole retrouvent le chemin de leur concessionnaire préféré. 

 

Mais cette avant-saison aura aussi été le théâtre d’évènements à la portée, du moins me semble–t-il, plus vaste : la réouverture des cafés, des restaurants et des cinémas. Somme toute, je souscris moi-même tout à fait à la définition énoncée plus haut : je place au centre de l’échiquier ce qui m’intéresse personnellement. Mais Roland Barthes – voir page (??) -, me servira de joker, ou d’alibi, c’est selon : « Alors, comme toujours quand on se reconnaît le droit à dire un goût, la théorie n’est pas loin ».  

 

En effet. Ces cafés, ces restaurants, ces cinémas, ces signes de ralliement de la culture, de la convivialité, du loisir et du divertissement, viennent de subir deux terrifiantes agressions en cinq ans : d’abord de façon ciblée, épisodique, et cependant abominable, par le terrorisme ; puis de manière plus globale, moins frontale, mais plus vaste aussi, par la pandémie. Ils sont menacés, et c’est lorsque quelque chose est menacé que nous apprenons à quel point cela nous est précieux. Or, il ne s’agit pas seulement d’endroits agréables, dans lesquels nous avons de bons souvenirs : ensemble, ils définissent un art de vivre, selon lequel le travail n’est pas tout, une hiérarchie des priorités, dans laquelle il y a autre chose dans nos existences que la productivité. Osons le mot : une civilisation.