Bah Alors ?

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Bah Alors n°36 - septembre 2020
Aides aux enfants
septembre 2020
Gratuit

ON IRA TOUS TROP PAS AU CINEMA

« On ira tous au cinéma » : tel était le slogan, généreux, consensuel et somme toute passe-partout, de la Fédération Nationale des Cinémas Français ; il a été affiché partout entre le 11 mai, date du déconfinement, et le 22 juin, date de la réouverture des cinémas. Mais cela en serait à se demander si ce ne sont pas en définitive ces cinq semaines d’écart entre le « retour à la normale », ou supposé tel, et la résurrection du celluloïd qui auraient porté un coup terrible, que l’on n’espère pas fatal, aux salles obscures, dans lesquelles la lumière ne parvient pas à se rallumer. Après tout, le message pouvait aussi être perçu ou interprété ainsi : la vie reprend son cours, mais sans le septième art, ce qui est bien la preuve que celui-ci n’est pas essentiel.  
Les chiffres de la fréquentation sont pis qu’inquiétants, ils sont proprement terrifiants, aggravés par surcroît par un cercle vicieux : les grosses sociétés de distribution déprogramment en catastrophe les « gros » films, et forcément les « petits » qui restent ne réussissent pas, à eux seuls, à inverser une tendance aussi négative. Cependant, cet été entre tous maudit ne laisse pas que de m’interroger : les terrasses des bars sont bondées, les restaurants affichent complet, ou pas loin, bref, la vie a repris son cours partout - sauf au cinéma, qui continue d’afficher un encéphalogramme plat. Or, l’encéphalogramme plat, c’est ce qui précède immédiatement la mort.
On l’aura compris : l’heure est grave. C’est la survie des cinémas et donc, pour notre agglomération, celle du Vox et du Lido, qui va se jouer dans les semaines qui suivent. L’Etat, c’est indéniable, a, au mieux, laissé tomber, au pis, sacrifié la culture. Oui, mais ça, c’était avant ; la responsabilité est dorénavant du ressort des citoyens, des individus, des consommateurs. Chacun de nous, en préférant un resto ou un apéro à une sortie ciné, en s’abonnant à Netflix, en privilégiant la plage, le  cocooning, l’origami, le vélo d’appartement, donne un coup de poignard dans le dos supplémentaire aux salles obscures et, subséquemment, définit la catégorie dans laquelle lui-même se range. C’est en somme très simple : si nous tous sommes des consommateurs, le cinéma est d’ores et déjà mort, on n’attend plus que la mise en bière ; si nous sommes des individus, le pronostic est réservé, comme disent suavement les médecins lorsque la lutte entre la nature et la science est indécise : il a encore quelques chances ; si nous sommes – ou redevenons – des citoyens, et -  donc ? – des cinéphiles, il s’en sortira. Car Netflix, même avec la pub et la com’ et le buzz et le swag, ce n’est jamais que de la télé, ce qui fait que la phrase de Godard est toujours - et plus que jamais - valable : « Au cinéma, on lève la tête. A la télé, on baisse les yeux. »             
         

Thierry Saunier                   

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